BIZKAIA ENERGIA S.L.U.
Sur le polígono de Boroa, une CCGT de 786 MW alimente encore l’essentiel des comptes ; à ses pieds, un projet d’électrolyse annonce la « transition ».
À propos de BIZKAIA ENERGIA S.L.U.
1. Modèle économique
Bizkaia Energia S.L.U. est, selon son site corporate, la société propriétaire de la centrale à cycle combiné d’Amorebieta (CCGT « Boroa »), mise en service commerciale en août 2005 après une construction lancée en 2003. La structure revendique un combustible unique, le gaz naturel, et une puissance nominale de 786 MW ; l’exploitation-maintenance est confiée à Bizkaia Facility Management avec une équipe de 40 personnes. Le capital appartient à Castleton Commodities International (CCI), qui a annoncé en février 2020 la finalisation du rachat de cette CCGT ibérique. Le revenu repose sur la production électrique dispatchable sur le marché espagnol (cadre libéralisé post-1997, évoqué par l’opérateur). Les séries publiées sur Economía Digital font apparaître un chiffre d’affaires 2024 d’environ 201,6 M€ contre 18,7 M€ en 2023, soit un rebond de l’ordre de +975 % aligné sur la reprise d’échelle commerciale après des exercices antérieurs plus faibles, puis une facturation 2025 portée à ~174 M€ en prévision (−13,7 %). Sur la même base, la fiche mentionne un résultat net négatif d’environ −6,93 M€ et un EBITDA positif d’environ 1,86 M€ pour les derniers agrégats consolidés affichés, avec un total d’actifs d’environ 126,3 M€ : le cœur d’activité reste donc rentable au niveau opérationnel, pas en net.
2. Impact réel
L’empreinte carbone dominante est celle d’une CCGT au gaz : quoi que l’on dise sur l’efficacité relative en cycle combiné, l’énergie primaire est majoritairement fossile, in fine alignée sur le mercato du méthane et sur la demande du système électrique. Global Energy Monitor recense la centrale comme active, gaz, 786 MW, avec un scénario de mélange gaz/hydrogène évoqué dans l’horizon du site. Côté hydrogène, CCI a décrit en décembre 2020 un projet de 20 MW co-localisé, supposé produire 1 500 t/an d’H₂ « vert » et « offset » annoncé de plus de 12 000 t de CO₂ par an (communiqué CCI) — une contribution réelle mais qui reste un ordre de magnitude en deçà du flux carbone induit par l’exploitation d’une tranche de 786 MW en régime marché. Les instruments européens et le PNIEC espagnol fixent des caps climat et des trajectoires d’EnR, mais la comparaison précise « % EnR chez Bizkaia Energia » n’est pas portée par des rapports publics recherchables : l’exposition reste structurellement gaz.
3. Innovations / partenariats
Le volet « BenortH2 » / H2Boroa vise un premier module electrolytique de 20 MW extensible vers des gabarits supérieurs (> 200 MW annoncés côté promoteurs). L’écosystème annoncé regroupe CCI, ingénierie (dont l’historique du cycle combiné via l’écosystème SENER sur Boroa), réseau gaz (Nortegas), investisseurs d’infrastructure (White Summit Capital, citée sur BenortH2) et capitaux structurés dans le dossier hydrogène basque (financements Basque Hydrogen). Côté technique, les deux turbines gaz sont des GE MS9001 FA (fiche opérateur), typiquement éligibles à une évolution « dual-fuel » lorsque la combustion hydrogène sera stabilisée.
4. Greenwashing / zones grises
Le premier décalage est chiffré : 786 MW de capacité thermique installée contre une première phase d’électrolyse de 20 MW, soit une « transition » affichée où l’outil gaz continue de structurer le bilan énergétique annuel bien au-delà du pilote H₂. Un second signal matériel tient aux comptes : sur Economía Digital, le bond de facturation 2024 vers ~201,6 M€ coexiste avec une perte nette d’environ −6,93 M€ et un EBITDA modeste (~1,86 M€), ce qui contraint l’histoire « success story » sous l’angle de la création de valeur résiduelle. Tertiairement, la filière hydrogène en Biscaye n’est pas consensuelle : le 2 septembre 2025, El Correo relaie un recours d’EH Bildu contre un électrolyseur Petronor de 100 MW (260 M€) jugé exonéré d’étude d’impact « ordinaire », avec des seuils contestés (+173 % de consommation électrique,+5,25 % d’eau, substances dangereuses) : ce n’est pas le permis Amorebieta, mais le climat juridique et populaire sur l’H2 régional se durcit, ce qui nourrit le risque de retard ou de surcoût pour tout calendrier industriel voisin.
5. Positionnement stratégique
L’actif s’inscrit dans la stratégie CCI d’infrastructure énergétique européenne ; la combinaison CCGT + électrolyse est présentée comme levier de flexibilité réseau et de gradation carbone. La « Feuille de route hydrogène » espagnole et les mécanismes européens (dont les fonds NextGenerationEU mentionnés dans les dossiers sectoriels comme le cadre WFW) ont ouvert une fenêtre de financement, mais la fenêtre s’accompagne d’exigences renforcées sur l’additionnalité des EnR et sur la soutenabilité budgétaire. Pour une lectrice française, les repères ADEME / Connaissance des Énergies ne proposent pas de profil publicitaire ad hoc sur cette SLU : l’évaluation doit passer par les registres espagnols et l’opérateur. Un angle à surveiller : le calendrier annoncé pour la phase H₂ a déjà glissé par rapport au « fin 2022 » public en 2020 (communiqué initial CCI), ce qui teste la crédibilité des annonces de mi-décennie.
Verdict WattsElse
Bizkaia Energia est un acteur gazier « quasi pur » en fond, embrayé sur un pilote hydrogène plausible mais encore petit face au caisson thermique ; tant que le résultat net reste dans le rouge malgré un chiffre d’affaires à neuf chiffres, la transition n’est pas un triptyque marketing — c’est une exigence de preuves.
Sources : bizkaiaenergia.com · cci.com · empresas.economiadigital.es · gem.wiki · cci.com · benorth2.com · group.sener · nortegas.es · benorth2.com · basquehydrogen.com · elcorreo.com · wfw.com · connaissancedesenergies.org
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