Pétrole & Gaz

Saudi Electricity Company (SEC)

Le champion national de l’électricité étire son périmètre vers « Saudi Energy », mais son histoire 2024-2025, c’est surtout celle d’un réseau et d’une génération encore massivement fossile, financeés à coups de capex record et de dette qui monte.

« Le géant du réseau saoudien finance sa mue par la dette et le gaz. »

À propos de Saudi Electricity Company (SEC)

1. Modèle économique

La Saudi Electricity Company est le bras opérationnel majeur de l’électricité en Arabie saoudite : production, transport, distribution, et quasi-monopole sur une base clients qui atteignait 11,3 millions de points de livraison en 2024 selon le groupe (communiqué de résultats 2024). Les revenus d’exploitation 2024 s’établissent à 88,7 milliards de riyals SAR (croissance annuelle +17,7 % sur la même base). Pour 2025, le groupe annonce des revenus d’exploitation inédits de 102,2 Md SAR et un résale net de 12,98 Md SAR (actualité groupe 2025). Le modèle repose sur une demande domestique très dynamique, des investissements réseau massifs et une structure régulée exposée aux coûts de combustibles et de financement : sur neuf mois 2025, le capex atteint 74 Md SAR, en hausse de +86,4 % sur un an (résultats T3 2025). Côté financement, la presse économique locale relève un troisième prêt en moins de six mois (1,5 milliard de dollars en janvier 2026) et une dette totale d’environ 175 Md SAR (Enterprise AM).

2. Impact réel

L’empreinte climat du paysage électrique saoudien reste structurée par les thermiques fossiles : une analyse d’agence de notation situe le mix de génération SEC vers une répartition proche de moitié-moitié entre gaz et combustibles liquides fin 2024 (analyse Fitch), ce qui place l’entreprise au cœur des émissions liées aux liquides (souvent plus carbonés que le gaz sec). En parallèle, Riyad vise 50 % d’électricité renouvelable d’ici 2030 dans une logique de Vision 2030 (fiche Trésor sur les EnR) — objectif national dont la traduction opérationnelle passe par des appels d’offres et des PPAs, pas par un brusque basculement instantané du parc existant. Le groupe affiche une trajectoire « Net Zero 2050 » côté durabilité (page Durabilité), mais l’impact net à l’échelle du climat dépendra surtout du calendrier de retrait des liquides, du rythme PV/éolien et, au margin, de projets présentés comme compatibles CCUS. Pour une lecture française du cadre d’ambition climat du Royaume, l’écosystème médiatico-institutionnel cite aussi la Saudi Green Initiative (cadrage politique, à distinguer des comptes techniques de SEC) via par exemple cet éclairage Connaissance des Énergies.

3. Innovations / partenariats

Sur le volet renouvelable, le groupe met en avant un premier grand PPA solaire pour le projet Samtah (600 MW), avec un investissement annoncé de 1,4 Md SAR et un achat d’électricité par l’acheteur central (résultats T3 2025), complété côté marché par la formalisation du contrat et le rôle de consortium avec EDF Power Solutions (communiqué SEC — PPA Samtah). En finance « durable », la présentation semestrielle 2025 revendique un score ESG S&P Global passé de 35 (2023) à 65 et environ 10 % de la dette labellisée « green » après des émissions de sukuks verts (présentation S1 2025). Ces instruments améliorent la lisibilité ESG ; ils ne résolvent pas mécaniquement la composition du parc thermique.

4. Greenwashing / zones grises

Le cadrage « bas carbone » des nouvelles capacités gaz assorties d’une option CCUS heurte la réalité d’une technologie encore peu massifiée ; la promesse tient davantage de feuille de route industrielle que de bilan carbone vérifié à l’échelle du parc. Sur le plan financier, l’agence Fitch anticipe des flux libres de trésorerie négatifs sur le moyen terme, avec un profil de financement tiré vers dette et quasi-fonds propres (note du 16 juin 2025) — en echo mécanique avec un capex qui explose (74 Md SAR sur neuf mois 2025, résultats T3 2025) et une cadence d’emprunts qui alimente le débat sur la soutenabilité du levier (Enterprise AM, 14 janvier 2026). Côté résultats, la presse internationale relate par ailleurs une chute du profit net au troisième trimestre 2025 (ordre de −22,7 %, à 5,3 Md SAR) au gré des charges opérationnelles et du coût du financement (Reuters) — signal que la transition infrastructurelle se paie comptant dans les comptes, malgré un résultat cumulé neuf mois encore élevé (11,6 Md SAR, selon le même filings pack utilisé par la rédaction à partir des publications SEC).

5. Positionnement stratégique

Le repositionnement de marque vers Saudi Energy va dans le sens d’un champion étatique élargi au service des megaprojets de Vision 2030, avec une digitalisation réseau et une intégration accrue des EnR via PPAs et financements verts. La fenêtre d’opportunité est immense — le Royaume réécrit son mix pour capter industrie, data centers et climatisation — mais le groupe reste otage d’un environnement de taux et d’une courbe d’investissement qui compriment la marge financière au rythme où la promesse climatique nationale monte en puissance (objectif 50 % EnR en 2030, cadrage Trésor français). Une exposition directe au CSRD ou au PPE français n’est pas le bon référentiel : le levier réglementaire, c’est Riyad, pas Bruxelles.

Verdict WattsElse

Saudi Energy/SEC bâtit la colonne vertébrale d’un pays qui veut décarboner son image plus vite que ses lignes électriques ; tant que la moitié du thermique reste liquide et que l’investissement s’endette plus vite que le CO₂ ne faiblit, le vert affiché restera la coiffe d’un géant encore très noir.

Sources : se.com.sa · se.com.sa · se.com.sa · enterpriseam.com · fitchratings.com · tresor.economie.gouv.fr · se.com.sa · connaissancedesenergies.org · se.com.sa · se.com.sa · reuters.com

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