GIZ Madagascar
La coopération allemande ne « vend » pas du kilowatt-heure : elle arme l’État, les régulateurs et les opérateurs pour ouvrir le marché aux renouvelables.
À propos de GIZ Madagascar
1. Modèle économique
La Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) intervient depuis 1982 pour le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ) et réalise aussi des mandats pour l’Union européenne. Ce n’est pas un producteur d’électricité ni une société cotée : le « business model », ce sont des marchés de coopération bilatéraux et multilatéraux budgétés par les bailleurs. Au 31 décembre 2025, le bureau d’Antananarivo compte 315 employés nationaux, 24 internationaux et 2 volontaires du développement. Les priorités affichées incluent agriculture sous climat et énergies renouvelables / accès à l’énergie. Les projets phares côté électricité rurale incluent la troisième phase du programme PERER III (2022–2026), structuré avec le ministère de l’Énergie et des hydrocarbures, l’Office de régulation de l’électricité et l’ADER. Une volumétrie financière « type entreprise » (chiffre d’affaires consolidé de la GIZ pour Madagascar) ne figure pas dans les fiches publiques au même titre qu’une entreprise industrielle ; en revanche les enveloppes projet sont traçables projet par projet (BMZ, UE, Fonds vert pour le climat, etc.).
2. Impact réel
Sur le terrain, l’enjeu est massif : dans un communiqué de mars 2025, la GIZ cite un taux d’électrification d’environ 36 % et près de 19 millions de personnes encore sans accès — chiffres utilisés pour cadrer la mise à l’échelle (dont PERER III dans le Grand Sud, où la couverture rurale reste extrêmement basse). La fiche projet PERER III souligne que le pays tire déjà une grande part de son électricité de l’hydraulique, alors que le solaire reste marginal malgré le gisement — ce qui oriente l’action vers cadre réglementaire, financements et formations plutôt que vers une simple substitution massielle du mix par un acteur unique. Des publications de synthèse antérieures sur la filière électrification rurale (note de résultats type PERER) mettent en avant des gains climat attendus sur la durée ; il s’agit là d’estimations de programme, pas d’un bilan carbone « corporate » au sens CSRD. Aucune donnée ADEME ni référence directe au multiannuel français (PPE) ne s’applique au territoire malgache : comparer utilement à la France serait méthodologiquement trompeur ; le repère utile est plutôt le Pacte énergétique national et l’initiative Mission 300, où la Banque mondiale décrit l’ambition d’un bond d’accès et des besoins d’investissement privé à l’échelle du pays.
3. Innovations / partenariats
La GIZ met en avant un empilement d’outils : cadre réglementaire, mécanismes de financement pour projets privés, montée en compétences — et l’approche Cadre d’électrification rurale intégrée (CERI), pensée pour articuler réseaux, mini-réseaux et solutions individuelles selon les territoires. Le communiqué cité associe explicitement PERER au programme Angovo cofinancé par l’Union européenne et l’AFD, dans une logique de mise à l’échelle. Par ailleurs, le projet PrAda 2+ (FP278), approuvé par le Conseil du GCF fin 2025 avec environ 51,4 millions USD de financement GCF et plus de 20 millions USD de cofinancement, porté par la GIZ, vise surtout l’adaptation des chaînes de valeur agricoles ; il prolonge une séquence « PrAda » antérieure — pertinent pour la résilience climatique et les financements locaux, mais à ne pas fusionner abusivement avec la seule transition « électricité ». Concernant les marchés d’assistance technique délégués à des cabinets (ex. documentation accessible sur des missions PERER côté prestataires internationaux comme la GFA), ils illustrent la chaîne classique BMZ → GIZ → sous-traitance d’expertise — utile pour comprendre où circulent les euros, pas pour confondre ces montants avec une capex énergétique nationale.
4. Greenwashing / zones grises
La GIZ n’est pas une marque « verte » sur un produit de consommation : le risque n’est pas tant le greenwashing publicitaire que l’incohérence systémique entre bailleurs. En juin 2024, la revue spécialisée Sun Connect News décrit une refonte du programme DECIM de la Banque mondiale vers une distribution massive de kits solaires « sociaux » gratuits, avec effets collatéraux possibles sur les entreprises locales commercialisant les mêmes équipements — et des interférences potentielles avec des partenaires solaires d’autres programmes (dont ceux visant les mini-réseaux). Deuxième zone grise : la rentabilité hors subvention des mini-réseaux et maillages rural reste incertaine tant que la demande solvable et la stabilité institutionnelle sont faibles. Troisième friction : la situation de l’opérateur historique JIRAMA, régulièrement décrite comme frein aux investissements — la Banque mondiale évoquait en 2025 déficits et arriérés massifs dans un billet de blog, ce qui conditionne l’intégration future des EnR au réseau. Quatrième point : conflits fonciers et usages dans les zones rurales (pastoralisme, terres communales peu formalisées) peuvent retarder des implantations — problème structurel mentionné dans la littérature scientifique et technique sur Madagascar plutôt que dans une brochure RSE au sens européen.
5. Positionnement stratégique
La ligne narrative officielle est claire : faire de l’électrification un levier de bien-être et de croissance « sans électrifier pour la photo », comme le résume le discours rapporté dans le communiqué de mars 2025. Le même texte chiffre un besoin d’investissements autour de 7 milliards de dollars pour tendre vers les objectifs nationaux de couverture, avec une part majeure attendue du secteur privé — ce qui positionne la GIZ comme ordonnateur de cadres et de projets, pas comme porteur universel de capex. La décennie 2025–2035 sera décisive : clôture imminente de PERER III en mars 2026, montée en puissance de programmes concurrents ou complémentaires chez d’autres bailleurs, et montée en charge du pipeline GCF pour PrAda 2+. Sur le papier, l’opportunité de marché pour les EnR est immense ; dans les faits, elle dépend de la capacité du pays à synchroniser réformes tarifaires, financements mixtes et coordination entre instruments « gratuit » et « marché ».
Verdict WattsElse
La GIZ Madagascar incarne l’ingénierie institutionnelle du solaire à Madagascar : cadres, formation, projets pilotes — mais le feuilleton DECIM rappelle que l’accès universel peut, mal dosé, tordre le marché qu’on prétend nourrir. Dans un pays où l’électricité reste un luxe pour la majorité, la transition passe autant par les GW annoncés que par la paix entre bailleurs.
Sources : giz.de · giz.de · greenclimate.fund · giz.de · giz.de · giz.de · blogs.worldbank.org · gfa-group.de · sun-connect.org · worldbank.org
Données clés
- Fondée
- 1982
Identifiants publics
- Wikidata
- Q136678513
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