Hafslund
Le géant d’Oslo enchaîne records de production et acquisitions éoliennes, mais son avenir se joue autant dans les eaux du Hardanger que dans la facture publique du captage à Klemetsrud — et dans une guerre de cadre fiscal autour du chauffage urbain.
À propos de Hafslund
1. Modèle économique
Hafslund AS est une holding énergétique détenue par la municipalité d’Oslo) : production d’électricité (surtout hydro et éolien), chauffage et refroidissement urbains, filiales comme Hafslund Celsio autour de la valorisation énergétique des déchets et du projet de capture. Les revenus du groupe ont atteint 14 172 millions NOK en 2024, avec un résultat après impôts de 3 757 millions NOK sur le même exercice selon le rapport annuel 2024. En 2025, le résultat net ressort à 4 201 millions NOK, dans un marché toujours volatile (communiqué sur le résultat 2025). La production électrique a été portée à 19,7–19,8 TWh en 2024 (record), puis 18,4 TWh en 2025 avec un contexte hydrologique plus tendu (comptes préliminaires 2024). L’effectif consolidé compte 902 salariés permanents (947 avec les temporaires) fin 2024 (rapport annuel 2024). Les revenus dépendent étroitement des prix de l’électricité nordique, des contrats long terme (par ex. industriels) et, côté ville, d’un réseau de chaleur exposé aux taxes et redevances.
2. Impact réel
Le cœur du bilan climatique, ce sont des dizaines de centrales hydro, l’éolien (dont le parc de 208 MW à Tonstad, ~670 GWh/an ajoutés en 2024) et une stratégie « climat et nature positifs » d’ici 2035 avec objectifs affichés de réduction des scopes 1 et 2 (rapport annuel 2024, rubrique durabilité). Le groupe revendique pour 2024 sa première année de reporting sous la directive européenne CSRD — un cadre plus exigeant pour la comparabilité des données ESG. Sur le volet urbain, le projet CCS à Klemetsrud vise jusqu’à 350 000 tonnes de CO₂ captées par an à partir de 2029, avec un impact municipal annoncé d’environ 20 % des émissions d’Oslo (communiqué 2025) ; le dispositif s’inscrit dans l’écosystème norvégien Longship / Northern Lights, que la presse spécialisée française suit comme laboratoire du CSC à grande échelle. Pour le lecteur habitué au débat français (PPE, réseaux de chaleur, valorisation énergétique), l’enjeu est comparable : décarboner la ville sans sacrifier la sécurité d’approvisionnement — avec une intensité hydraulique typiquement nordique, peu reproductible à l’identique en France.
3. Innovations / partenariats
Le relèvement du projet Klemetsrud s’est traduit par un investissement décisionnel en 2025 et un calendrier opérationnel ciblant le 3ᵉ trimestre 2029 (Reuters). Un consortium Aker Solutions et SLB Capturi a été retenu pour la livraison de la chaîne de capture (communiqué SLB). Sur le marché du carbone, Hafslund Celsio a noué un accord pluriannuel avec Microsoft pour des crédits d’élimination liés au biogénique — la communication officielle évoque un million de tonnes sur dix ans (communiqué Hafslund), tandis que la presse ESG cite 1,1 million (ESG Today) : écart mineur de formulation, signal que le contrat structure la rentabilité attendue du CSC. Côté production, le groupe a lancé le chantier Hemsil 3 dans le Hallingdal (première volée en février 2026, achèvement visé en 2029) pour renforcer un portefeuille déjà massif (résultat 2025). En 2025, Hafslund a aussi consolidé le contrôle des chutes de Sarpefossen, présentées comme la plus grande cascade industrielle d’électricité du nord de l’Europe (même source).
4. Greenwashing / zones grises
Le CSC sur incinérateur n’est pas une « suppression magique » du carbone : une part des émissions reste fossile (plastiques dans les déchets), et les crédits portent surtout sur la fraction biogénique — ce qui alimente les débats sur la qualité des removals. Le projet a été gelé puis relancé après des dépassements spectaculaires : le périmètre financier est désormais plafonné à 9,5 milliards NOK, avec des milliards d’aides publiques (État, ville) et une co‑financement industriel (Reuters, Energiteknikk sur la reprise) : risque de lock‑in technologique si le coût complet du CO₂ capté reste élevé. Le chauffage urbain, présenté comme levier climatique, affiche encore des résultats négatifs quand on retire les plus‑values exceptionnelles : Hafslund dénonce des redevances d’incinération « punitives » et un traitement inégalitaire des subventions électricité versus réseau de chaleur (comptes 2024). Enfin, le groupe a lui‑même rappelé un accident mortel chez un fournisseur en 2025, ce qui rappelle que la transition passe par la sécurité des chantiers, pas seulement par les slides RSE (résultat 2025).
5. Positionnement stratégique
Hafslund vise à rester un pilier du système électrique norvégien et un acteur urbain « tout‑azimut » (électricité, chaleur, déchets, flexibilité), tout en capitalisant sur les contrats long terme et l’optimisation hydraulique pour lisser des prix spot parfois brutaux. La stratégie 2035 et le reporting CSRD poussent à rendre compte de l’alignement climat autant que des profits. Sur le plan européen, l’entreprise n’est pas au cœur des guides ADEME ou des fiches PPE françaises ; en revanche, ses choix éclairent les tensions structurelles que la France partage autour des réseaux de chaleur et du CSC industriel — sujets suivis par Connaissance des Énergies dans une perspective pédagogique. Aucune synthèse publique ADEME dédiée à Hafslund n’a été trouvée dans cette veille : la comparaison avec les trajectoires nationales françaises reste donc qualitative.
Verdict WattsElse
Hafslund incarne la puissance d’un modèle nordique hydro‑dominant, mais son histoire récente tient autant du chantier d’infrastructure nationale que de la performance marché : tant que le CCS et le chauffage urbain resteront sous perfusion réglementaire et fiscale, le vert affiché portera toujours l’ombre d’une facture collective.
Sources : en.wikipedia.org · live.euronext.com · hafslund.no · hafslund.no · connaissancedesenergies.org · reuters.com · slb.com · hafslund.no · esgtoday.com · energiteknikk.net
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