ACWA Power
ACWA Power avance vite, très vite: solaire, éolien, dessalement, hydrogène, le tout emballé dans une promesse de transition à grande échelle.
À propos de ACWA Power
1. Modèle économique
ACWA Power ne vend pas seulement des kilowattheures: il développe, finance, co-détient et exploite des centrales électriques, des unités de dessalement et désormais des projets d’hydrogène vert, avec des revenus sécurisés par de longs contrats d’achat publics de type PPA, WPA ou PPP, très majoritairement “take-or-pay” (business model 2024). Fin 2024, le groupe revendique 94 projets dans 13 pays, pour un portefeuille de 69,2 GW d’électricité et 8,1 millions de m3/jour d’eau dessalée, avec 4 175 salariés (rapport intégré 2024). Côté résultats, le chiffre d’affaires 2024 atteint 6,297 milliards de riyals saoudiens, pour un bénéfice net part du groupe de 1,757 milliard de riyals, en hausse de 5,7% (Saudi Exchange). L’année a été marquée par 9 bouclages financiers représentant 34,6 milliards de riyals d’investissement et 10 nouveaux contrats ajoutant 14,3 GW de capacité, dont 10,7 GW de renouvelables (résultats 2024). Le capex consolidé strict n’est pas publié sous cette forme, mais les immobilisations corporelles montent à 12,06 milliards de riyals et les additions 2024 aux actifs corporels atteignent 3,62 milliards, ce qui donne un ordre de grandeur de l’effort d’investissement interne (états financiers 2024, notes 2024).
2. Impact réel
Le groupe peut difficilement être balayé comme simple façade verte: il a porté sa capacité renouvelable à 50,4% dès 2024, six ans avant son objectif initial, et vise désormais 70% en 2030, avec plus de 75% des ajouts de capacité provenant des renouvelables (chapitre environnement 2024). En 2024, ACWA Power dit avoir ajouté 5,4 GW de renouvelables et réduit de 12% son intensité carbone par rapport à 2020, tout en affichant 20,99 MtCO2e d’émissions Scope 1 et 2 sur les actifs mesurés (chapitre environnement 2024). Son impact climatique reste donc ambivalent: le verdissement du portefeuille est réel, mais il coexiste avec une base thermique encore lourde. Pour le dessalement, l’enjeu est double: adaptation au stress hydrique, mais aussi forte intensité énergétique si l’électricité n’est pas elle-même décarbonée. Sur le fond, la trajectoire rejoint les logiques défendues en Europe pour l’électrification et le “Power-to-X”, qu’ADEME relaye via Connaissance des Énergies, mais avec une spécificité moyen-orientale: ici, la transition s’adosse à de très grandes infrastructures d’eau et d’énergie, pas à la sobriété.
3. Innovations / partenariats
ACWA Power joue la carte de la taille critique. En janvier 2025, il a bouclé le financement du parc éolien de Suez de 1,1 GW en Égypte, l’un des plus gros contrats éoliens unitaires de la région (Suez Wind Farm). En mai 2024, il a signé avec la Tunisie un protocole pour un projet d’hydrogène vert allant jusqu’à 600 000 tonnes par an, alimenté par 12 GW de renouvelables et connecté au corridor South2 vers l’Europe (accord Tunisie). En 2025, le groupe a aussi noué un partenariat avec l’allemand SEFE pour viser 200 000 tonnes annuelles d’hydrogène vert à destination de l’Allemagne d’ici 2030 (accord SEFE). Et sur l’eau, le contrat Ras Mohaisen en Arabie saoudite, attribué sous modèle BOO avec SWPC, ajoute 300 000 m3/jour de dessalement et une brique renouvelable de 30 MW (WaterHQ).
4. Greenwashing / zones grises
C’est ici que le dossier devient intéressant. ACWA Power reconnaît lui-même que 36% de ses actifs restent exposés aux fossiles dans ses scénarios de risque de transition, et identifie noir sur blanc le risque de critiques pour greenwashing si ses divulgations climat sont jugées inexactes (chapitre environnement 2024). Le groupe promet de ne plus investir dans le charbon ou le pétrole, mais continue de défendre une “flexible generation” au gaz jusque potentiellement en 2050, avec l’espoir de la décarboner plus tard via hydrogène, CCS ou CCUS: une promesse stratégique crédible sur le papier, beaucoup moins démontrée à grande échelle dans l’économie réelle (chapitre environnement 2024). Deuxième zone grise: sa croissance repose massivement sur des contreparties publiques et parapubliques, ce qui sécurise les cash-flows mais l’expose aux choix budgétaires, réglementaires et géopolitiques des États. Enfin, sur l’hydrogène, la narration est ambitieuse, mais le marché européen reste encore dépendant d’infrastructures, de coûts et de cadres de certification pas totalement stabilisés.
5. Positionnement stratégique
ACWA Power veut devenir un champion mondial des renouvelables, des carburants verts et du dessalement, avec un objectif de 250 milliards de dollars d’actifs sous gestion d’ici 2030 (business model 2024). Le signal stratégique fort, ce n’est pas seulement la croissance du portefeuille: c’est sa capacité à transformer des objectifs d’État en contrats de long terme, du Maroc de Noor hier (Connaissance des Énergies) à l’Arabie saoudite, l’Égypte ou la Tunisie aujourd’hui. En clair, ACWA est moins un pur industriel “vert” qu’un architecte de souveraineté énergétique sous parapluie public.
Verdict WattsElse
ACWA Power n’est pas un mirage vert: c’est un vrai bâtisseur de transition, mais une transition version mégaprojets, contrats d’État et gaz en arrière-plan. La promesse est puissante, la couture climatique reste visible.
Sources : iar2024.acwapower.com · iar2024.acwapower.com · saudiexchange.sa · acwapower.com · iar2024.acwapower.com · iar2024.acwapower.com · iar2024.acwapower.com · connaissancedesenergies.org · acwapower.com · acwapower.com · acwapower.com · waterhq.world · connaissancedesenergies.org
Données clés
- Fondée
- 2002
Identifiants publics
- Wikidata
- Q20850809
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