Ecopower (Belgique)
En Belgique, Ecopower n’est pas un fournisseur vert de plus: c’est l’un des rares acteurs qui produit, vend et finance son électricité avec l’épargne de ses propres sociétaires.
À propos de Ecopower (Belgique)
1. Modèle économique
Ecopower est une coopérative citoyenne flamande fondée en 1991, qui vend de l’électricité renouvelable à ses membres-clients et finance ses actifs via des parts à 250 euros, plafonnées à 20 par personne, avec une gouvernance "une personne, une voix" (informatienota 2025, Energy Community Platform). Fin 2024, la structure revendique 72.550 coopérateurs, 60.000 clients, 242.546 parts en circulation pour 60,6 millions d’euros, 65 millions d’euros d’actifs immobilisés et un bilan de 87 millions d’euros (informatienota 2025, AG 2025). Son chiffre d’affaires 2024 atteint 55 millions d’euros, mais avec une perte de 894.181 euros et sans dividende, après 4 % distribués au titre de 2023 (informatienota 2025, AG 2024). Le moteur économique reste simple: produire localement, vendre quasi au prix coûtant à ses membres et réinvestir; mais il dépend d’un équilibre délicat entre nouveaux projets, tarifs de fourniture et capacité des ménages à immobiliser du capital citoyen.
2. Impact réel
Sur le papier, l’impact est solide. En 2024, les 29 éoliennes et 250 projets solaires coopératifs d’Ecopower ont injecté environ 95 millions de kWh, auxquels s’ajoutent 41 millions de kWh venant des installations des membres, soit 136 millions de kWh au total, presque l’équivalent des 139 millions de kWh livrés aux clients (AG 2025). La coopérative annonce plus de 38.000 tonnes de CO2 évitées en 2024, contre 63.000 en 2023, baisse expliquée notamment par le transfert de son activité pellets (AG 2025). Le modèle coche donc plusieurs cases de la transition bien faite: production belge, propriété citoyenne, sobriété encouragée, chaleur renouvelable et participation locale, dans une logique proche des coopératives citoyennes mises en avant par l’ADEME. Mais il faut noter que l’impact climat reste à l’échelle d’un acteur régional, pas d’un géant industriel: Ecopower pèse surtout comme démonstrateur de système, pas encore comme machine de masse européenne.
3. Innovations / partenariats
Le signal le plus concret des deux dernières années est la montée en gamme sur les contrats publics et la flexibilité. En 2024, Ecopower a investi un record de 28 millions d’euros dans de nouveaux projets éoliens et photovoltaïques, avec des réalisations à Bilzen-Kieleberg, Ranst, Lille, Kinrooi, Rumst, Eeklo ou Peutie (AG 2025). Côté secteur public, la coopérative déploie via le contrat-cadre du VEB des toitures solaires pour collectivités sans investissement initial; son projet le plus visible est celui du ministère de la Défense, avec 16.628 panneaux, 9.311 kWp, 7,9 GWh attendus par an et 4,55 millions d’euros investis par Ecopower sur 2025-2026. En mars 2026, Ecopower a aussi lancé sa première batterie à Sanapolis: 300 kW / 640 kWh, financée à hauteur de 189.000 euros, pour maximiser l’autoconsommation, écrêter les pics et viser la réserve de fréquence FCR. C’est une petite brique technique, mais un grand virage stratégique.
4. Greenwashing / zones grises
Le principal mérite d’Ecopower est aussi son principal angle mort: la coopérative paraît plus propre que le marché, mais elle n’échappe pas à la physique économique du système. En 2024, elle reconnaît elle-même que le déficit vient d’un ensoleillement et d’un vent inférieurs aux attentes, mais surtout de la surabondance solaire qui écrase la valeur de l’électricité aux heures de production, au point d’avoir "trop payé" l’injection des clients photovoltaïques avant de réduire cette rémunération au 1er janvier 2025 (AG 2025). Autre zone grise: aucun rapport CSRD dédié n’a été identifié publiquement à ce stade; la transparence existe via l’informatienota et les comptes, mais reste moins structurée qu’un reporting extra-financier complet, alors même que le sujet monte partout en Europe (Commission européenne). Enfin, Ecopower dépend d’un environnement belge où les investissements renouvelables ont chuté de 51 % en cinq ans selon Greenpeace Belgique, notamment à cause des permis éoliens: la vertu coopérative ne supprime ni le risque réglementaire, ni le mur administratif.
5. Positionnement stratégique
Ecopower occupe une place rare: celle d’un fournisseur-producteur-coopérateur crédible, noté 20/20 par Mon Électricité Verte et toujours en tête du classement Greenpeace (Greenpeace). Son enjeu n’est plus de prouver qu’une énergie citoyenne existe, mais de montrer qu’elle peut rester compétitive quand le solaire vaut moins à midi, que l’éolien se heurte aux recours et que la flexibilité devient la vraie frontière industrielle. Le passage aux batteries, les projets avec la Défense et les ambitions offshore via SeaCoop montrent qu’Ecopower a compris le moment: la coopérative doit désormais apprendre le langage du système électrique, pas seulement celui de la gouvernance démocratique.
Verdict WattsElse
Ecopower reste l’une des démonstrations les plus sérieuses d’une transition énergétique reprise en main par les citoyens. Mais la coopérative entre dans l’âge adulte: moins de pureté symbolique, plus d’arbitrages sur le stockage, les permis, les prix et la discipline économique.
Sources : ecopower.be · energycommunityplatform.eu · ecopower.be · ecopower.be · librairie.ademe.fr · solarmagazine.nl · ecopower.be · ecopower.be · elia.be · finance.ec.europa.eu · greenpeace.org · monelectriciteverte.be
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