Akershus Energi
Le producteur public norvégien a frappé fort en 2024 : record de production, dividende massif au comté, discours triomphal sur la « valeur pour la collectivité ».
À propos de Akershus Energi
1. Modèle économique
Akershus Energi est un groupe norvégien de production et de services énergétiques, détenu par le comté d’Akershus (fylkeskommune), avec un siège à Lillestrøm et environ 90 salariés. Le cœur du modèle, ce sont les 21 centrales hydroélectriques et la vente d’électricité sur le marché nordique, complétés par la filière chaleur-froid et une exposition à l’éolien via la coentreprise du parc d’Odal (163 MW), où le groupe est majoritaire à 51 % aux côtés notamment de Cloudberry et de KLP selon la presse spécialisée (Windpower Monthly).
Pour 2024, le groupe annonce 3 164 GWh de production renouvelable, dont 2 838 GWh d’hydro (+5 % sur un an), un résultat net de 406 millions NOK après impôt (contre 241 M en 2023), et un EBITDA de 1 147 M NOK en repli sensible par rapport à 2023 en raison de prix de l’électricité moins élevés à la marge (communiqué annuel 2024, rapport annuel PDF). Le dividende versé au comté atteint 295 M NOK, auquel s’ajoutent taxes locales et « consesjonskraft » valorisées dans un tableau de création de valeur affichant 1,1 milliard NOK pour la société, soit 56 % du chiffre d’affaires selon la présentation officielle (même source).
Au premier semestre 2025, le résultat net retombe à 215 M NOK (−77 M sur un an), avec un hydro semestriel plus bas (1 280 GWh) lié à une « crue printanière très modeste » et une quote-part accrue de grunnrenteskatt (taxe sur la rente des ressources), malgré des prix spot NO1 élevés (678 NOK/MWh en moyenne) (communiqué S1 2025). L’agence Scope anticipe pour 2025 un EBITDA d’environ 1 400 M NOK et des capex de 550–600 M NOK/an en 2026–2027 (note Scope 2025).
2. Impact réel
Sur le papier, le bilan carbone du groupe est dominé par des sources classées bas-carbone : hydro, chauffage urbain et participations éolien/solaire. La filiale Akershus Energi Varme est décrite par un investisseur infrastructure avec 170 MW de capacité et 99,5 % d’énergies renouvelables au mix, avec une note GRESB 93/100 (rapport durabilité Infranode 2024). Le parc Odal Vind affiche une déclaration environnementale tiers mettant en avant un temps de retour énergétique d’environ 9,6 mois (EPD Odal).
Pour un lecteur français, l’enjeu n’est pas de « noter » Akershus sur une grille PPE3 — la Norvège n’est pas dans le même instrument de planification que la programmation pluriannuelle française — mais de rappeler ce que rappellent aussi des références comme la fiche hydraulique Connaissance des énergies ou les fiches d’accompagnement ADEME sur l’hydroélectricité : l’hydro agit comme flexibilité et socle d’un système décarboné, mais son empreinte paysagère, hydrologique et matière reste un sujet de gouvernance territoriale, pas seulement technique.
3. Innovations / partenariats
Le groupe accélère sur la réhabilitation d’actifs : Tistedalsfoss (Halden), extension chaufferie Kjeller (livraison prévue printemps 2027), et surtout la résurrection de l’Akershus EnergiPark à Lillestrøm avec près de 400 M NOK votés début 2025 côté investissement, dont un marché de 180 M NOK de chaudières biomasse Jernforsen (communiqué investissement Lillestrøm). Côté hydrogène, l’initiative Viken Hydrogen vise une électrolyse d’envergure (ordre de 100 MW, flux cible de l’ordre de 40 t d’H₂/j) pour abaisser les émissions du trafic maritime dans le bassin d’Oslo, avec des partenariats industriels affichés sur le site du projet (Viken Hydrogen). Enfin, le S1 2025 mentionne des pilotes batterie au solaire Furuseth pour capter de la valeur sur les marchés d’équilibre (communiqué S1 2025).
4. Greenwashing / zones grises
Le discours municipal sur la « création de valeur sociétale » masque mal une tension classique : dividendes et rente hydroélectrique alimentent les finances du comté, mais exposent aussi le groupe à des aléas climatiques et à la fiscalité sur la rente, qui ont pesé sur le S1 2025 malgré des prix élevés (communiqué S1 2025). La biomasse permet de labelliser un réseau de chaleur « vert », mais n’efface pas les questions de soutirage durable de la biomasse et de compétition d’usage — un angle que les politiques publiques françaises scrutent aussi sur les produits biosources, sans équivalence directe pour la filiale norvégienne (communiqué ADEME sur les produits biosourcés).
Sur l’éolien, le risque n’est pas tant le greenwashing que la rupture de promesse opérationnelle : pannes massives sur des SG 4.X, 13/34 turbines à l’arrêt à un moment donné pour défauts de pales, et production éolienne consolidée à 63 GWh en 2024 chez Akershus — bien en-deçà du potentiel nominal — selon les rapports annuels et de crédit (Windpower Monthly, communiqué 2024). Parallèlement, le permis de développer sur son propre territoire se fissure : le volet Krogstad (mâts pouvant frôler 250 m) heurte riverains et enjeux de biodiversité, avec un rejet politique local relaté par la presse (NRK). Aucune fiche CSRD ou rapport de durabilité « format UE » consolidé n’a été identifiée pour ce périmètre dans les sources consultées : l’exercice de transparence repose surtout sur rapports IFRS, communiqués et notes d’agences.
5. Positionnement stratégique
La stratégie affichée est celle d’un intégrateur régional : moderniser l’hydro, densifier le réseau de chaleur, redonner une seconde vie à un site industriel emblématique, tout en tentant de recomposer sa présence éolienne après la crise Odal — où, au second semestre 2025, toutes les turbines tournent à nouveau même si des réparations subsistent (communiqué S1 2025). Sur les marchés, le groupe monte en dette nette pour financer l’investissement (70 M NOK fin 2024 → 442 M NOK mi-2025, liquidités en baisse mais solidité ~46 %) (idem). Dans un système nordique déjà très électrifié, l’avantage compétitif tient moins au storytelling climatique qu’au pilotage hydrologique et au capital social : sans acceptabilité locale, les gigantesques futurs mâts restent du papier glacé.
Verdict WattsElse
Akershus Energi incarne le producteur nordique classique poussé dans ses retranchements climatiques et démocratiques : le fleuve remplit les caisses quand il pleut au bon moment, mais c’est sur terre, face aux riverains et aux garanties fournisseur, que se joue demain la puissance éolienne additionnelle. La formule qui résume le risque : « hydro fiable, vents ingrats ».
Sources : mynewsdesk.com · windpowermonthly.com · akershusenergi.no · akershusenergi.no · akershusenergi.no · infranode.eu · mynewsdesk.com · ecologie.gouv.fr · connaissancedesenergies.org · agirpourlatransition.ademe.fr · mynewsdesk.com · vikenhydrogen.no · ademe.fr · nrk.no
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