Ck Power
CK Power coche les cases d’un producteur d’électricité “vert” à la Bourse de Bangkok, avec des ratios qui font rêver les analystes.
À propos de Ck Power
1. Modèle économique
Côté bourse, CK Power (SET : CKP) se présente comme l’un des grands producteurs d’électricité à faible empreinte carbone de la région. Les comptes consolidés 2025, détaillés dans le MD&A FY2025, font état d’un chiffre d’affaires d’environ 10,64 milliards de bahts thaïlandais et d’une capacité installée d’environ 3 640 MW répartie sur 18 centrales au 31 décembre 2025. Le cœur du modèle, ce n’est pas le marketing : c’est l’eau retenue et vendue sous contrats d’achat d’électricité à long terme, en particulier vers l’autorité thaïlandaise EGAT — schéma explicité sur les filiales laotiennes (Xayaburi, futur Luang Prabang) dans la chronologie du groupe et ressorti par la presse spécialisée (Bangkok Post). L’annonce du 23 février 2026 sur les résultats 2025 met en avant un bénéfice net cœur (Core Net Profit) de 2,323 Md THB (+81 % en glissement annuel), porté notamment par la part de profit attribuable à Xayaburi et par une année faste pour Nam Ngum 2, au gré des apports d’eau. Les bilans publics indiquent par ailleurs une liquidité d’environ 2,26 et un ratio dette nette / capitaux propres d’environ 0,50 fin 2025, dans une logique de première émission d’obligations vertes (Green Bonds) pour financer l’avancement de Luang Prabang. L’effectif exact consolidé n’est pas stabilisé dans toutes les bases de marché ; l’ordre de grandeur ressort d’environ quelques centaines de personnes côté société cotée, ce qui tranche avec l’ampleur en mégawatts. Pour les agrégats 2024, le communiqué 2024 rappelait un EBITDA d’environ 5,55 Md THB et un bénéfice net attribuable d’environ 1,345 Md THB, avec un accent sur la baisse des coûts financiers.
2. Impact réel
Dans sa communication réglementée, le groupe revendique une capacité à dominante “renouvelable” : environ 93 % du parc en puissance, avec une cogénération au gaz d’environ 238 MW (Bangpa-In) et un solaire d’environ 42 MW (dont une partie raccordée au métro, selon le MD&A FY2025). Un objectif d’environ 95 % d’EnR en capacité d’ici 2043 est avancé dans le même document. Côtier climatique : la sédimentation, la modification des régimes de crue et les externalités sur les pêcheries et l’agriculture du Mékong ne sont pas capturées dans un “kg CO₂/kWh” de centrale, alors qu’elles structurent l’argumentaire des ONG sur le bassin et, en amont, l’analyse de Stimson sur les forêts inondées et les saisons. Aucune fiche ADEME ni encadré PPE3 ne mentionne spécifiquement CK Power : l’exposition directe de la filière énergétique française à cet opérateur est nulle dans les textes de planification nationaux, ce qui situe l’enjeu surtout en débat régional eau-biodiversité plutôt qu’en alignement “Europe climat”.
3. Innovations / partenariats
Le point d’avancement 65 % en décembre 2025 sur le barrage de Luang Prabang (environ 1 460 MW de capacité visée, COD visée vers 2030) structure l’agenda d’investissement, aux côtés de la centrale de Xayaburi (environ 1 285 MW en exploitation, contribution majeure aux résultats 2025). Côté solaire, le groupe met en avant des projets de toiture et d’ombrières pour des infrastructures urbaines, avec des puissances modestes (l’ordre de 7 MW liés au partenariat métro n’est qu’un des jalons, d’après le communiqué 2024). La reconnaissance ESG côté SET (notation “AAA” et inclusion ESG100, reprises dans l’annonce 2025) s’inscrit dans une stratégie d’accès au financement vert et d’ancrage dans les indices thaïlandais de durabilité boursière — plutôt que dans un catalogue de brevets de rupture.
4. Greenwashing / zones grises
Le “renouvelable” de la fiche boursière masque le contentieux du grand hydro sur cours d’eau international : les critiques portent sur transparence et gouvernance du Mékong — par exemple l’opacité entourant les recherches sur les passes à poissons de Xayaburi (Radio Free Asia) ou, plus largement, l’ingénierie en cascade et les effets transfrontières. Le risque sismique et le patrimoine UNESCO de Luang Prabang alimentent une littérature technique et journalistique à part (The Diplomat, Thai Construction News) que les graphiques d’EnR de CK Power n’intègrent pas. Côté climat, le gaz fossil résiduel et la sensibilité aux apports d’eau (météo “gagnante” en 2025, autre météo demain) rappellent qu’un mix “bas carbone comptable” peut cacher des volatilités opérationnelles et réputationnelles. L’objectif net-zéro 2050 apparaîtra crédible au regard public au prix de standards d’ouverture sur les impacts en aval et la gouvernance des grands ouvrages.
5. Positionnement stratégique
CK Power joue un rôle d’exportateur d’électricité “renouvelable” intégré à la demande thaïlandaise (EGAT), avec des PPAs longue durée qui fixent le tempo du cash-flow et la perception du risque par les créanciers ESG (flux IR, Milestone). La dynamique 2025–2026, visible dans l’annonce 2025 et le résumé presse, combine bondissements de production hydro et taux d’intérêt moins pénalisants pour les filiales endettées, avec effet d’aubaine météo. À l’échelle de la transition en Asie du Sud-Est, le groupe est un fournisseur d’infrastructure plus qu’un opérateur de décarbonation citoyenne : son succès boursier court à côté des lignes de fracture du Mékong.
Verdict WattsElse
L’histoire n’est ni “vert absolu” ni “fossile caché” : c’est celle d’un acteur de l’eau retenue et vendue, noté A en salle de marché, contesté en bas de vallée. Tant que le débat Mékong reste plus fort que le ESG, CK Power gagne en bénéfice par m³, pas en apaisement public.
Sources : ckpower.co.th · ckp.listedcompany.com · ckpower.co.th · bangkokpost.com · ckpower.co.th · mekongschool.org · stimson.org · rfa.org · thediplomat.com · thailand-construction.com · ckpower.co.th
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