Magnoric
Le froid pèse lourd dans la facture énergétique mondiale, et encore plus dans la bataille climatique.
À propos de Magnoric
1. Modèle économique
Magnoric est une SAS basée à Duppigheim, en Alsace, immatriculée sous le SIREN 853 689 594, dirigée par Gregor van Ackeren selon les mentions légales. Son modèle repose sur deux paris complémentaires : vendre à terme des unités de refroidissement magnétocalorique pour l’industrie, et développer des dispositifs capables de convertir des chaleurs fatales de basse température en électricité via la même brique technologique, comme l’explique sa page technology et sa page about.
Côté taille, les bases d’entreprises consultées situent Magnoric entre 10 et 19 salariés en 2023-2024, avec un chiffre d’affaires publié de 224 kEUR en 2023 et 158,75 kEUR en 2024 selon Dataprospects et Infonet. Autrement dit : l’entreprise reste une deeptech pré-industrielle, avec des revenus encore modestes au regard de son ambition. Le vrai signal financier connu est la deuxième levée annoncée en novembre 2022, avec un investissement “high seven-figure” de Hackforth Holding, devenu actionnaire majoritaire. Magnoric disait alors avoir confirmé des livraisons de nouvelles unités à de “grands clients européens” à l’automne 2022, mais sans nommer ces clients dans sa communication corporate.
2. Impact réel
L’angle d’attaque est pertinent. Magnoric affirme que ses unités de froid magnétique consomment 30 à 50 % d’électricité de moins que des compresseurs à gaz traditionnels et fonctionnent sans gaz frigorigène, avec un fluide caloporteur à base d’eau, sur son site français et sa page Eurostars. Si ces performances se vérifient à l’échelle industrielle, le bénéfice climatique est double : baisse des émissions indirectes liées à l’électricité et suppression des émissions directes liées aux HFC.
Le marché visé est loin d’être anecdotique. Magnoric rappelle que le froid et la climatisation représentaient 17 % de la consommation électrique mondiale en 2022 sur sa page technology, tandis que l’ADEME soutient encore en 2026 des appels à projets pour des systèmes de production de froid très performants dans le tertiaire ultramarin et en Corse via Agir pour la transition écologique. Sur le second pilier, la récupération de chaleur fatale, Magnoric s’appuie sur le gisement identifié par l’ADEME : plus de 60 TWh perdus chaque année en France sous forme de chaleur fatale froide. L’impact potentiel est donc réel, mais à ce stade il reste surtout prospectif : aucun volume de CO2 évité, aucun parc installé, aucun retour d’expérience client détaillé n’ont été trouvés dans les sources publiques consultées.
3. Innovations / partenariats
La société revendique plus de 20 familles de brevets sur son site corporate et un premier prototype de conversion dès 2021 sur sa page technology. En 2023, elle a annoncé un projet Eurostars 3 avec Magneto pour industrialiser des unités magnétocaloriques plus performantes et moins coûteuses. En 2024, elle a rejoint le consortium européen HEAT4ENERGY, un programme Horizon Europe de 2,7 MEUR piloté par TU Delft pour développer les premiers dispositifs thermomagnétiques réalistes de récupération de chaleur fatale.
Le signal réputationnel est également notable : Magnoric a obtenu un label Solar Impulse en janvier 2024 pour ses “Clean Cooling Solutions”, et a figuré parmi les finalistes 2024 des EDF Pulse Awards sur la conversion électrique de chaleurs fatales inférieures à 100 °C.
4. Greenwashing / zones grises
Le premier risque, c’est celui de la surpromesse. Magnoric se présente comme “leader international” du froid magnétique sur son site, alors même que ses revenus publiés restent faibles et que les références commerciales détaillées ne sont pas documentées publiquement. Le storytelling climatique est solide ; la preuve de déploiement l’est beaucoup moins.
Le second angle mort, c’est la transparence extra-financière. Aucun rapport RSE ou CSRD accessible n’apparaît sur le site corporate consulté, ni de page investisseurs dédiée au-delà des actualités et des mentions légales. Enfin, l’avantage “sans HFC” est réel dans un contexte de durcissement réglementaire F-Gas, mais Magnoric arrive sur un marché où les alternatives à base de CO2, propane ou ammoniac progressent déjà vite, avec une maturité industrielle bien supérieure ; autrement dit, la réglementation ouvre une fenêtre, mais ne garantit pas la victoire.
5. Positionnement stratégique
Magnoric est bien positionnée sur une tension très européenne : décarboner un besoin de froid en forte croissance tout en récupérant une partie de l’énergie perdue par l’industrie. La PPE3 pousse l’électrification et l’efficacité énergétique, tandis que la réglementation sur les fluides frigorigènes serre l’étau sur les technologies conventionnelles ; dans ce décor, une solution sobre en électricité et sans HFC a une vraie carte à jouer.
Mais la suite se jouera moins sur la beauté de l’effet magnétocalorique que sur trois choses très concrètes : industrialisation, coût complet et références clients. Magnoric n’est plus au stade de l’idée ; elle n’est pas encore au stade du standard.
Verdict WattsElse
Magnoric a trouvé le bon champ de bataille : le froid, parent pauvre et énorme angle mort de la transition. Reste à prouver que l’aimantation peut sortir du labo sans se démagnétiser au contact du marché.
Sources : magnoric.com · magnoric.com · magnoric.com · app.dataprospects.fr · infonet.fr · magnoric.com · magnoric.com · magnoric.com · agirpourlatransition.ademe.fr · magnoric.com · magnoric.com · solarimpulse.com · edf.fr
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