Risen Energy
** Le chinois de Ningbo veut convaincre par l’HJT et le « PV + stockage », alors que ses comptes 2024 ont basculé dans le rouge profond et que la place de Pékin à Ningbo lui rappelle les règles de la transparence.
À propos de Risen Energy
1. Modèle économique
Risen Energy est avant tout un industriel intégré du solaire : fabrication de cellules et modules, avec une part très majoritaire du chiffre d’affaires sur la chaîne cellules/modules — segment qui a reculé fortement en 2024 au rythme de la guerre des prix — et des activités complémentaires (projets, services), aujourd’hui tournées vers un positionnement « PV + stockage ». En 2024, le groupe a publié un chiffre d’affaires de 20,24 milliards de RMB (en forte baisse annuelle) et une perte nette d’environ 3,44 milliards de RMB, après un exercice 2023 profitable, dans un contexte de surcapacité et de prix effondrés (TaiyangNews). Les expéditions de modules se sont établies à 18,07 GW en 2024, avec un export d’environ 6,79 GW en recul de l’ordre de 50 % sur un an (TaiyangNews). La direction a aussi sorti totalement du polysilicium en 2024, une filière qui pesait marginalement en 2023 mais dont la sortie pèse mécaniquement sur les comparables (TaiyangNews). Côté outil industriel, le rapport de durabilité 2024 fait état d’environ 40 GW/an de capacité module fin 2024 et d’un effectif de 8 351 salariés au 31 décembre 2024 (rapport ESG 2024).
2. Impact réel
Chaque gigawatt de modules expédié alimente, côté usage, la substitution progressive d’électricité fossile par du solaire — l’impact climat « réel » est donc surtout aval, chez les producteurs d’électricité et les opérateurs d’actifs, pas dans le siège social. En Europe et en France, ce type d’équipementier se joue dans un cadre où la PPE 3 redessine le rythme du renouvelable électrique sur la décennie, avec des objectifs volontaristes pour le solaire à l’horizon 2030 (Connaissance des énergies) et une lecture publique du dynamique renouvelable côté ADEME Infos. Risen met en avant des modules HJT « Hyper-ion » pour capter les appels d’offres exigeants, dont ceux du modèle français (La Tribune) — ce qui rapproche l’entreprise des politiques de soutien à la filière sans effacer la question amont de l’empreinte manufacturière et de la déclaration carbone complète (voir zones grises).
3. Innovations / partenariats
Sur le volet produit, le groupe cristallise une stratégie haute efficacité (HJT, R&D tandem en laboratoire) et une montée en puissance du stockage : présentation à Intersolar Europe 2025 de gammes type Risen Stack (stockage 48–120 kWh côté système) et de micro-onduleurs Luvit (BI Journal). L’implantation commerciale européenne s’appuie sur un pôle à Madrid et un discours « futur-ready — PV + storage » (Review Energy). Le fabricant affiche aussi des records de laboratoire sur des cellules tandem (HJT/pérovskite) à la efficacité très élevée, signal utile pour le narrative technologique même si la traduction industrielle et le coût au watt restent le vrai juge de paix du marché (Review Energy). En parallèle, Risen publie un rapport de vigilance sur la chaîne minéraire calé sur les lignes directrices OCDE, ce qui formalise l’effort de preuve sur les intrants sensibles (rapport de vigilance 2025).
4. Greenwashing / zones grises
La pression financière relativise toute lecture « verte » purement marketing : 20,24 milliards de RMB de CA mais plus de 3,4 milliards de RMB de perte nette en 2024, soit un groupe qui perd de l’argent au mètre carré de silicium vendu dans un marché en surchauffe (TaiyangNews). Pour 2025, des guidances publiques pointent encore une perte nette comprise entre 2,3 et 2,9 milliards de RMB, avec provision pour dépréciations d’actifs liées à l’effondrement des prix PV (EnergyTrend) — tension d’incohérence apparente entre le discours long terme et la réalité de bilan à quelques trimestres. Sur la gouvernance et l’information marché, la CSRC de Ningbo a infligé en octobre 2025 des mesures correctives et des entretiens de régulation à la société et à des dirigeants, au motif notamment de défauts sur le suivi d’opérations significatives — avec un reliquat de créance d’environ 105,7 millions de RMB non résolu dans les délais annoncés pour une filiale cédée — et sur la gestion des registres d’information privilégiée (décision CSRC Ningbo). Côté reporting climat, le rapport ESG 2024 indique une publie du scope 3 encore partielle (huit grandes catégories sur les quinze du GHG Protocol), ce qui laisse une zone d’ombre sur une partie potentiellement lourde des émissions indirectes (rapport ESG 2024). Enfin, l’exposition douanière américaine reste structurante pour l’industrie : une décision d’appel fédérale fin 2024 a remis en cause des méthodes de calcul antidumping du Département du commerce, maintenant une part d’incertitude sur les coûts d’accès au marché US pour les exportateurs du secteur (Cour d’appel fédérale US).
5. Positionnement stratégique
Risen tente un pivot industriel : densifier le stockage et l’HJT pour se différencier là où le TOPCon a gagné des parts par le coût, tout en repoussant des échéances d’investissements à fin 2026 selon les comptes-rendus de marché sur ses projets d’usine (TaiyangNews). Sur le vieux continent, le relais commercial et de service à Madrid s’inscrit dans une guerre de la valeur ajoutée locale, tandis qu’en France le pari reste celui des AO avec critères techniques favorisant les modules haute performance (La Tribune). Dans le grand jeu de la PPE 3, les volumes annoncés pour le solaire d’ici 2030 peuvent nourrir la demande de panneaux ; la suite se jouera au cash et au prix marginal du watt.
Verdict WattsElse
Risen incarne le paradoxe du solar cycle à son paroxysme : des gigawatts qui sortent d’usine quand les milliards s’évaporent au compte de résultat — et un régulateur qui verrouille la parole quand la transparence faiblit.
Sources : taiyangnews.info · en.risen.com · connaissancedesenergies.org · infos.ademe.fr · iphone.latribune.fr · bi-journal.com · review-energy.com · en.risen.com · energytrend.com · csrc.gov.cn · law.justia.com
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