POSCO
Le géant sidérurgique de Pohang ne ressemble pas à une « oil company ».
À propos de POSCO
1. Modèle économique
La holding POSCO Holdings tire l’essentiel de sa légité industrielle de la sidérurgie intégrée et l’orchestre via des filiales (acier, matériaux, international). Pour 2025, elle publie un chiffre d’affaires consolidé de 69 095 milliards de KRW, un résultat d’exploitation de 1 827 milliards de KRW et un résultat net de 504 milliards de KRW, tout en évoquant la remontée de marge attendue via lithium et extension de l’acier à l’étranger (communiqué groupe 2025). En parallèle, POSCO International — bras énergie et négoce — affiche une résilience à l’export : en janvier 2026, la presse sud-coréenne rapporte un bénéfice net 2025 en hausse de 26,5 % à 636,8 milliards de KRW, avec le gaz (dont filière birmane) et le trading comme moteurs (Yonhap Agency), et un chiffre d’affaires 2025 de 32 370 milliards de KRW quasi stable par rapport à 2024 (Yonhap Agency). Côté marges internes au segment « International », le pôle énergie a pesé 54 % du résultat opérationnel en 2024 (623 milliards de KRW sur le total), ce qui institutionnalise la dépendance au cycle gazier (Seoul Economic Daily). L’effectif global exact varie selon le périmètre consolidé ; les fiches ouvertes évoquent souvent l’ordre de 37 000 à 45 000 postes — nous ne figeons pas un chiffre unique faute de ligne « effectif » dans le communiqué synthétique 2025 consulté.
2. Impact réel
L’empreinte climat du groupe reste d’abord celle d’une sidérurgie à hauts fourneaux, l’un des procédés les plus émetteurs de CO₂ dans l’industrie lourde — un enjeu que les trajectoires européennes et françaises de décarbonation de l’acier rappellent comme structurel (alternatives : DRI-H₂, recyclage-EAF, CCS sous conditions énergétiques et économiques strictes) (plan de transition sectorielle acier ADEME). POSCO affiche une feuille de route 2050 avec suivi des émissions groupe : pour 2024, elle indique 71,1 Mt CO₂ réelles pour une cible de 75,7 Mt (rapport durabilité / feuille de route). Sur le terrain, la réponse technique mise en avant est un four à arc électrique de 2,5 Mt/an à Gwangyang pour 2026, présenté comme un levier de baisse d’émissions sur le périmètre concerné (même source). Dans la filiale énergie, la stratégie « transitionnelle » promet co-combustion hydrogène à 20 % sur une centrale gaz de 3,4 GW à Incheon et une montée vers 100 % H₂ d’ici 2050 (POSCO Newsroom) — soit un verrou technique intéressant, soit un habillage du gaz, selon la trajectoire réelle de déploiement. Côté gaz naturel liquéfié, le groupe accroît le stockage à Gwangyang (réservoirs supplémentaires pour viser 1,33 million de kl d’ici 2026, soit +43 % de capacité) (Seoul Economic Daily) : l’infrastructure conforte l’ancrage fossile même lorsque la communication insiste sur l’hydrogène.
3. Innovations / partenariats
Le trade international s’aligne sur de gros mouvements gaziers : accord-cadre pour 1 Mt/an de GNL pendant 20 ans dans le projet Alaska LNG, avec participation à l’acier de gazoduc et investissement amont dans le projet (BusinessKorea), confirmé dans la presse anglophone (The Korea Times). En Australie, Senex Energy vise un triplement de capacité (vers 60 PJ/an d’ici 2025) (POSCO Newsroom) ; la direction évoque aussi des préventes importantes à des acheteurs industriels. Sur le volet captage-stockage, les annonces 2024 font état d’1 000 milliards de KRW budgétés pour le bloc « énergie » et d’explorations CCS outre-mer (KED Global). En électricité bas-carbone, la communication groupe fixe une cible de 2,0 GW d’éolien offshore national d’ici 2030 (POSCO Newsroom).
4. Greenwashing / zones grises
La ligne de front judiciaire est nette : en février 2025, dix mineurs saisissent la justice contre la rénovation du haut-fourneau n°2 de Gwangyang, estimée à 137 millions de tonnes de CO₂ sur 15 ans par les plaignants (SFOC / For Our Climate). La base Climate Case Chart (Columbia / Sabin) documente la réponse de POSCO : révision en rénovation partielle ramenant la durée de vie attendue à huit ans au lieu de quinze (dossier Kim et al. c. POSCO). Sur la communication produit, la marque « Greenate » fait l’objet d’une plainte à la FTC sud-coréenne pour publicité d’acier « neutre en carbone » via une comptabilité mass balance jugée opaque alors que la filière charbon reste massive (The Korea Times). Enfin, la dépendance au CCS comme bouée de sauvetage du primaire sidérurgique reste une zone d’incertitude technique et économique à l’échelle industrielle — thème central des scénarios publics sur la sidérurgie (note France Stratégie / acier).
5. Positionnement stratégique
Le groupe joue sur deux temporalités : court terme, sécuriser gaz, GNL et infrastructures de stockage pour nourrir une filiale « International » qui pilote la marge ; moyen terme, déployer EAF, éolien offshore, co-firing H₂ pour préserver la licence d’exploiter dans un monde-BAC européen où l’acier « sale » se heurtera au MACF. L’arbitrage est lisible dans les chiffres 2024-2025 : le pôle énergie porte la moitié du résultat opérationnel chez International (Seoul Economic Daily) pendant que la holding consolide un chiffre d’affaires record en volume mais une rentabilité nette encore sous pression (communiqué holding 2025).
Verdict WattsElse
POSCO veut incarner la sidérurgie de la transition, mais ses comptes et ses contrats racontent encore une logique de bench-mark gazier : tant que le cash vient du gaz et que l’acier primaire reste sous le feu des tribunaux climatiques, la neutralité carbone ne tiendra qu’à la démonstration publique — pas à l’étiquette.
Sources : newsroom.posco.com · en.yna.co.kr · en.sedaily.com · librairie.ademe.fr · sustainability.posco.com · newsroom.posco.com · businesskorea.co.kr · koreatimes.co.kr · newsroom.posco.com · kedglobal.com · forourclimate.org · climatecasechart.com · koreatimes.co.kr · strategie-plan.gouv.fr
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