Innovation

Agence Nationale pour les Énergies Renouvelables (ANER)

Au Sénégal, l’ANER n’est pas une start-up verte mais un bras armé public de la transition.

Bras armé public du solaire sénégalais puissant mais sous surveillance

À propos de Agence Nationale pour les Énergies Renouvelables (ANER)

1. Modèle économique

L’Agence nationale pour les énergies renouvelables est un établissement public créé par le décret de 2013, chargé de promouvoir et d’exécuter les politiques publiques EnR au Sénégal. Son “modèle économique” n’est donc pas marchand au sens classique: l’agence vit de budgets publics, d’investissements consolidés et de financements externes, puis les convertit en programmes d’équipement, d’études et d’animation sectorielle. Pour 2025, son programme de passation comprend notamment des biodigesteurs universitaires, 200 kits solaires, des systèmes hybrides pour le pompage agricole et des plateformes solaires multifonctionnelles. En 2023, l’ANER a passé 24 marchés pour 225,74 milliards de F CFA TTC, signe d’un rôle de maître d’ouvrage public bien plus que d’un simple organisme de sensibilisation. En revanche, aucun chiffre public fiable et récent sur le budget de fonctionnement détaillé, les effectifs consolidés ou un équivalent de chiffre d’affaires n’a été trouvé dans les éléments accessibles en ligne.

2. Impact réel

Selon l’ANER, les renouvelables représentent déjà 29,33% de la capacité installée nationale, soit 525 MW intégrés au réseau, avec un objectif de 40% du mix électrique à l’horizon 2030. Côté terrain, la phase III du programme d’éclairage public solaire prévoit 150 000 lampadaires, dont plus de 21 000 déjà installés en février 2026 dans 93 communes et 17 infrastructures publiques : l’impact est concret, notamment sur la facture des collectivités, la sécurité et les usages nocturnes. Mais il faut regarder le système dans son ensemble: l’IEA rappelle que le fuel lourd comptait encore pour 70% de la production électrique en 2022, tandis que l’éolien et le solaire pesaient 21% de la génération. Autrement dit, l’ANER fait progresser l’ossature renouvelable du pays, mais elle n’a pas encore renversé le cœur thermique du système. L’impact climat est donc réel, mais encore partiel à l’échelle nationale.

3. Innovations / partenariats

L’ANER joue la carte des usages visibles et politiquement tangibles: éclairage public solaire, pompes solaires pour les usages productifs, plateformes multifonctionnelles et valorisation énergétique des déchets. Le signal le plus intéressant de 2026 est la convention-cadre avec la SONAGED, signée le 17 avril, pour articuler déchets, énergie et économie circulaire. L’agence s’inscrit aussi dans une dynamique macro plus large: le JETP sénégalais, doté de 2,5 milliards d’euros sur trois à cinq ans, doit soutenir l’accélération des renouvelables et l’accès universel à l’énergie. Enfin, l’ANER pousse une structuration de marché via l’accréditation des installateurs et fournisseurs solaires, même si les éléments publics détaillés restent encore maigres sur les résultats opérationnels de cette démarche.

4. Greenwashing / zones grises

La première zone grise est procédurale, et elle est lourde. Le rapport 2023 de l’ARCOP conclut que l’ANER “ne s’est pas conformée” au Code des marchés publics sur la passation et l’exécution de plusieurs contrats. Le document pointe notamment un marché par entente directe de 62,33 milliards de F CFA pour 50 000 lampadaires, ainsi que deux offres spontanées totalisant 152,05 milliards de F CFA, avec plusieurs manquements relevés. Deuxième tension: la transition sénégalaise reste adossée à une logique de substitution du fuel par le gaz, pas à une sortie frontale des fossiles. L’IEA et Connaissance des Énergies montrent que le pays mise aussi sur le gas-to-power et sur ses nouveaux gisements gaziers. Le risque n’est donc pas un greenwashing pur, mais une narration “100% transition” qui masque une trajectoire hybride, où les EnR progressent sans évincer encore le gaz et les arbitrages politico-budgétaires.

5. Positionnement stratégique

L’ANER occupe une place charnière: elle est à la fois opérateur de projets, vitrine politique et outil d’industrialisation locale de la transition. Sa fenêtre de tir est claire: convertir l’élan du JETP et la dynamique d’investissements décrite par l’IEA en résultats mesurables, durables et gouvernés proprement. Mais son vrai test n’est plus de lancer des programmes: c’est de prouver que la souveraineté énergétique peut avancer sans fragiliser la transparence publique.

Verdict WattsElse

L’ANER a le bon récit, de vrais projets et un rôle stratégique incontestable. Mais dans l’énergie comme ailleurs, la transition ne vaut que si les procédures tiennent: sans gouvernance robuste, le solaire d’État peut vite projeter une ombre bureaucratique.

Sources : aner.sn · leral.net · arcop.sn · aner.sn · iea.org · aner.sn · agenceafrique.com · connaissancedesenergies.org · iea.org

"Chez Watts Else?, nous analysons les acteurs de l'énergie avec un regard critique et pédagogique. Notre objectif est de vous aider à comprendre qui fait quoi dans la transition énergétique."

Données clés

Forme
Delaware corporation
Fondée
1990
CA
2.8 Md€ (2018)
Siège
Munich, Germany

Identifiants publics

SIREN
844686824
Wikidata
Q2825507
ISIN
US00766T1007
LEI
0EEB8GF0W0NPCIHZX097

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