Allarluz
À la croisée du « pétrole vert » galicien et des prix déréglés du marché de l’électricité, la société Allarluz traverse la fin programmée de son métier historique.
À propos de Allarluz
1. Modèle économique
Allarluz S.A. est une société anonyme espagnole (siège à Allariz, province d’Ourense), historiquement spécialisée dans la production d’électricité à partir de cogénération à la biomasse forestière, filière autorisée dès 1995 par la Xunta sur le régime spécial. Norvento est entré au capital en 2007, marquant son entrée dans l’électricité biomasse selon la presse nationale (El País), puis est devenu figure centrale de la gouvernance : Norvento S.L. apparaît comme administrateur unique réélu en juin 2024. Le capital social affiché est d’environ 1,47 M€ après une opération en trompe-l’œil en août 2023 (réduction puis forte augmentation de capital). La ressource principale était la vente d’énergie au réseau depuis l’installation d’Allariz ; la résolution autonome du 7 avril 2025 acte le cierre definitivo y desmantelamiento de l’ouvrage et la radiation du registre des installations productrices en Galice, ce qui dessine la fin de ce cœur d’activité. Pour le reste du groupe, les agrégats publiés en presse spécialisée donnent un chiffre d’affaires consolidé de 91,3 M€ en 2023 contre 141 M€ en 2022 (−35 %), un résultat d’exploitation divisé (38 M€ contre 99 M€, soit −61 %) et un bénéfice net ramené à 26 M€ — indicateurs qui structurent la dépendance du groupe Norvento au marché de gros et à ses filières non biomasse.
2. Impact réel
Tant que la centrale tournait, elle transformait des résidus forestiers en électricité — une valorisation matière plutôt qu’un simple stockage carbone géologique, avec un profil d’émissions nettement différent d’un cycle gaz-charbon mais non neutre par nature. La fermeture administrative retire ce flux de production renouvelable au bilan régional : il n’y a pas, dans les éléments publics consultés, de bilan carbone ou de MWh évités publié récemment par Allarluz pour 2024–2025. À l’échelle de l’UE, la cohérence « EnR » de la biomasse reste scrutée (soutirage vs résidus, intensité des flux) ; côté France, la PPE et ses arbitrages sur les EnR fixent un cadre d’ambition accrue pour les renouvelables électriques — contrepoint utile pour situer ce que la disparition d’un actif bois-élec signifie pour un territoire rural : moins de sous-produits valorisés, davantage de pression sur d’autres filières locales.
3. Innovations / partenariats
Le carnet d’innovation documenté relève surtout de la maison-mère : Norvento a aligné un parc éolien de 29 MW autorisé en 2025 près d’Abadín, avec 18 M€ d’investissement annoncés, un projet d’hydrogène vert à Lugo soutenu par 2,3 M€ d’aide régionale en septembre 2024, et la mise en service début 2025 d’un stockage nBESS de 1,3 MWh à León dans la logique NextGen UE. Les agrégats de puissance éolienne en Espagne (249,4 MW recensés pour le promoteur en 2024 par un classement presse) ne concernent pas Allarluz proprement dit mais expliquent où va la capacité d’investissement du groupe.
4. Greenwashing / zones grises
La première zone grise est comptable et brutalement chiffrée : selon le répertoire économique de Cinco Días, la variation du chiffre d’affaires d’Allarluz plonge de −99,45 % en 2024 — signal économique difficilement compatible avec un narratif « croissance verte » pour cette société isolément. La résolution Xunta publiée au DOG le 9 mai 2025 officialise la déconstruction d’un actif présenté historiquement comme vitrine de la biomasse en Galice ; l’écart entre discours passé et trajectoire industrielle actuelle nourrit le risque de décalage perçu. Côté groupe, la volatilité des marges 2022–2023 montre une exposition forte aux prix du marché, tandis que le relais hydrogène-storages s’appuie sur des mécanismes de financement public — levier légitime, mais qui interroge la solidité intrinsèque du modèle hors aides. Enfin, certains parcs éolien du groupe font l’objet de tensions foncières documentées (Outes / Negreira, printemps 2026) : pas de condamnation en tant que telle dans l’article cité, mais un risque d’image pour tout discours « acceptabilité sociale » du développement accéléré.
5. Positionnement stratégique
Allarluz achève de facto le chapitre « biomasse vendue au réseau » que Norvento avait racheté il y a près de vingt ans ; la consolidaton comptable du groupe reste pilotée par l’ingénierie, les services et l’éolien (hausse des effectifs à 242 personnes en 2023, +20 %, actifs de l’ordre de 333 M€). Sur le marché espagnol comme ailleurs en Europe, l’Arbitrage entre filières EnR se joue au €/MWh et au droit d’urbanisme : Norvento maximise les actifs éoliques et flexibles ; Allarluz, elle, devient surtout un vestige juridique et patrimonial de la transition galicienne — un signal que la « valorisation bois » n’est pas une rente garantie.
Verdict WattsElse
Allarluz illustre le basculement d’une EnR de première heure vers l’obsolescence industrielle : lorsqu’un actif bois-élec cesse d’être rentable, la transition ne se lit plus dans les slogans mais dans les arrêtés de démantèlement et les courbes de ventes à −99 %. Ni romance régionale ni fatalité : la biomasse est une filière conditionnée, et 2025 en apporte la preuve administrative.
Sources : cincodias.elpais.com · xunta.gal · elpais.com · empresia.es · xunta.gal · economiadigital.es · lavozdegalicia.es · connaissancedesenergies.org · connaissancedesenergies.org · lavozdegalicia.es · galiciae.com · galiciae.com · economiadigital.es · galiciapress.es
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