Aster Capital
Aster vend une promesse rare dans la finance climat: financer ce que l’industrie peine encore à décarboner, pas seulement ce qui se raconte bien en pitch deck.
À propos de Aster Capital
1. Modèle économique
Aster est une société de gestion de portefeuille basée à Paris, historiquement née de l’écosystème Schneider puis structurée dès 2010 avec un premier fonds de 70 millions d’euros apportés par Schneider Electric et Alstom. Son métier est clair: prendre des participations minoritaires dans des start-up climat et industrie, du seed à la Series B, avec des tickets de 500 kEUR à 5 MEUR, jusqu’à 15 MEUR en growth.
Le fonds a annoncé en 2017 un closing de 240 MEUR portant ses encours totaux à 500 MEUR, tandis que ses reportings climat publics font état de 300 MEUR d’actifs en 2023 puis 288 MEUR en 2024. Au niveau de l’entité de gestion, les données financières publiques restent modestes: 2,282 MEUR de chiffre d’affaires en 2022 pour un effectif de 6 à 9 salariés. Cela dit beaucoup: Aster n’est pas un mastodonte de l’asset management, mais une petite machine spécialisée qui vit de frais de gestion, de carried interest et de sa capacité à sourcer des dossiers différenciants.
2. Impact réel
L’impact d’Aster n’est pas direct, au sens où le fonds ne produit ni électricité ni chaleur bas carbone: il finance des briques technologiques et des modèles d’affaires censés accélérer la transition. Sur son site, Aster cible explicitement l’énergie, la mobilité, l’industrie, la logistique, la chimie, la construction et l’agriculture avec un tropisme assumé pour les secteurs “hard-to-abate” via un véhicule dédié H2 and Hard to Abate Venture.
Le vrai sujet est donc l’effet d’entraînement. Aster met en avant plus de 500 mises en relation et une vingtaine de partenariats industriels générés en douze mois, ce qui est utile si cela débouche sur des pilotes, des ventes et des industrialisations. Le contexte leur est favorable: l’ADEME rappelle que 5 MdEUR de France 2030 sont mobilisés pour la décarbonation industrielle, et la PPE3 pousse à accélérer la sortie des fossiles, notamment sur la chaleur et l’industrie. Autrement dit, Aster est positionné sur un bon flux macro. Mais aucun indicateur agrégé public trouvé ne permet de quantifier, à l’échelle du portefeuille, les tonnes de CO2 évitées financées par euro investi.
3. Innovations / partenariats
Aster essaie de se distinguer par trois étages: le VC climat classique, le secondaire et l’accompagnement corporate. Côté opérations, le signal le plus structurant reste la reprise en 2023 de la majeure partie du portefeuille de TotalEnergies Ventures, soit environ vingt participations en Europe et aux États-Unis, logées dans un FPCI ad hoc avec North Sky Capital. C’est plus qu’un deal opportuniste: c’est une manière de devenir recycleur de portefeuilles climat quand de grands groupes réajustent leur CVC.
Côté sorties, Aster a communiqué sur Betterway, sorti lors d’un tour de 4 MEUR avec Edenred, et sur Swiftly, dont la plateforme sert plus de 190 agences de transport dans 12 pays et 2,4 milliards de trajets voyageurs par an. Depuis 2018, son bras de conseil Aster Fab revendique plus de 30 partenaires corporate: signe qu’Aster monétise aussi sa proximité avec les industriels, pas seulement ses prises de participation.
4. Greenwashing / zones grises
Le premier angle mort est méthodologique. Aster publie bien ses rapports Article 29 LEC, ce qui est un minimum réglementaire pour une société de gestion française, dans un cadre dont l’ADEME souligne qu’il doit justement éclairer part fossile, stratégie climat et financement de la transition. En revanche, aucune publication CSRD dédiée ni page RSE corporate détaillée n’a été identifiée sur le site officiel.
Deuxième tension: Aster se présente comme financeur de la neutralité carbone, mais a aussi bâti une activité de secondaire en reprenant des actifs issus de TotalEnergies Ventures. Ce n’est pas contradictoire en soi, mais cela brouille la frontière entre “pure player climat” et opérateur capable d’absorber des portefeuilles venant d’un major fossile en phase de recentrage. Enfin, aucun contrat public significatif attribué à Aster n’a été trouvé dans les bases consultées: sa traction semble donc surtout privée, corporate et LP-driven.
5. Positionnement stratégique
Aster joue une carte crédible: celle d’un fonds climat européen assez petit pour rester spécialisé, assez ancien pour parler industrie, et assez agile pour capter la vague deeptech-réindustrialisation. Son fonds deeptech industriel en levée montre qu’il veut remonter la chaîne, vers des projets plus capex, plus longs et plus souverains.
Le pari est exigeant. Dans un marché où tout le monde se dit climat, Aster devra prouver qu’il sait financer non seulement des logiciels verts, mais aussi des actifs techniques capables d’entrer dans les priorités de la PPE3 et de la décarbonation industrielle française.
Verdict WattsElse
Aster n’est pas un géant, et c’est peut-être sa force: une maison de niche qui peut encore choisir ses batailles. Reste à voir si ce capital dit patient tiendra vraiment quand l’industrie bas carbone réclame moins de storytelling et davantage de capex risqué.
Sources : alstom.com · aster.com · climate-transparency-hub.ademe.fr · climate-transparency-hub.ademe.fr · xerfi.com · aster.com · aster.com · agirpourlatransition.ademe.fr · ademe.fr · aster.com · aster.com · aster.com · aster.com · climate-transparency-hub.ademe.fr · aster.com
Données clés
- Forme
- public limited company with a bo
- Fondée
- 1971
- Effectifs
- 11 398 (2017)
- CA
- 4.8 Md€ (2019)
- Siège
- Paris, France ↗
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