BioEnergía Forestales
Elle s’appelle Bioenergías Forestales SpA, pas « BioEnergía Forestales » : filiale détenue à 99,9 % par CMPC Celulosa, elle incarne la manière dont un empire de la pâte et du bois tente de monétiser et d’électrifier ses excédents « renouvelables » — tout en ouvrant un second front, l’éolien, à plus de 300 millions de dollars.
À propos de BioEnergía Forestales
1. Modèle économique
Constituée le 26 janvier 2012, Bioenergías Forestales agit comme bras énergétique du pôle *foresterie–celulose* : génération à partir de la biomasse forestale et d’autres sources renouvelables liées à la filière, commercialisation des surplus de courant et achats pour alimenter les usines du groupe, selon le même profil sectoriel. Le chiffre d’affaires ou l’effectif spécifiques à cette SpA ne ressortent pas clairement des agrégats publics consultés : la performance se lit surtout au travers de CMPC et de ses grands projets captifs. L’éolien devient le levier de croissance visible : en décembre 2025, la filiale porte devant le SEIA le parc Coyanco (247,5 MW, 370 M$ d’investissement annoncé, 33 machines de 7,5 MW — cohérent avec la fiche technique du Coordinador Eléctrico), avec une ligne 220 kV sur 25,5 km suivie par le SNIFA. Un autre volet, El Almendro (DIA déposé, ~144 MW évoqués), illustre la diversification éolienne en cours via la même structure, selon Portal Minero.
2. Impact réel
Côté climat, on ne dispose pas d’un bilan carbone isolé pour la SpA ; en revanche, le rapport intégré 2024 de CMPC affirme que le groupe est à 89 % du chemin vers son objectif –50 % d’émissions de GES (scopes 1 et 2) d’ici 2030 — un ordre de grandeur qui encadre l’activité biomasse/électricité du cluster. Sur le volet forêt, CMPC revendique 99,77 % de ses actifs forestiers sous FSC ou PEFC en 2024, avec une cible 100 % en 2030. Le Coyanco, s’il entre en service comme esquissé (horizon début 2030 selon la presse régionale), ajouterait une composante éolienne massive au mix. Pour un lecteur français, l’ADEME rappelle que la biomasse impose un arbitrage entre usages matière, sol et énergie (communiqué sur l’équilibre ressources/usages) : comparaison indicative avec les logiques européennes de hiérarchisation, non un calque réglementaire sur le Chili.
3. Innovations / partenariats
Au-delà de la biomasse « du sillon forestier », le portefeuille se structure autour d’éolien en très grande échelle (Coyanco, El Almendro) et de grilles photovoltaïques de type auto-consommation sur plusieurs sites du groupe CMPC (annonce corporate sur l’extension PV à Chillán, à lire comme tendance groupe plus que comme produit isolé de la SpA). La « tech » n’est pas ici un laboratoire de start-up mais l’empilement de turbines 7,5 MW, de transport 220 kV et de procédés industriels certifiés.
4. Greenwashing / zones grises
La promesse « forêt durable + EnR » bute sur la réalité de la supervision environnementale. En mai 2025, la SMA a formulé des charges contre CMPC Pulp SpA pour dysfonctionnements à la planta de celulosa Santa Fe à Nacimiento : stockage non autorisé de effluents et usage d’un produit chimique en lagune sans protocole validé, au cœur d’un contentieux d’odeurs remonté jusqu’à la Cour suprême selon la presse (*Diario Concepción*, CNN Chile). Exposition financière potentielle : des médias évoquent un plafond de multes lié aux UTA (l’équivalent chilien d’unités d’amende) dans une fourchette milliardaire en pesos (CNN Chile) — à considérer comme indicateur de risque, pas comme sentence définitive. Parallèlement, le méga-projet brésilien « Natureza » (biomasse comprise dans le dessein global du groupe) se heurte à un blocage du parquet faute de consultation adéquate des villages Mbyá Guaraní, selon Diario Financiero. Enfin, le Coyanco entre en évaluation participative au portail du SEA alors que la presse du Biobío signale des alertes du côté des peuples autochtones (TVU).
5. Positionnement stratégique
Bioenergías Forestales est le tuyau financier et réglementaire par lequel CMPC transforme ses excédents ligno-cellulosiques en flux électricité marchande, puis tente une échelle industrielle éolienne pour réduire le couplage carbone-opérationnel du groupe tel que décrit dans le rapport intégré 2024. Le pari Coyanco (370 M$, 247,5 MW) est une signalisation de marché claire au moment où le Chili continue d’ajuster ses garde-fous SEIA ; la question n’est pas seulement la technologie, c’est la légitimité territoriale et juridique des extensions.
Verdict WattsElse
Une filiale qui monetise les « restes » d’une économie du bois, tout en achevant de se faire un nom avec des éoliennes à neuf chiffres en dollars ; la transition y est réelle sur le bilan groupe, mais la marge réputationnelle se mesure désormais à l’aune des dossiers SMA et des consultations ratées — hors de là, tout discours corporate sonne comme du sciage du mot « renouvelable ».
Sources : bnamericas.com · electromineria.cl · cartas.coordinador.cl · snifa.sma.gob.cl · portalminero.com · cmpc.com · wp.cmpc-innovation.com · tvu.cl · ademe.fr · cmpc.com · diarioconcepcion.cl · cnnchile.com · df.cl · sea.gob.cl
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