Taiwan Power Company
Taipower ne vend pas du “vert” : elle tient debout un archipel industrialisé en important quasiment tout ce qui brûle.
À propos de Taiwan Power Company
1. Modèle économique
Taipower (Taiwan Power Company) est une entreprise publique de production et de distribution d’électricité : revenus issus de la facturation d’énergie et d’achats massifs de combustible et d’électricité, dans un cadre où les tarifs résidentiels ont été longtemps bridés face à la flambée du gaz. Côté volume, le groupe comptabilisait 29 139 salariés et plus de 15,3 millions de clients fin 2024 ; son patrimoine d’actifs s’inscrit dans une logique de service public lourdement capitalisée. Les comptes récents restent sous pression : le ministère de l’Économisme taïwanais a publiquement rappelé des pertes nettes élevées sur l’exercice 2023 et un cumul de pertes dépassant les 400 milliards de NT$ à fin 2024, tandis que les états financiers affichés sur le site corporate montrent, sur les premiers mois de 2026, un ratio d’endettement supérieur à 90 %. Les agences de notation raisonnent Taipower comme une entité quasi-souveraine : Fitch Ratings a réaffirmé en juin 2025 la note « AA » avec perspective stable, avec en toile de fond un plan d’investissement massif (ordre de grandeur 260–333 milliards de NT$ par an entre 2025 et 2028 pour le gaz et l’éolien, selon des synthèses relayées par la presse taïwanaise).
2. Impact réel
Le rapport de durabilité 2024 donne un mix indiciel brutal : 47,3 % gaz, 33,4 % charbon, 11,9 % énergies renouvelables, pour 57,74 GW de capacité installée totale (dont une fraction importante en flotte propre). Les évaluations indépendantes convergent sur une production de l’ordre de 251,4 TWh en 2024 et une part fossile combinée d’environ 80 %, alors que les objectifs politiques de EnR (20 % visé historiquement vers le milieu de la décennie) restent difficiles à tenir, comme le détaille le country report Taiwan janvier 2026. Sur le solaire, Taipower revendique 14 270 MW PV raccordés au réseau national fin 2024 et plus de 20 GW d’EnR déjà branchés, mais sur un pays qui reste massivement importateur d’énergie. Pour une lecture « européenne » des enjeux de mix (pas un calque réglementaire CSRD), l’analyse IFRI/Connaissance des Énergies sur le talon d’Achille énergétique de Taïwan et les trajectoires d’éolien offshore en France au regard de la PPE3 (KPMG, 2026) soulignent le même paradoxe : accélérer les EnR coûte cher en réseau et en pilotage, alors que le gaz reste le réglage à court terme.
3. Innovations / partenariats
Taipower bascule progressivement d’un modèle « tout intégré » vers des co-investissements offshore avec des développeurs privés : la presse locale cite notamment une prise de 25 % dans Formosa 4 et une perspective comparable sur Formosa 6, pour mutualiser risques techniques et financiers (Taiwan News). À l’amont, Taïwan poursuit la phase 3 de l’éolien offshore (blocs de plusieurs gigawatts prévus pour la fin de la décennie, tel que décrit dans l’écosystème sectoriel EnergyOMNI). Sur le photovoltaïque, les chiffres publiés par Taipower sur ses portails ESG confirment une montée en puissance soutenue du parc solaire raccordé.
4. Greenwashing / zones grises
Le volet « transition » s’accompagne d’infrastructures fossiles visibles et contestées : le quatrième terminal GNL de Hsieh-ho (Keelung), validé au prix d’audiences d’EIA houleuses en 2025, fait l’objet en 2026 d’un recours d’associations environnementales dénonçant des lacunes sur pollution des sols et risques marins. Parallèlement, la stratégie gaz sature les terminaux : un commentaire de marché évoque des ratios d’utilisation au-delà de 100 % en 2023, nuisibles à la maintenance, en écho aux analyses sur une stratégie GNL accélérée malgré une facture importée qui gonfle les tarifs industriels. Enfin, l’extinction du parc nucléaire — dernier réacteur arrêté en mai 2025, rappelé par l’AFP relayée par Connaissance des Énergies — réduit la marge de manœuvre carbone : ce n’est pas un « décarbonage » automatique, c’est un report du dilemme vers le gaz et les EnR, avec une dette techniques et politiques.
5. Positionnement stratégique
La feuille de route affichée condense un pivot gaz (cibles médianes autour de la moitié du mix à horizon 2030 dans les briefings sectoriels) et un surendettement assumé contrepartie des investissements réseau et de résilience (programme de rénovation du réseau chiffré en centaines de milliards de NT$ dans le rapport RSE 2024). Sur le volet business international, les notes Team France Export sur la accélération EnR à Taïwan vers 2030 positionnent l’île comme place de marché exigeante pour équipementiers et EPC, avec Taipower comme acheteur-régulateur central.
Verdict WattsElse
Taipower est l’archétype de l’utilitaire de transition sous perfusion budgétaire : elle branche des éoliennes et des PV en temps réel, mais son récit industriels et judiciaires se joue sur les quais GNL et les lignes à haute tension. Le kilowattheure taïwanais n’est pas vert : il est le prix d’un compromis géopolitique.
Sources : fr.wikipedia.org · taipower.com.tw · moea.gov.tw · taipower.com.tw · fitchratings.com · udn.com · trackingstandard.org · service.taipower.com.tw · connaissancedesenergies.org · connaissancedesenergies.org · kpmg.com · taiwannews.com.tw · energy-omni.com · taipeitimes.com · taipeitimes.com · dominotheory.com · icis.com · connaissancedesenergies.org · teamfrance-export.fr
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