Big Oil
Ce n’est pas une société cotée sous un seul SIREN : « Big Oil » désigne un regroupement informel des supermajors, ces géantes pétrolières et gazières cotées qui concentrent exploration, raffinage, vente de carburants et, à la marge, l’électricité bas-carbone.
À propos de Big Oil
1. Modèle économique
Le cœur du modèle reste la vente massive d’hydrocarbures à l’échelle planétaire et les marges de cycle — avec une diversification inégale vers l’électricité et le gaz naturel. À titre d’ordre de grandeur documenté sur des majors prises individuellement, TotalEnergies a publié pour 2025 un bénéfice net ajusté d’environ 15,6 milliards de dollars et un cash-flow opérationnel résilient autour de 27,8 milliards de dollars ; Shell a annoncé pour la même année un résultat ajusté voisin de 18,5 milliards et un capex d’environ 21 milliards, maintenu sur une fourchette 20–22 milliards en 2026. Ces chiffres ne s’additionnent pas en un « CA de Big Oil » : il s’agit de lignes issues de rapports d’entreprises distinctes, présentées ici comme repères publics récents, pas d’un agrégat officiel unique. Les supermajors recensées par Connaissance des Énergies illustrent la concentration industrielle derrière ce sigle journalistique. En parallèle, la pression bilan s’invite au tableau : bp indiquait une dette nette d’environ 25,3 milliards de dollars au premier trimestre 2026 et a pris des mesures visant le désendettement au détriment des rachats d’actions, signe qu’aucune major n’est à l’abri d’un resserrement lorsque les prix ou les investissements dérapent.
2. Impact réel
L’impact climat direct des activités fossiles est structurel : la combustion des produits vendus (Scope 3) pèse largement plus que les émissions opérationnelles déclarées. À titre d’exemple issu de la documentation récente d’une major, bp rapportait pour 2025 des émissions Scope 1 et 2 opérationnelles d’environ 34,3 MtCO₂e. Côte électricité renouvelable, TotalEnergies met en avant une capacité installée d’environ 34,1 GW et des objectifs d’échelonnement de la production électrique — repères utiles, mais à confrontier à la part fossile résiduelle du mix vendu. Dans un cadre européen de planification (PPE, trajectoires nationales, scénarios ADEME « Transition(s) 2050 »), la question n’est pas « si » les supermajors investissent un peu dans l’électricité, mais à quel rythme la demande fossile baisse et comment les géants retardent ou accélèrent ce fléchage — ce que les mandats politiques cherchent à verrouiller par la régulation et le prix du carbone.
3. Innovations / partenariats
Les grands axes publics vont du captage et stockage du carbone aux hub électriques et biométhane, en passant par des enveloppes « low carbon » annoncées. ExxonMobil a été rapportée en 2025 comme visant environ 30 milliards de dollars d’investissements bas émissions sur 2025–2030 — montant à mettre au regard du capex total et de la production hydrocarbures. TotalEnergies détaille dans son document d’enregistrement 2025 des enveloppes annuelles plurimilliardaires pour l’électricité et des objectifs de production en TWh à l’horizon 2030. Côté marché, Shell a documenté des retraitements sur le segment Renewables & Energy Solutions, avec des charges comptables notables — ce qui dit l’écart entre storytelling bas-carbone et P&L exigeant.
4. Greenwashing / zones grises
Le décalage communication / capex est documenté : un rapport InfluenceMap (2024) affirme qu’environ 80 % des communications sectorielles mettent en avant le climat alors qu’environ 12 % seulement du capex moyen serait réellement orienté bas-carbone — une tension chiffrée, explicitement méthodologique, mais publiquement vérifiable. La presse a par ailleurs décrit un recentrage sur les rendements fossiles et une baisse des dépenses « transition » chez plusieurs majors. Sur le terrain judiciaire, TotalEnergies a été condamné en France en octobre 2025 pour allégations trompeuses sur la neutralité carbone et le rôle dans la transition — un précédent qui concerne un acteur du périmètre Big Oil plutôt que l’étiquette collective elle-même, mais qui durcit le risque réputationnel pour toutes les supermajors au discours aligné sur « net zero ».
5. Positionnement stratégique
La ligne de crête est simple à formuler et brutale à exécuter : rassurer les actionnaires avec du cash-flow court terme, tout en afficher une trajectoire compatible avec des engagements climat qui restent, pour l’essentiel, sous le feu des régulateurs et des tribunaux. Les feuilles de route 2025–2026 combinent encore une part majoritaire d’hydrocarbures dans les budgets (TotalEnergies cite une orientation significative du capex vers le « nouveau » pétrole et gaz), pendant que l’électricité renouvelable et les services « solutions » peinent à prouver la même marge. Le signal marché récent, chez bp, est financier autant que stratégique : resserrer le bilan et suspendre les rachats perd la manche communication, mais gagne du temps pour investir là où le groupe estime retrouver des rendements — en général fossile.
Verdict WattsElse
Big Oil n’est pas une entreprise : c’est un raccourci analytique pour un oligopole qui gagne encore sur le fossile, emballe une partie du discours en bas-carbone, et voit se multiplier les contre-preuves publiques — comptables, journalistiques, judiciaires. Tant que le Scope 3 reste la ligne hors bilan de la transition, le « pivot » restera une comédie à plusieurs entractes.
Sources : en.wikipedia.org · live.euronext.com · shell.gcs-web.com · connaissancedesenergies.org · bp.com · reuters.com · bp.com · ademe.fr · reuters.com · totalenergies.com · influencemap.org · reuters.com · reuters.com
Données clés
Identifiants publics
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- Q1330390
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