Cemex S.A.B. de C.V.
Le groupe mexicain ne vend pas seulement du ciment: il vend l’ossature minérale des routes, des tunnels, des métros et des chantiers de réindustrialisation.
À propos de Cemex S.A.B. de C.V.
1. Modèle économique
Cemex S.A.B. de C.V. est un géant mondial des matériaux de construction, actif dans le ciment, le béton prêt à l’emploi, les granulats et les solutions d’urbanisation, avec une implantation forte en Amérique, en Europe et dans plusieurs marchés émergents (rapport 20-F 2024, page investisseurs). En 2024, le groupe a réalisé 16,2 milliards de dollars de chiffre d’affaires pour 44 494 salariés, avec un bénéfice net de 939 millions de dollars, son plus haut niveau récent selon le groupe (résultats 2024, rapport intégré 2024). Le modèle reste très sensible aux volumes de construction, aux prix de l’énergie et aux grands cycles d’infrastructures. Côté investissements, Cemex a engagé environ 1,38 milliard de dollars de capex en 2024, dont 1,016 milliard de maintenance et 492 millions de capex stratégiques (20-F 2024, résultats 2024). Le groupe se repositionne aussi par arbitrages d’actifs, avec plusieurs cessions annoncées en 2024 dans les Caraïbes, au Guatemala ou aux Philippines pour concentrer le capital là où la croissance et les marges paraissent plus défendables (résultats T3 2024).
2. Impact réel
Cemex progresse, mais dans un secteur qui reste l’un des plus difficiles à décarboner. Le groupe dit avoir réduit depuis 2020 ses émissions spécifiques de Scope 1 de 15% et de Scope 2 de 18%; en 2024 seulement, la baisse du Scope 1 par tonne de ciment a été de 2,4% (rapport intégré 2024, décarbonation des opérations). Ses leviers sont connus: plus de combustibles alternatifs, moins de clinker, davantage d’électricité propre. En 2024, le taux de substitution aux combustibles alternatifs a atteint 37%, le facteur clinker 71,8%, et 34% de l’électricité des opérations ciment provenait de sources propres selon les documents climat du groupe (rapport TCFD 2024). C’est sérieux, mais pas encore transformant. Le cadrage sectoriel rappelle la difficulté: l’ADEME juge que l’industrie cimentière ne peut atteindre seule les objectifs climatiques sans investissements massifs, innovation et infrastructures lourdes. Autrement dit: réduire le clinker aide, mais ne règle pas le cœur du problème, car une large part des émissions vient du procédé lui-même.
3. Innovations / partenariats
Cemex pousse sa ligne commerciale bas carbone avec `Vertua`, qui a représenté 63% de ses ventes de ciment et 55% de ses ventes de béton en 2024, soit son objectif 2025 atteint un an en avance (rapport intégré 2024). Sur la rupture technologique, le signal le plus fort est venu d’Europe: un consortium avec Linde a obtenu 157 millions d’euros du fonds Innovation de l’UE pour capter 1,3 million de tonnes de CO2 par an sur le site de Rüdersdorf, en Allemagne, avec ambition de décarbonation du site d’ici 2030. Cemex a aussi lancé en 2024 un partenariat avec la Mission Possible Partnership pour étudier les leviers de décarbonation de son usine de Balcones au Texas, et investi dans KC8, une technologie de capture censée réduire les coûts d’exploitation du CCUS.
4. Greenwashing / zones grises
Le risque de greenwashing n’est pas imaginaire, il est inscrit dans les propres textes de Cemex. Dans plusieurs publications, le groupe rappelle qu’il n’existe pas de définition mondiale stable de ce qui est réellement “green” ou “sustainable” (rapport intégré 2024). Dit autrement: la communication verte avance plus vite que la normalisation. Deuxième zone grise: la dépendance persistante aux combustibles fossiles. Même avec 37% de substitution, le four cimentier reste majoritairement alimenté par des énergies conventionnelles, et le gaz représente encore une part non négligeable du mix combustible du groupe (rapport TCFD 2024). Troisième tension: le CCUS, présenté comme l’arme finale, dépend de subventions publiques, d’accords de stockage et d’infrastructures logistiques. Le projet européen de Rüdersdorf est lui-même conditionné à la finalisation de la convention de subvention (communiqué UE). Enfin, le contexte réglementaire reste mouvant: la PPE3 vue par Connaissance des Énergies souligne combien l’électrification industrielle lourde, ciment compris, reste coûteuse, lente et politiquement fragile.
5. Positionnement stratégique
Cemex n’est pas un retardataire défensif: le groupe cherche clairement à devenir l’un des cimentiers les plus crédibles sur la décarbonation rentable. Son avantage, aujourd’hui, tient à la combinaison entre gamme bas carbone commercialisée, discipline financière retrouvée et paris technologiques lourds sur le captage. Mais le vrai test n’est pas dans les slogans: il est dans la capacité à industrialiser le CCUS, à baisser encore le facteur clinker, et à tenir la compétitivité face à un durcissement réglementaire mondial. Dans le ciment, l’avenir n’appartient pas au plus vert en brochure, mais au plus robuste quand le carbone devient un coût dur.
Verdict WattsElse
Cemex a compris avant beaucoup d’autres que le ciment bas carbone devait devenir un business, pas un supplément d’âme. Reste une faille décisive: tant que le four reste fossile et que le captage dépend des aides publiques, la transition demeure sous perfusion.
Sources : cemex.com · cemex.com · cemex.com · cemex.com · cemex.com · cemex.com · cemex.com · cemex.com · librairie.ademe.fr · cemex.com · cemex.com · cemex.com · connaissancedesenergies.org
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