Repsol
Repsol avance sur deux jambes qui ne vont pas au même rythme.
À propos de Repsol
1. Modèle économique
Repsol reste d’abord une major intégrée. En 2024, le groupe a réalisé 59,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires, pour 1,756 milliard d’euros de résultat net, 25 595 salariés et 6,8 milliards d’euros d’investissements bruts, dont 5,7 milliards d’euros de capex net selon son rapport de gestion 2024 et ses résultats 2024. Son centre de gravité reste l’aval pétrolier et gazier, même si le groupe pousse une promesse “multi-énergies” auprès de 24 millions de clients et comptait fin 2024 2,5 millions de clients électricité et gaz dans la péninsule Ibérique, d’après les résultats 2024. La singularité de Repsol, c’est de vouloir financer sa transition avec ses actifs historiques, pas contre eux. Le groupe revendique plus de 6 500 emplois directs dans ses sept complexes industriels et a consacré plus de 1,2 milliard d’euros en 2024 à leur modernisation et à des produits “bas émissions” comme les carburants renouvelables, l’hydrogène renouvelable et le biométhane, selon ses résultats 2024.
2. Impact réel
Le signal climatique est réel, mais encore minoritaire à l’échelle du groupe. Repsol indique dans son reporting CSRD 2024 des émissions scope 1, 2 et 3 de 192,7 MtCO2e en 2024, soit -14 % par rapport à 2018, avec un objectif de -20 % en 2030 puis neutralité en 2050. C’est un mouvement, pas un basculement : le groupe reste exposé à la production et à la transformation d’hydrocarbures, avec une production amont moyenne de 571 000 barils équivalent pétrole par jour en 2024, selon les résultats annuels. La vitrine la plus concrète de sa transition est l’usine de Cartagena, lancée en avril 2024 : 250 000 tonnes par an de carburants renouvelables, pour un investissement de 250 millions d’euros, avec une réduction annoncée de 900 000 tonnes de CO2 par an et un approvisionnement en 300 000 tonnes de déchets organiques par an, selon le communiqué Cartagena. Sur le terrain réglementaire, cette stratégie colle aux marchés les plus difficiles à électrifier : la France vise 2 % de SAF en 2025 puis 6 % en 2030 dans le cadre ReFuelEU Aviation, et la PPE3 pousse aussi les bioénergies dans les transports lourds. Mais la biomasse durable reste une ressource contrainte, comme le rappelle Pleinchamp sur la PPE3.
3. Innovations / partenariats
Repsol sécurise ses intrants autant que ses débouchés. En mars 2024, il a pris 40 % de trois installations de Bunge Iberica pour 300 millions de dollars plus compléments éventuels, afin de sécuriser des matières premières à plus faible intensité carbone pour ses carburants renouvelables, selon le partenariat Bunge. Le groupe a aussi signé avec Microsoft six VPPA de 12 ans adossés à 230 MW éoliens et solaires en Espagne, portant leur partenariat à 320 MW, selon le communiqué Microsoft. Côté carburants, Repsol avait vendu 67 millions de litres de diesel 100 % renouvelable en 2024 et visait 1 500 stations fin 2025, tout en signant des contrats SAF avec Iberia, Ryanair, Vueling ou Atlas Air, d’après ses résultats 2024.
4. Greenwashing / zones grises
Le risque de greenwashing ne tient pas à l’absence d’actions, mais à leur poids relatif. Repsol déploie des carburants renouvelables et des renouvelables électriques, mais continue de défendre explicitement l’idée que pétrole et gaz resteront nécessaires “pendant de nombreuses années”, dans son rapport de gestion 2024. Autrement dit : la transition est pensée comme diversification, pas comme sortie du fossile. Deuxième fragilité : une partie des projets bas carbone dépend d’un cadre public favorable. Repsol écrit noir sur blanc que ses investissements industriels bas carbone sont conditionnés au cadre réglementaire et fiscal espagnol dans le communiqué Cartagena. Enfin, la promesse des carburants renouvelables repose sur des gisements de déchets et d’huiles durables qui ne sont pas illimités ; l’ADEME comme les débats autour de la PPE3 rappellent que ces molécules doivent rester ciblées sur les usages difficiles à électrifier, pas servir d’alibi généralisé au moteur thermique.
5. Positionnement stratégique
Repsol joue une partition très claire : devenir le champion ibérique du “multi-énergies” sans renoncer à ses cash-flows pétroliers. Le groupe cherche à transformer ses raffineries en hubs multi-énergies, à vendre plus d’électricité, à monter dans le SAF, le biométhane et l’hydrogène, tout en gardant un pied très ferme dans l’exploration-production et le raffinage. Le pari peut payer si l’Europe continue d’ouvrir un corridor industriel aux carburants renouvelables et à l’hydrogène dans le raffinage ; il peut aussi se coincer si la régulation se durcit plus vite que la rentabilité de ces nouvelles filières.
Verdict WattsElse
Repsol n’est pas en train de sortir du pétrole : il est en train d’apprendre à l’habiller en transition. Sa force, c’est l’échelle industrielle ; sa faiblesse, c’est que cette échelle reste encore largement fossile.
Sources : repsol.com · repsol.com · repsol.com · repsol.com · ecologie.gouv.fr · consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr · pleinchamp.com · repsol.com · repsol.com · agirpourlatransition.ademe.fr
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