CEET
Le paradoxe saute aux yeux : la demande grimpe, l’accès au réseau progresse, et pourtant la CEET reste coincée entre dettes régionales, pertes techniques et un mix encore très dépendant du thermique importé et local.
À propos de CEET
1. Modèle économique
La CEET est l’opérateur historique de distribution d’électricité au Togo : ses revenus viennent essentiellement de la vente d’énergie aux clients raccordés (basse et moyenne tension), complétée par des mécanismes de compensation budgétaire et des prêts rétrocédés par l’État lorsque le tarif ne couvre pas le coût réel. Selon un profil d’investissement, son chiffre d’affaires tournerait autour de 108 milliards de FCFA, avec une croissance annuelle moyenne élevée sur la période indiquée par la même source — chiffre à manier prudemment faute de publication consolidée récitée sur le site corporate au moment de la rédaction. Côté bilan public, l’encours des prêts rétrocédés par l’État à la CEET aurait atteint 107,2 milliards FCFA fin juin 2023, soit plus du double par rapport à 2020, signe d’une dépendance structurelle au levier souverain. L’approvisionnement s’appuie sur une production domestique (thermique et solaire) et sur des importations depuis le Ghana et le Nigeria, ce qui expose la trésorerie aux tensions de paiement à la frontière.
2. Impact réel
Pour un distributeur, l’« impact climat » se lit d’abord dans le mix qu’il injecte dans les prises : selon le rapport d’activités 2024 du régulateur ARSE, plus de la moitié des besoins ont été couverte par la production nationale, avec environ 25,4 % issus de la centrale thermique de Lomé (opérée par ContourGlobal Togo S.A.), 21,1 % par Kékéli Efficient Power et 5,65 % par le solaire de Blitta — le reste venant d’importations. En clair, le réseau reste calibré sur une base fossile importante, même si le solaire de Blitta (dont l’extension à 70 MW a été annoncée côté pouvoirs publics en 2024) apporte une brique bas-carbone visible. Aucun bilan gaz à effet de serre consolidé de la CEET n’a été identifié dans les bases françaises type ADEME / fiches « Connaissance des Énergies » pour cette entité : la lecture environnementale reste donc indirecte, via le mix national et les rapports de régulation, sans équivalent PPE3 européen à transposer au Togo.
3. Innovations / partenariats
Le paysage partenarial le plus documenté est celui de la réhabilitation réseau : le PRISET, porté avec l’appui de la Banque mondiale, vise modernisation des lignes et postes autour de Lomé (chiffrages d’envergure relayés par la presse officielle). En parallèle, l’offre hors-réseau se densifie : le projet Cizo a franchi le cap des 100 000 kits solaires installés début 2024 selon Togo First, en complément du rôle de la CEET sur l’interconnected grid. Côté cadre macro-investissement, la mission « National Energy Compact » de la Banque mondiale évoque un besoin d’environ 3 milliards USD pour viser l’accès universel à l’électricité d’ici 2030, dont une part privée substantielle — un signal sur l’échelle de financement nécessaire, pas seulement une ligne dans un business plan.
4. Greenwashing / zones grises
Le risque n’est pas le slogan marketing isolé mais le décalage entre la vitrine solaire et la physique du mix : avec encore plus de 46 % des besoins couverts par le thermique domestic en 2024 selon ARSE, la « transition » reste majoritairement fossile côté kilowattheures, même quand les inauguration photovoltaïques font la une. Une autre zone grise, chiffrée et documentée : en août 2025, Aux Nouvelles évoque des pertes annuelles de l’ordre de 30 milliards FCFA, avec un taux de pertes techniques et commerciales d’environ 16 %, entre fraude et défaillance opérationnelle — un indicateur qui mine la crédibilité de toute narration « efficacité énergétique » tant qu’il n’est pas maîtrisé. S’ajoutent le déficit tarifaire (écart important entre coût de revient et tarif, tel que décrit par la presse togolaise début 2025) et les tensions d’impayés vers les fournisseurs nigérians évoquées par Togo First au suivi du régulateur nigérian — autant de garde-fous manquants qui nourrissent délestages et colère sociale.
5. Positionnement stratégique
Négociation permanente entre hausse tarifaire (+12,5 % en moyenne dès le 15 mai 2025, selon Echo Web Afrique) et filet social (la même source évoquait le maintien d’une subvention de 30 % pour 1,5 million de ménages modestes), la CEET incarne le compromis politique du secteur. L’État programme par ailleurs 70 milliards FCFA pour la politique énergétique en 2026 presque à hauteur du budget ministériel, ce qui montre la centralité de l’électricité dans la dépense publique togolaise. La suite se jouera moins sur un slogan climat qu’à la baisse des pertes et au rétablissement des flux de paiement régionaux** : sans cela, les watts « propres » restent marginaux dans le bilan réel.
Verdict WattsElse
La CEET n’est ni une start-up de la transition ni une black box : c’est un monopole de distribution pris en étau entre la courbe de consommation qui monte et un modèle tarifaire qui ne tenait plus sans l’État — les milliards injectés ne remplacent pas une maîtrise des pertes et des dettes voisines.
Sources : ceet.tg · arse.tg · winne.com · news.alome.com · arse.tg · republiquetogolaise.com · ceet.tg · republiquetogolaise.com · togofirst.com · thedocs.worldbank.org · auxnouvelles.tg · libertetogo.tg · togofirst.com · echowebafrique.com · togofirst.com
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