Cemento Andino
Cemento Andino n’est pas une start-up climat : c’est une marque phare du ciment péruvien portée par UNACEM Perú, au cœur d’un groupe verticalement intégré qui compte aussi une filiale hydroélectrique (Celepsa) et un maillage de distribution (Red Progrese).
À propos de Cemento Andino
1. Modèle économique
Sur le marché national, UNACEM — dont Cemento Andino est l’une des marques majeures avec Sol et Apu — affichait environ 44,6 % de part de marché du ciment au quatrième trimestre 2025, selon les documents vers la Superintendencia del Mercado de Valores (SMV). Le groupe Grupo UNACEM (périmètre consolidé multinational) a publié un chiffre d’affaires consolidé de l’ordre de 7 036 millions PEN pour 2025, en hausse d’environ 2,6 % sur un an dans ce filing, après un exercice 2024 marqué par un EBITDA record d’environ 1 660 millions PEN (+11,1 %).
Le vert se traduit aussi en chiffre d’affaires d’électricité : la filiale Celepsa a écoulé environ 4 039 GWh en 2024, avec un EBITDA annoncé comme record en monnaie locale. Côté « réseaux et distribution », le réseau Red Progrese revendique plus de 500 points de vente — un maillon logistique sensible pour ramener la tonne de ciment jusqu’au chantier. Les effectifs précis de la filiale Cemento Andino seuls n’ont pas été retrouvés dans les extraits consultés ; le modèle reste celui de la production cimentière + services + énergie au sein du groupe.
2. Impact réel
La communication du groupe fixe une intensité carbone d’environ 600 kg CO₂eq/t de ciment en 2024 et une cible de 500 kg d’ici 2030, évoquée notamment dans la synthèse CemNet sur les résultats UNACEM 2024. À mettre en perspective : la documentation Base Carbone (ADEME) donne, pour un ciment type CEM I, un ordre de grandeur supérieur en France — les périmètres, activités (clinker/ciment fini) et méthodes diffèrent, donc toute comparaison directe reste méthodologiquement prudente.
Sur le mix énergétique des fours, l’intégration de l’usine californienne de Tehachapi (payée environ 317 millions de dollars, finalisée et intégrée en 2024 selon Reuters) est associée à une part d’environ 30 % de biomasse dans les fours — signal concret côté substitution de combustibles. Par ailleurs, Celepsa a annoncé un contrat de fourniture d’environ 160 MW d’électricité renouvelable à la mine Antapaccay : l’impact « net » pour le climat dépend de ce que ce contrat remplace réellement sur le réseau, mais le deal confirme la stratégie commerciale bas-carbone de la filiale énergie.
3. Innovations / partenariats
Au-delà du cœur de métier ciment, le groupe pousse des contrats d’électricité à grande échelle (Antapaccay) et capitalise sur l’hydroélectricité péruvienne via Celepsa. L’acquisition US de Tehachapi ajoute un levier technologique et réglementaire (biomasse, marché californien exigeant). Le rapport de durabilité UNACEM 2024 (PDF hébergé) formalise la stratégie climat élargie (dont la prise en compte plus ambitieuse du périmètre d’émissions indirectes dans la comptabilité carbone groupe).
4. Greenwashing / zones grises
Les investissements environnementaux massifs peuvent faire office de tableau de conformité plus que de rupture techno-climat. Le filing SMV cite environ 446,1 millions PEN de capex environnemental en 2025, dominé par des systèmes de réduction des émissions de SO₂ (document marché péruvien) : utile pour la qualité de l’air local, peu « vendeur » comme story climat mondial — ce qui peut nourrir un écart narration / priorité réglementaire si la communication groupe insiste surtout sur le carbone.
La marge EBITDA consolidée est passée d’environ 24,2 % au 4T2024 à 22,9 % au 4T2025 selon le même rapport trimestriel SMV : signal chiffré d’une pression sur les coûts alors que les discours de transition coûtent cher. Parallèlement, la couverture Yahoo Finance relève un ratio dette nette / EBITDA d’environ 3,04× fin 2025, au-dessus du plafond interne de 3,0× : le risque de « green capex » coincé avec une structure financière tendue n’est pas théorique.
Enfin, les événements sociaux en Équateur (le groupe mentionne un arrêt opérationnel d’environ 31 jours au 4T2025 dans les communications réglementaires résumées par la presse spécialisée et les filings) rappellent que la résilience climat d’un cimentier traverse aussi la stabilité politique et syndicale — zone grise rarement intégrée aux fiches RSE « net zero friendly ».
5. Positionnement stratégique
Cemento Andino incarne une strate de défense nationale dans un secteur où la capitalisation industrielle US (Tehachapi) prolonge géographiquement le récit de puissance péruvienne. La dualité ciment–électricité positionne UNACEM plus comme opérateur énergétique régional qu’ comme simple vendeur de sacs. Les objectifs kilogrammes CO₂/t, s’ils tiennent en audit tiers, peuvent préparer le groupe aux financements liés au climat et aux exigences clients BTP international ; la question est de savoir si la liquidité et les marges suivent le rythme des promesses.
Verdict WattsElse
Cemento Andino, cheville ouvrière de la domination péruvienne d’UNACEM, profite d’une stack industrielle + hydro + distribution rare ; mais la transition bas-carbone y ressemble autant à un chantier de conformité et de guerre des marges qu’à une conversion spectaculaire — et le marché l’a déjà noté dans les comptes 2025.
Sources : smv.gob.pe · grupounacem.com · celepsa.com · redprogrese.com.pe · cemnet.com · prod-basecarbonesolo.ademe-dri.fr · reuters.com · celepsa.com · thinkbymore.com · smv.gob.pe · finance.yahoo.com
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