Alpiq Group
Le 2025 d’Alpiq ressemble à deux années en une : un bilan d’exploitation jugé « robuste » par la direction alors même que l’EBITDA ajusté s’effondre, miné par une panne prolongée à Gösgen et par un trading en perte pour la première fois.
À propos de Alpiq Group
1. Modèle économique
Alpiq est un groupe énergétique international dont le siège est à Lausanne, né de la fusion de 2009 entre Atel et EOS. Son modèle combine production d’électricité (hydroélectricité, nucléaire, thermique gaz, EnR), services de flexibilité et activités de marché. En 2025, le chiffre d’affaires net IFRS s’établit à 5 748,6 millions de francs suisses (5 919,9 MCHF en mesure ajustée), en retrait par rapport à un 2024 exceptionnellement favorable. L’EBITDA ajusté recule à 572 MCHF contre 962 MCHF en 2024. L’effectif groupe est de 1 417 personnes. La gouvernance distribue encore du cash : le conseil propose une distribution de 230 MCHF aux actionnaires, ce qui envoie le signal d’une structure résiliente malgré le choc opérationnel — avec un ratio de fonds propres à 61 % à fin 2025.
2. Impact réel
Le mix de production déclaré pour 2025 dans la revue annuelle fait apparaître 47 % d’hydro, 31 % de nucléaire, 20 % de thermique et 2 % d’éolien/solaire, pour 14 860 GWh au total. Cette géographie technologique explique une intensité carbone relativement basse — 99,4 g CO₂eq/kWh dans les données publiées par le groupe, nettement en dessous d’un producteur européen majoritairement charbon ou gaz. Les émissions de GES brutes scopes 1, 2 et 3 sont quantifiées à environ 6,31 Mt CO₂eq pour 2025, avec une empreinte largement portée par le scope 3 — ce qui rappelle que le « bilan bas-carbone » d’un producteur s’accompagne toujours d’une chaîne de valeur lourde à traquer. Côté capacités, Alpiq indique 5 616 MW installés, dont 3 199 MW hydro et 1 343 MW thermique gaz.
3. Innovations / partenariats
Le levier le plus visible est le stockage : Alpiq revendique un pipeline de batteries d’environ 750 MW en Europe du Nord et en France, et vise jusqu’à 1 milliard de CHF d’investissement annuel dans des actifs « flexibles ». Le groupe a finalisé début 2026 l’acquisition du BESS de Cheviré (100 MW / 200 MWh) près de Nantes — présenté comme la plus grande installation opérationnelle de ce type en France à cette date — au cœur d’une stratégie d’équilibrage et de services système. Sur le développement hydro, le projet Gornerli (barrage à proximité de Zermatt, ordre de grandeur 300 MCHF, horizon autour de 2031) illustre la tension entre sécurité d’approvisionnement locale et acceptabilité — sujet largement couvert par la presse suisse alémanique.
4. Greenwashing / zones grises
La narration « transition et flexibilité » gagne à être confrontée aux chocs comptables. L’extension de la panne sur le réacteur de Gösgen a privé Alpiq d’environ 2,2 TWh et le Financial Review 2025 chiffre l’impact sur l’EBITDA ajusté à –149 MCHF — rappel brutal que la « basse intensité carbone » du mix ne supprime pas la vulnérabilité d’exploitation du nucléaire actionnarial. Parallèlement, le segment Trading boucle l’année avec un premier résultat négatif historique : –35 MCHF d’EBITDA ajusté, symptôme d’une exposition durable aux marchés gaz/puissance/quotas. Sur le fond fossile résiduel, 20 % de la production issue du thermique en 2025 représente environ 2 990 GWh — un socle qui n’était pas virtuel quand les prix du gaz et du CO₂ ont secoué l’Europe, et un contrepoids à toute lecture trop « verte » du groupe. Enfin, le contentieux contractuel réglé avec WWZ pour 50 MCHF en 2024 rappelle que la valorisation marchande de l’électricité se joue aussi au tribunal — pas seulement sur les prospectus RSE.
5. Positionnement stratégique
Après une remise en ligne de Gösgen autorisée par l’autorité de sûreté et décrite dans la presse spécialisée nucléaire au printemps 2026, l’équation Alpiq se reformule : rétablir le rendement des actifs bas carbone tout en accélérant le pivot BESS, là où la demande de services système explose avec l’EnR variable — une dynamique européenne dont la France, via ses programmations énergétiques et le rôle croissant du stockage (cadre PPE), offre un terrain d’ancrage opérationnel autant que réglementaire.
Verdict WattsElse
Alpiq incarne le paradoxe d’un producteur suisse relativement « propre » au kilowattheure mais prisonnier de ses grands actifs — nucléaire capital-intensif, hydro contesté, thermique encore structurant — et désormais aux prises avec la brutalité des marchés : la batterie n’est pas un gadget ESG, c’est le pare-chocs financier du réseau.
Sources : en.wikipedia.org · reports.alpiq.com · reports.alpiq.com · alpiq.com · reports.alpiq.com · reports.alpiq.com · reports.alpiq.com · finance.yahoo.com · alpiq.com · srf.ch · alpiq.com · alpiq.com · nucnet.org · ecologie.gouv.fr
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