EBX Group
Conglomérat symbole du cycle commodities-méga-projets, l’EBX revient dans l’actualité énergie non par des comptes consolidés, mais par ce qu’il laisse traîner : dettes fiscales à neuf zéros, cessions d’actifs ferroviaires et portuaires, et une nouvelle narration autour de l’éthanol et du SAF.
À propos de EBX Group
1. Modèle économique
Historiquement, l’EBX Group était un portefeuille d’entreprises cotées au Novo Mercado de la B3 (énergie, minerai, logistique, immobilier), articulé autour d’Eike Batista. Les filiales listées incluaient notamment Dommo Energia, MMX, OSX et CCX. Aujourd’hui, ce périmètre s’est fracturé : faillites, reprises et cessions ont éclaté la chaîne de valeur ; les agrégateurs de marché ne publient plus un CA ou des effectifs groupés comparables à l’ère « pré-OGX ». Le flux économique observable passe plutôt par la liquidation des reliquats — par exemple le rachat d’actifs résiduels de MMX par le fonds Planck (rapport Minera Brasil) — et par les projets portés hors du carcan boursier historique. Sur ce volet « transition », Batista met en avant un véhicule de canna-énergie et d’avitaillement durable, avec un financement annoncé auprès de Brazilinvest et la recherche d’apports complémentaires au Golfe, dans un montage décrit par Reuters en mars 2025 (500 millions de dollars déjà « sécurisés », objectif d’un second ticket du même ordre).
2. Impact réel
Le projet de variété SC157070 (« supercane ») est présenté comme un levier pour densifier l’éthanol et produire du SAF ; la presse spécialisée mentionne une emprise cible d’environ 70 000 hectares pour un premier module industriel et une ambition de l’ordre de 500 millions de litres de SAF par module (Reuters, mars 2025). À ce stade, aucun bilan carbone vérifié, aucun inventaire d’émissions ou rapport CSRD public n’ancre ces allégations : l’« impact climat » reste un scénario de filière, pas une donnée auditée. Côté Europe, la demande réglementaire de carburants d’aviation durables tend à monter en puissance — le cadre ReFuelEU Aviation et les appuis type lauréats Carb’Aéro illustrent la pression sur les chaînes SAF — sans pour autant rattacher l’EBX à un contrat ou une certification UE publics. Pour un lecteur français, l’angle pertinent est comparatif : une montée en ethanol-canne au Brésil peut soulager la tension sur les intrants SAF mondiaux, mais pose aussi les classiques arbitrages sols-eau-biodiversité, absents des communiqués du promoteur.
3. Innovations / partenariats
Le package techno-financier mélange biotech végétale, industrie lourde de première transformation et levée de fonds alternatifs : Bloomberg relève début 2025 un tour de table annoncé de 500 millions de dollars et un volet token pour financer partiellement la venture (levée annoncée). Côté gouvernance de marché, l’empreinte Batista reste exposée dans des enchères d’actifs énergétiques fédéraux où Eneva (héritage MPX/EBX) croise Petrobras, ouvrant un chapitre de consolidation sectorielle plutôt qu’un « partenariat R&D » classique (enchères décrites par *Folha*, avril 2026). Enfin, la revente potentielle du complexe Porto Sudeste / Morro do Ipê par des industriels type Mubadala / Trafigura montre que les actifs nés de l’ère EBX continuent de circuler entre fonds et traders (synthèse *Clickpetroleum*).
4. Greenwashing / zones grises
La bascule « vert » se heurte à un passif fiscal caractérisé : la justice fédérale brésilienne a reaffirmé en 2025 la responsabilité personnelle de Batista sur environ 3,5 milliards de reais de dettes liées à MMX, avec confirmation d’une pénalité de 100 % pour fraude fiscale et un montage offshore (Centennial Asset Mining Fund LLC) visant à masquer des plus-values sur cessions d’actions (*Valor International*). Dans le même temps, Reuters rappelle que son statut l’empêche d’occuper des mandats formels dans des sociétés cotées, ce qui oblige à des structures en droits futurs d’émission — parcours juridique inconfortable pour vendre une « transition » exemplaire. Enfin, le *Mining Journal* documente la suspension par Anglo American des paiements de débentures liées au chrome Minas-Rio, des titres qui généraient encore environ 6 millions de dollars par mois jusqu’en 2049 (article) : autant de liquidités théoriques en moins pour solder legacy et financer le narration de la supercarburation.
5. Positionnement stratégique
L’EBX n’est plus une tour de contrôle industrielle unifiée mais une marque résiduelle et un réseau de créances/actifs que le marché égrainé continue d’épurer, pendant que la narrative publique glisse vers biojet et bioplastiques. Stratégiquement, le pari consiste à capter à la fois le premium réglementaire sur les SAF et la liquidité du Golfe, tout en arbitrant des actifs logistiques devenue monnaie d’échange entre traders et fonds souverains. Le scepticisme d’acteurs historiques du sucre-éthanol (Rubens Ometto cité par Reuters) fixe le plafond crédible du storytelling : sans trajectoire industrielle auditée, la « supercane » reste un headline pour investisseurs pressés.
Verdict WattsElse
L’EBX achève sa mue comme une coque : le vernis vert accroche l’œil, mais les barnacles fiscales et judiciaires dictent encore la flottaison. Tant que les litres de SAF ne sont pas mesurés au compteur — et payés après impôt — le groupe vit surtout par procédures et par titres.
Sources : en.wikipedia.org · minerabrasil.com.br · reuters.com · ademe.fr · bloomberg.com · www1.folha.uol.com.br · en.clickpetroleoegas.com.br · valorinternational.globo.com · mining-journal.com
Données clés
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