DEA AG
DEA n’est plus un producteur qu’on peut isoler sur une carte : c’est une filière allemande née de la fusion avec Wintershall, digérée en 2024 par le britannique Harbour Energy, en pleine tempête climatique et en pleine bataille juridique sur la communication « verte ».
À propos de DEA AG
1. Modèle économique
Héritée du nom *Deutsche Erdöl-Aktiengesellschaft* et, dans sa forme DEA AG, d’un groupe pétro-gazier de Hambourg, longtemps rattaché à l’écosystème LetterOne / L1 Energy, l’entité a formé le socle d’où part Wintershall Dea après la fusion de principe le 1ᵉʳ mai 2019 avec Wintershall (fiche historique Wikipédia en anglais). L’amont a vécu d’aménagements, de participation à des licences, de stokage souterrain en Allemagne, puis d’un portefeuille mondial. Sur l’exercice 2023, le groupe a publié un EBITDAX d’environ 4,2 Md€ et une production de l’ordre de 323 000 barils d’équivalent pétrole par jour (résultats annuels 2023) — chiffre antérieur à la mainmise d’Harbour. Le 3 septembre 2024, la transaction avec Harbour Energy a été bouclée pour une valeur d’entreprise de 11,2 Md$ sur le périmètre amont hors Russie (communiqué de clôture Harbour ; cadrage de l’annonce Reuters, décembre 2023) ; le groupe chimique BASF a confirmé la cession de l’activité *exploration & production* (BASF, septembre 2024). Après opération, Harbour annonce de l’ordre de 475 000 boe/j de production, une base de 2P d’environ 1,5 Md boe et des guidances *pro forma* de 470–485 kboe/j sur douze mois, avec un **Capex *pro forma* d’environ 2,7 Md$ et une dette nette d’environ 4,5 Md$ au closing (Harbour, septembre 2024). Le DEA d’hier se résume aujourd’hui à : actifs pétro-gaziers intégrés à un indépendant intégré, actionnariat reconfiguré (BASF, LetterOne, ex-actionnaires Harbour), et Wintershall Dea** réduit à des reliquats (participations, Nord Stream, revendications en Russie, voir le communiqué de novembre 2024 chez le vendeur). Le contexte français a été celui d’un retrait du capital « chimie + amont » : AFP reprise par *Connaissances des énergies* en 2021 décrivait déjà la recomposition stratégique de BASF autour d’énergies à faible empreinte.
2. Impact réel
Le portefeuille cédé reste, par nature, massivement orienté pétrole et gaz : Norvège, UK, Argentine, Libye, Égypte, Allemagne, etc. (détail des juridictions dans le communiqué Harbour). Côté climat, les documents Harbour mettent en avant une intensité d’émissions de GES inférieure à 15 kgCO₂e/boe en *pro forma* 2024 et des objectifs de réduction des émissions de GES et d’extinction du torchage *non routinier* (même source). Côté historique *Wintershall Dea*, le groupe a affiché un objectif d’intensité méthane de 0,1 % sur les opérations opérées à horizon 2025 et des volumes CCS en mer du Nord d’un ordre de grandeur de dizaines de millions de tonnes de CO₂ par an sur le *portfolio* de licences, dans une logique d’y voir un vecteur d’abattement (repères d’activité résultats 2023 / communications IR et présentation stratégique 2024). À l’échelle de la transition européenne, le Programmation pluriannuelle de l’énergie et, plus largement, le cadre « Fit for 55 » tendent à resserrer l’espace pour l’infrastructure pétro-gazière neuve, sans qu’on puisse, pour cette fiche, raccrocher la DEA spécifiquement à un objectif de mix français (donnée non trouvée au niveau entité) — le bon référentiel reste la programmation publique d’ensemble et, pour l’ADEME, des analyses sectorielles génériques (par ex. thématiques *bas-carbone* : portail ADEME), pas une feuille de route « DEA France » (inexistante en tant que telle).
3. Innovations / partenariats
La dernière couche d’innovation visible dans les documents d’investisseurs a concerné moins le « *deep tech* » que le M&A et le MENA / Amérique latine : fusions, cession d’infrastructures (ex. intérêts dans le transport gazière en lien avec l’européen SEFE, évoqué dans le fil IR 2024 de Wintershall Dea), gros projets comme Dvalin ou Fénix en Argentine (plateforme, gisement), le Greensand au Danemark pour le CCS (synthèse communications IR 2024). Côté partenariats d’actionnaires, l’acquisition par Harbour a structuré un groupe élargi avec émission d’actions et reprise d’obligations et de trésorerie selon le schéma publié par Harbour (voir le détail financement de l’opération). *Donnée non trouvée* pour des marchés publics ou des grands appels d’offres français spécifiquement gagnés au nom *DEA* : ordre de grandeur d’E&P, l’exposition passe surtout par des licences et JVs, pas par des entités de services publics.
4. Greenwashing / zones grises
En avril 2024, le parquet de Francfort a confirmé l’ouverture d’une enquête visant le **reporting *durabilité* 2022 de Wintershall Dea, à la suite d’une plainte pénale de la DUH (allégation d’omissions ou de présentations trompeuses sur l’impact climatique) ; l’entreprise a contesté le bien-fondé des accusations (Reuters, avril 2024) — c’est distinct du contentieux climatique civil devant Kassel, retiré par la DUH en novembre 2024 au motif que l’amont cédé à Harbour changeait l’enjeu processuel (communiqué du groupe, novembre 2024). Parallèlement, la filière porte l’empreinte d’expropriation** des actifs russes (Yuzhno-Russkoye) après décrets de fin 2023, avec un contentieux et des *claims* qui prolongent l’héritage (synthèse de contexte résultats / risques 2023). L’enjeu, pour Harbour, est de ne pas seulement abaisser l’intensité carbone au baril mais d’éviter que le déploiement du CCS ne serve d’alibi à l’approvisionnement pétro-gazier à l’horizon 2030–2040.
5. Positionnement stratégique
La table est en place : un groupe côté Londres veut prouver qu’on peut servir l’actionnariat (dividendes rehaussés, voir l’annonce de closing Harbour) et diversifier géographiquement, tout en répondant **aux banques, aux *ratings* et à la prochaine vague RSE/CSRD côté large caps. Côté BASF et LetterOne, c’est l’exit d’E&P via une prise d’actions** dans l’acquéreur plutôt qu’un simple *cash out*. Pour l’Europe, la lecture est double : d’un côté, désengagement d’un chimiste majeur des hydrocarbures (*Connaissances des énergies*, 2021) ; de l’autre, reconcentration de volumes chez un indépendant qui assume un narratif d’*oil & gas* « nécessaire » *versus* l’architecture institutionnelle du climat.
Verdict WattsElse : La *DEA* a cessé d’exister en tant qu’*étiquette* boursière indépendante le jour où Wintershall Dea a quitté le ring amont : ce qui porte aujourd’hui l’héritage de la Deutsche Erdöl, ce sont des boe et des brevets fiscaux chez Harbour, des cendres procédurales en Allemagne, et le doute qu’on met sur tout scope 1 qui s’améliore quand on change de périmètre. Fossile par ADN, vert par déclaration — jusqu’au tribunal.
Sources : en.wikipedia.org · wintershalldea.com · harbourenergy.com · reuters.com · basf.com · wintershalldea.de · connaissancedesenergies.org · wintershalldea.com · ecologie.gouv.fr · ademe.fr · reuters.com
Explorez l'annuaire complet des acteurs de la transition
Autres acteurs de l'écosystème
Stargate Hydrogen
Pionniers de l’électrolyseur 2.0, ils jouent à remplacer les métaux précieux par de la céramique… pour produire de l’hydrogène vert moins cher, mais pas sans défis.
Voir la ficheChornomornaftogaz
Subsidiare de l’État ukrainien sous le label « pétrole et gaz », cette société incarne l’un des cas les plus extrêmes de l’Europe fossile : patrimoine stratégique sous les eaux de la mer Noire, exproprié en 2014, puis ligne de front maritime depuis 2022 entre séismes judiciaires internationaux et désastre environnemental perceptible des côtes jusqu’aux…
Voir la ficheObsidian Energy
Obsidian Energy incarne l’E&P (exploration–production) canadien « en raccourci » : moins de bbl, plus de rachats d’actions, et un bilan technique solide côté réserves — en même temps qu’un cumul de frictions (sismicité induite, relations avec une Première Nation, et loi fédérale anti–greenwashing).
Voir la ficheCông ty Nhiệt điện Na Dương
À Lạng Sơn, la Công ty Nhiệt điện Na Dương incarne la fusion minière et électrique du groupe Vinacomin Power (TKV) : une centrale au charbon qui alimente le réseau national tout en concentrant les griefs riverains sur les cendres et les poussières.
Voir la ficheEndesa Cogeneración y Renovables
Elle porte encore ce nom dans les mémoires industrielles, mais c’est désormais Enel Green Power España SL** qui pilote la production renouvelable et la cogénération dans la galaxie Endesa.
Voir la ficheSevilla-Endesa
Le terrain ressemble à une guerre de tranchées : d’un côté, des milliards vers la distribution et la digitalisation ; de l’autre, des quartiers qui comptent les coupures au quotidien.
Voir la ficheXcel Energy
** Géant de l’électricité et du gaz aux États-Unis, Xcel Energy affiche des comptes solides et une courbe d’émissions en forte baisse — au prix d’une exposition juridique et technique qui remet en cause l’image d’un opérateur « exemplaire ».
Voir la ficheCatalyze B.V.
Même nom, mêmes mots-clés « transition », budgets publics et rayonnement international : pourtant Catalyze B.V.
Voir la ficheChampion Energy
Branche commerciale d’une machine à produire de l’électricité américaine, Champion Energy vend surtout des contrats et de la facturation — pas des lignes.
Voir la ficheYPF Luz
Première partie du nom promet la « lumière », la courbe réelle encore surtout du gaz sous le capot thermique ; en parallèle, la société enfonce le pédales des PPAs industriels et des méga-parcs RIGI sous le drapeau d’UNE filiales génération d’YPF SA.
Voir la ficheChangan PSA
Coentreprise française–chinoise pour la DS en Chine, Changan PSA a incarné l’illusion d’un premium européen “made in Shenzhen”.
Voir la ficheAbu Dhabi Company for Onshore Oil Operations
Elle s’appelait ADCO ; elle s’affiche aujourd’hui comme ADNOC Onshore, bras armé terrestre du groupe émirati.
Voir la ficheUpvolt Ltd
Installateur « full stack » centré sur la maison connectée, Upvolt Ltd incarne la consolidation accélérée du photovoltaïque résidentiel britannique : acquisitions en chaîne, siège à Londres depuis l’été 2024, plateforme cloud Skygate® — et des comptes encore dérisoires au regard des ambitions affichées.
Voir la ficheGulf Canada
Marque historique du paysage canadien, Gulf Canada n’existe plus en tant que société cotée depuis 2001 : elle a été avalée par Conoco, puis absorbée dans ConocoPhillips.
Voir la ficheSaudi Electricity Company
Dans un royaume où l’on veut moins brûler le pétrole à la maison et plus l’exporter, la Saudi Electricity Company n’est ni une start-up « climat » ni un opérateur marginal : c’est l’infrastructure nerveuse d’une économie en surchauffe électrique.
Voir la ficheENERGIAS RENOVABLES DE LA REGION DE MURCIA
ERRM n’est pas une « success story » startup à pitcher en slide : c’est une société holding régionale au nom rébarbatif, plantée au pied du siège Iberdrola à Murcie.
Voir la ficheConfederación Hidrográfica del Segura
Elle gère le bassin du Segura, l’un des plus tendus d’Europe par l’irrigation et le climat : la Confederación Hidrográfica del Segura (CHS) est bien l’autorité publique de bassin visée ici — pas une « entreprise » au sens d’une société cotée, mais un organisme de réseau et de distribution de l’eau rattaché à l’État espagnol, avec un mandat de planification…
Voir la ficheBraskem
Leader sud-américain des résines thermoplastiques, Braskem affiche un rebond de marges en 2024 — puis voit son avenir se jouer entre fonds de turnaround, actionnaire pétrolier d’État et passif environnemental sans précédent.
Voir la ficheUnion Carbide Corporation
Union Carbide n’est plus la major autonome qu’elle fut, mais un rouage industriel très rentable dans la mécanique Dow.
Voir la ficheETT Énergie Transfert Thermique
Spécialiste français des systèmes aérauliques et pompes à chaleur, expert en climatisation sur mesure pour faire croire qu'on respire mieux.
Voir la ficheCubico
Le nom « Cubico » porte à confusion sur le web — il faut d’abord lever l’ambiguïté : ici, il s’agit de Cubico Sustainable Investments, producteur indépendant d’électricité renouvelable basé à Londres, sans lien avec un jeu vidéo ou un site suisse d’édition ludique qui portent le même vocable dans certains annuaires.
Voir la ficheFortum Power & Heat Generation
Le grand producteur nordique passe le cap des comptes 2025 sous le signe du prix soutenu mais des volumes sous tension, alors qu’il jongle entre un bilan électricité quasi zéro carbone et une chaleur qui traîne encore le charbon.
Voir la ficheBelakhdim S.B.S
Le nom commercial Belakhdim S.B.S recoupe, selon les éléments disponibles en ligne, une PME de lutte antiparasitaire basée à Casablanca (site SBS Belakhdim, annuaire Telecontact), et non un groupe coté à Genève fondé en 1878.
Voir la ficheGujarat Refinery
À Koyali, près de Vadodara, la Gujarat Refinery incarne la tension brutale entre l’appétit industriel pour la capacité (vers 360 000 barils/jour annoncée à mi‑2026 par Reuters) et la vigilance civique après une explosion mortelle sur des réservoirs de benzène en novembre 2024.
Voir la fiche