CHUBU ELECTRIC POWER CO INC
Le géant de la région du Chūbu accélère solaire, éolien flottant et présence globale—avec Eneco et un projet géant en Ouzbékistan—mais voit en janvier 2026 sa stratégie nucléaire contrée par une suspension réglementaire sans précédent sur la centrale de Hamaoka.
À propos de CHUBU ELECTRIC POWER CO INC
1. Modèle économique
L’entité est bien Chubu Electric Power Co., Inc. (Chubu Electric Power Group), intégrée verticalement japonaise : réseau, vente, thermique, hydroélectricité, nucléaire, puis internationalisation et services connexes. Les résultats FY2024 publiés par la société font état d’un chiffre d’affaires consolidé de l’ordre de 3 669,2 milliards de yens pour l’exercice clos au 31 mars 2025 ; le rapport intégré 2025 mentionne par ailleurs une électricité vendue d’environ 117,3 TWh sur la même période. La croissance du volet international passe notamment par Eneco (filiale européenne net-zero affichée pour 2035) avec une contribution au résultat consolidé évaluée à environ 4,9 milliards de yens en FY2024 selon les documents du groupe. Une dépendance structurelle demeure : moitié de JERA, joint-venture avec TEPCO, pivot gaz-charbon-ammoniac du pays ; cette articulation conditionne autant les marges que le bilan carbone consolidé.
2. Impact réel
Sur les renouvelables strictement déclarées par le groupe, le palier atteint environ 1,13 GW installés au 31 mars 2025, soit environ 35 % d’un objectif plafonné à 3,2 GW pour 2030, selon le cadre chiffré repris dans le plan de gestion actualisé 2025 et le rapport intégré 2025. Le bilan climat « réel » du groupe ne se résume pas à ces GW : il inclut une production résiduelle thermique et l’empreinte des chaînes d’approvisionnement fossiles, amplifiée par JERA. Côté signal positif daté, la mise en service commerciale du parc éolien flottant de Goto le 5 janvier 2026, présenté comme le premier projet japonais de cette catégorie à cette maille, marque une percée technique pour l’éolien offshore profond. Les lecteurs français cherchant un repère sectoriel pourront consulter la synthèse AFP relayée par Connaissance des énergies sur la séquence Hamaoka : elle rappelle que la transition japonaise reste un équilibre fragile entre sécurité nucléaire, approvisionnement et ENR.
3. Innovations / partenariats
Le groupe annonce environ 90 milliards de yens déjà engagés sur une enveloppe stratégique de 150 milliards pour FY2022–FY2025, avec accent géothermie et éolien offshore, selon le rapport intégré 2025. À l’international, un communiqué d’octobre 2025 détaille une participation minoritaire (14,4 %) dans un complexe solaire 1 000 MW + stockage 1 336 MWh à Samarkand avec ACWA Power, mise en service ciblée 2027. Sur les chaînes carbone, une étude CCUS autour du port de Nagoya avec BP et des mentions de coopération logistique CO₂ vers l’Indonésie figurent dans les annexes du rapport intégré (dont Tangguh d’ici 2030). En février 2026, un accord de recherche avec NGK Insulators sur la combustion d’ammoniac dans des fours industriels illustre la recherche d’approvisionnements « molécules » sans encore équivaloir à une neutralité complète du mix.
4. Greenwashing / zones grises
La séquence Hamaoka constitue le contre-exemple le plus net à tout langage de conformité irréprochable : en janvier 2026, le régulateur suspend l’examen de sécurité et demande des comptes après manipulation avérée des dossiers sismiques des réacteurs 3 et 4, alors que la presse japonaise documente des méthodes de falsification des données de secousse. Ce n’est pas du « flou » médiatique : c’est une rupture de confiance institutionnelle datée, relayée y compris par la synthèse AFP / Connaissance des énergies du 6 janvier 2026. Parallèlement, la critique Shareholder Action (juin 2024) met en avant une coentreprise JERA à parts égales, vecteur d’exposition charbon-GNL et de risques d’actifs échoués, qui mine les discours « net-zero » lorsque les scopes indirects explosent. Enfin, un retrait annoncé de cinq filières biomasse domestiques—dont Yonago—au début 2026 renvoie aux limites économiques et à la sensibilité prix des combustibles « renouvelables » qui ne sont pas neutres par défaut.
5. Positionnement stratégique
La feuille de route affiche à la fois une montée en puissance internationale—objectifs de profit global dépassant 10 milliards de yens en 2028 puis 20 milliards en 2030 selon le rapport intégré 2025—et une course aux GW renouvelables domestiques encore loin du plafond 2030 malgré les annonces. Le succès du Goto flottant doit être lu comme levier technologique et géopolitique régional, pas comme substitution automatique du fossile court terme. Dans un horizon européen utile aux lecteurs de WattsElse, Eneco demeure la rampe d’accès indirect aux marchés UE ; elle ne suffit pas à « européaniser » les engagements sans harmoniser les critères de reporting avec les exigences CSRD/AFRR qui scrutent les participations et les scopes.
Verdict WattsElse
Chubu Electric incarne le paradoxe des majors japonaises du début des années 2020 : vitrine EnR et abroad ambitieux, socle encore fossile-nucléaire sous tension réglementaire. Quand la donnée sismique devient litige d’État, les GW annoncés ne protègent plus la légitimité du groupe—ils exposent l’écart entre storytelling climatique et gouvernance industrielle.
Sources : chuden.co.jp · chuden.co.jp · shareholderaction.asia · chuden.co.jp · chuden.co.jp · connaissancedesenergies.org · chuden.co.jp · chuden.co.jp · chuden.co.jp · reuters.com · asahi.com · chuden.co.jp · chuden.co.jp
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