Production

Vicat

Vicat reste l’un des rares grands industriels français capables de peser à la fois sur le ciment, le béton prêt à l’emploi et les granulats.

Poids lourd du ciment en transition sous contrainte carbone

À propos de Vicat

1. Modèle économique

Vicat vit d’un triptyque classique mais robuste: ciment, béton prêt à l’emploi et granulats, avec une logique d’intégration verticale assumée sur ses marchés de consommation, détaillée sur sa page stratégie groupe. Le groupe est présent dans 12 pays et a réalisé en 2024 un chiffre d’affaires consolidé de 3,884 milliards d’euros, pour un EBITDA de 783 millions et un résultat net part du groupe de 273 millions, selon ses résultats annuels 2024 et la publication Euronext. Fin 2024, l’effectif atteignait 9 990 salariés, d’après la page ancrage territorial.

Le groupe a décaissé 320 millions d’euros d’investissements industriels nets en 2024, principalement liés au four 6 au Sénégal, signe qu’il continue à parier sur la capacité industrielle autant que sur la transition. Autre signal de diversification: le rapprochement entre VPI et Cermix, annoncé à l’automne 2024, doit créer un acteur français de la chimie de la construction pesant près de 200 millions d’euros de chiffre d’affaires. Autrement dit: Vicat ne joue pas seulement la défense d’un cimentier historique, il essaie aussi d’épaissir ses marges autour du second oeuvre et des solutions techniques.

2. Impact réel

Le point de départ est brutal: l’industrie cimentière représente environ 8% des émissions mondiales de CO2, et les cimenteries sont des actifs “hard to abate”. En 2024, Vicat affichait des émissions spécifiques directes de 576 kg de CO2 net par tonne de ciment équivalent, contre 588 en 2023; en Europe, le niveau descend à 497 kg, pour une cible 2030 de 430 kg, selon la publication Euronext. Le taux de combustibles de substitution est monté à 36% au niveau du groupe, avec un objectif de 50% en 2030, tandis que le taux de clinker reste élevé à 76,3%, encore loin de la cible de 69%.

Vicat met en avant quatre leviers: efficacité énergétique, substitution des combustibles fossiles, baisse du clinker et captage du CO2, dans sa feuille de route décarbonation. Sur le terrain, l’entreprise affirme viser près de 100% de combustibles alternatifs en Europe à horizon 2030 et vante des ciments CEM II et CEM III réduisant jusqu’à 50% l’empreinte carbone par rapport à un CEM I, via sa vitrine Solutions Vicat. Le mouvement est réel, mais le niveau absolu d’émissions reste massif: la plus grande cimenterie française de Montalieu-Vercieu figure toujours parmi les 50 sites industriels les plus émetteurs.

3. Innovations / partenariats

Vicat a au moins un mérite: il ne limite pas sa transition à un verdissement marketing du sac de ciment. Le groupe pousse Argilor, ciment à base d’argile activée produit à Xeuilley, projet soutenu par le plan de relance et mis en avant par l’ADEME. Il commercialise aussi CARAT, liant enrichi en biochar, annoncé à bilan carbone net négatif à l’échelle du liant, déjà utilisé sur des chantiers comme le Village des Athlètes des JO de Paris 2024, selon la page décarbonation.

Côté rupture industrielle, le vrai pari s’appelle VAIA: 1,2 million de tonnes de CO2 captées par an à Montalieu-Vercieu, avec SPSE, Elengy, RTE et ENI dans la boucle, pour transport, liquéfaction et stockage. Vicat a aussi sécurisé un accord avec le Department of Energy américain pour son projet californien Lebec Net Zero, avec un soutien public pouvant atteindre 500 millions de dollars. Enfin, le groupe participe au projet européen Catch4Climate, qui explore le procédé oxyfuel avec d’autres cimentiers.

4. Greenwashing / zones grises

Le risque principal n’est pas que Vicat ne fasse rien; c’est qu’il fasse beaucoup, mais trop tard par rapport à la vitesse réglementaire et au coût du carbone. Le projet Rhône Décarbonation, autour de Montalieu, suppose entre 600 et 900 millions d’euros d’investissement pour Vicat, avec une dépendance explicite aux aides publiques françaises, européennes et américaines. Le groupe l’admet lui-même aux États-Unis: sans soutien public, le projet LNZ ne pourrait pas se concrétiser.

Deuxième angle mort: la substitution fossile repose aussi sur des déchets, de la biomasse et des gisements alternatifs qui ne sont ni infinis ni neutres par nature. Troisième tension: même avec des ciments mieux formulés, le coeur économique de Vicat reste adossé à une production de clinker lourde, alors que la PPE 3 et l’évolution des normes construction poussent toute la filière vers une baisse rapide de l’empreinte carbone. Le greenwashing, ici, ne serait pas dans les annonces bas carbone; il serait dans l’idée de faire croire que quelques produits vitrines suffiront à verdir un business model encore structurellement émissif.

5. Positionnement stratégique

Vicat cherche à occuper une place précise: celle du cimentier européen capable de rester industriellement lourd tout en devenant crédible sur le bas carbone. C’est un positionnement intéressant, car le marché va valoriser les premiers entrants capables de livrer du ciment compatible avec la RE2020, les nouvelles contraintes carbone et la décarbonation de l’industrie lourde, comme le rappelle Connaissance des Énergies. Le signal récent le plus fort n’est donc pas un slogan, mais l’empilement de briques concrètes: capex en hausse, soutien public, nouveaux matériaux, et deux grands projets CCS de part et d’autre de l’Atlantique.

Verdict WattsElse

Vicat n’est plus seulement un cimentier traditionnel qui verdit son catalogue: c’est un industriel carboné qui tente de racheter du temps par l’innovation, le captage et l’argent public. Le pari peut réussir, mais il sera jugé non sur les promesses 2050, plutôt sur la capacité à faire baisser vite, vraiment, les tonnes de CO2 avant que le marché et la règle ne s’impatientent.

Sources : vicat.fr · vicat.fr · live.euronext.com · vicat.fr · globenewswire.com · vicat.fr · solutions-vicat.fr · connaissancedesenergies.org · librairie.ademe.fr · vicat.com · vicat.fr · concertation-strategie-energie-climat.gouv.fr

"Chez Watts Else?, nous analysons les acteurs de l'énergie avec un regard critique et pédagogique. Notre objectif est de vous aider à comprendre qui fait quoi dans la transition énergétique."

Données clés

Fondée
1853
Siège
L'Isle-d'Abeau, France

Identifiants publics

SIREN
057505539
Wikidata
Q104592517

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