Siemens Saudi Arabia
Siemens Energy ne fige pas seulement le réseau saoudien sur le gaz : il le fabrique sur place, signe des milliards de dollars de contrats et colle son nom à un pilote de capture atmosphérique avec Aramco.
À propos de Siemens Saudi Arabia
1. Modèle économique
Du côté Siemens AG, le périmètre global reste l’industrial automation, le rail et la santé — portrait volontairement éloigné d’une pure « utilities ». Pour l’innovation énergétique annoncée en Arabie saoudite, le moteur public est avant tout Siemens Energy : après la scission, c’est elle qui porte turbines, réseaux et services thermiques ; le rapport annuel 2024 affiche ainsi un chiffre d’affaires d’environ 34,5 Md€ et un carnet de commandes à un niveau record — la base financière des investissements longs.
Sur le terrain saoudien, le modèle se lit en contrats d’équipement et de maintenance longue : en mars 2025, annonce d’un projet d’environ 1,6 Md$ pour équiper Rumah 2 et Nairyah 2 — 3,6 GW additionnels sur le réseau, détail repris par Reuters. En 2024, un autre bloc avait déjà été notifié : plus d’1,5 Md$ pour Taiba 2 et Qassim 2, avec 25 ans de service — le couple « vente + O&M » structure les revenus récurrents. La production des blocs critiques est rapprochée du client via l’expansion du Dammam Hub (capacité industrielle accrue, objectifs de saoudisation de l’emploi local évoqués dans la même lignée sectorielle).
2. Impact réel
L’impact « climat » revendiqué passe d’abord par le remplacement d’anciennes centrales au fioul par des cycles gaz et, pour les derniers projets, la promesse de réductions d’émissions de l’ordre de jusqu’à 60 % par rapport au barème pétrole/électricité — un gain réel sur le plan local, mais une trajectoire qui reste fossile au sens du mix. Le rapport durabilité 2024 de Siemens Energy met en avant une baisse des émissions Scope 1 et 2 du groupe au global par rapport à 2019 et une partie du chiffre d’affaires alignée taxonomie UE (~43 % en 2024) — indicateurs utiles pour l’investisseur européen, pas pour un bilan national saoudien. Côté EnR, la branche éolienne Siemens Gamesa reste une variable de risque (rentabilité retardée), ce qui retient une partie de l’« impact vert » annoncé au niveau groupe.
3. Innovations / partenariats
Le pilote de capture directe d’CO₂ (DAC) mené avec Saudi Aramco illustre la couche « innovation » : lancement d’une unité de test annoncée notamment par Aramco et Reuters en mars 2025, avec une capacité publique de l’ordre de 12 t/an de CO₂ dans ce format expérimental — volume minuscule face aux émissions du pays, mais signal R&D sur les matériaux de capture en climat désertique. Les centrales Rumah 2 / Nairyah 2 sont de surcroît présentées comme compatibles avec des futurs équipements de captage — une option technique, pas une réalité opérationnelle à date. Les turbines classe HL, la modernisation réseau et l’intégration de 3,6 GW (effet sur l’approvisionnement des foyers) achèvent le tableau « tech + infrastructure ».
4. Greenwashing / zones grises
La principale zone grise est documentée : des accords de maintenance jusqu’à 25 ans sur des actifs gaziers — ce que la presse relie explicitement au verrouillage d’infrastructure et à l’horizon 2050 pour certains services — comme le détaille Reuters dans le sillage du contrat 2025. La storyline « transition » repose donc sur un saut qualitatif par rapport au fioul, mais prolonge la dépendance au gaz et conditionne la « décarbonation » à des CCS/DAC encore marginaux à l’échelle (les 12 t/an du pilote DAC ne contrepèsent pas la charge des GW gaziers). Exposition réputationnelle : cohabitation avec un acteur pétrolier d’État dans un pays scruté sur les droits humains et la trajectoire climat — sujet politique, pas judiciaire ici ; aucune condamnation ou litige précis n’est rapporté dans les sources citées pour cette fiche.
5. Positionnement stratégique
Siemens Energy capitalise sur la Vision 2030 et la dé-surchauffe du réseau : 7,6 GW de signatures gaz sur à peine dix-huit mois (ordre de grandeur issu de la somme des 4 GW Taiba/Qassim et 3,6 GW Rumah/Nairyah) positionne le groupe comme fournisseur système de la flexibilité thermique. Le calendrier public — mise en réseau en cycle simple vers 2027 pour les derniers projets, puis phases combinées — synchronise cash-flows et narrative « sortie du pétrole pour l’électricité ». Pour un lecteur français, le parallèle n’est pas avec la PPE ou les fiches ADEME (périmètre UE), mais avec la lecture d’un exportateur qui aligne son discours sur la taxonomie et la R&D (~1,2 Md€ de R&D en 2024, ordre de 3,5 % du CA) tout en engrangeant des commandes GCC fossiles longues.
Verdict WattsElse
Vous avez l’usine au bord du Golfe, les GW sur le réseau et un laboratoire DAC à l’échelle démo : c’est cohérent avec un métier d’équipementier, moins avec un champion 100 % renouvelable. La transition saoudienne passera longtemps par le gaz — et Siemens Energy a signé pour être payé pendant qu’elle dure.
Sources : en.wikipedia.org · siemens-energy.com · siemens-energy.com · siemens-energy.com · reuters.com · siemens-energy.com · pemedianetwork.com · siemens-energy.com · assets.siemens-energy.com · aramco.com · reuters.com · saudienergyconsulting.com
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