Carnegie EMC
Carnegie Clean Energy et sa filiale EMC vendent du renouvelable « bout en bout », mais la rentabilité reste une ligne presque invisible dans les comptes.
À propos de Carnegie EMC
1. Modèle économique
Le groupe est structuré autour de deux piliers publics : la technologie houlomotrice CETO (100 % du capital côté marchés selon la présentation corporate) et, via Energy Made Clean, des micro-réseaux et hybrides solaire-stockage des sites isolés (à propos). Sur le semestre clos le 31 décembre 2025, les revenus s’affichent à 270 483 $ australiens, en hausse d’environ 45 % sur la période de comparaison, avec une perte nette de 1 705 035 $ — la trésorerie opérationnelle reste donc largement négative (rapport semestriel ASX). La société indique que cette manne revenue provient surtout du micro-réseau de Garden Island (base navale), ce qui fige le cœur du chiffre d’affaires sur un actif historique et contractuel, pas sur une commercialisation de masse de la houle. En parallèle, le bilan actionnarial se dégrade : le résultat net tangible par action tombe à 0,63 centime contre 1,22 centime un an plus tôt sur la même base (même source). Un rapport annuel 2024 accessible en agrégation sur place boursière confirme la dynamique de perte nette (de l’ordre de 1,3 M$ sur l’exercice annuel retenu par le dépositaire) et l’accent mis sur le déploiement européen de CETO (rapport annuel 2024). Effectif exact : les dépôts consultés ne donnent pas un salarié chiffré exploitable ici de façon certaine ; on reste sur le profil d’une PME cotée à résilience fragile, pas d’un intégré rentable.
2. Impact réel
L’impact climat « net » (tonnes de CO₂ évitées, facteur de charge certifié sur la houle commerciale) n’est pas documenté dans les extraits de comptes et communiqués cités : la contribution environnementale déclarée repose surtout sur la démonstration technologique et des micro-réseaux à faible échelle. Pour le lecteur français, l’enjeu sectoriel des énergies marines renouvelables est pour sa part bien posé par l’ADEME dans ses bilans de filière (houle, hydrolien, éolien flottant, etc.), qui fixe le cadre d’une électricité bas-carbone encore en phase de structuration industrielle par rapport à l’éolien ou au solaire mûrs (bilan thématique EnR marines). Carnegie se situe ainsi à l’extrémité « R&D-heavy » de cette courbe : le gain climat potentiel existe, mais la preuve quantitative à l’échelle du marché manque encore dans les données publiques.
3. Innovations / partenariats
La technology story pivote sur CETO, avec un calendrier ACHIEVE soutenu financièrement par EuropeWave (3,75 M€ annoncés pour la phase 3), des fonds régionaux espagnols RENMARINAS (1,2 M€) et une enveloppe publique complémentaire côté Pays basque (2,1 M€) selon la présentation du programme (programme ACHIEVE). Côté infrastructure, un contrat avec BiMEP (Espagne) encadre l’usage du site de test offshore sur deux ans (contrat BiMEP), et une communication boursière de janvier 2026 vise un premier déploiement marin du prototype pour l’été 2026, avec validations d’atelier (FAT) sur fondations et armoires déjà bouclées (point d’étape ASX). Sur le marché, un protocole d’accord de 2025 vise un futur parc 6 MW (six unités d’1 MW) au Pays basque (accord 6 MW). En décembre 2025, la cession de crédits d’impôt R&D espagnols rapporte environ 1,37 M$ en liquidités (annonce ASX), ce qui alimente la R&D sans vendre un kWh supplémentaire au compteur.
4. Greenwashing / zones grises
La tension n’est pas tant le greenwashing marketing que l’écart durable entre promesse technologique et soutien public récurrent : sur six mois jusqu’au 31/12/2025, la société creuse sa perte à ~1,7 M$ malgré la hausse des revenus (rapport semestriel ASX), ce qui pose la question de la viabilité sans filet de subventions et de titrisations fiscales. Le passif australien alourdit la lecture : en 2019, le gouvernement d’Australie-Occidentale met fin à une aide budgétaire de 16 M$ pour le projet houlogène d’Albany, jugeant la donne non tenable au regard des délais et de la situation financière — une décision portée par la presse nationale et l’exécutif régional (ABC News, communiqué WA). Plus récemment, la presse spécialisée australienne décrit une opération de recapitalisation « de la dernière chance » pour éviter la liquidation et sauver la branche houle (RenewEconomy). Condamnation / litige : rien de tel n’a été intégré faute de source primaire identifiée dans cette veille.
5. Positionnement stratégique
La feuille de route affichée est clairement atlantique et institutionnelle : verrouiller BiMEP, tenir l’été 2026, puis monter en puissance vers un 6 MW basque (accord 6 MW, point d’étape ASX). Sur le marché européen des EnR marines, la concurrence reste celle des démonstrateurs financés par des programmes publics — le cadre français de la PPE3 n’apparaît pas, dans les sources consultées, comme un levier direct pour Carnegie, mais il conditionne l’appétit politique pour des filières encore chères (bilan thématique EnR marines). Gouvernance : les documents 2024 citent une direction assurée notamment par Jonathan Fiévez (CEO) et Terry Stinson (chair) (rapport annuel 2024) ; l’enjeu 2026 sera de convertir ce socle en crédibilité commerciale avant que la patience des financeurs ne s’érode à nouveau.
Verdict WattsElse
Carnegie — EMC comprise — incarne le paradoxe de la houle : une raison d’être climatique évidente, une preuve industrielle encore prise en otage par la cyclicité du cash. Tant que BiMEP ne livre pas un spectre mesurable hors subvention, l’entreprise reste un laboratoire financé par l’argent public, pas encore un équipementier.
Sources : carnegiece.com · company-announcements.afr.com · annualreports.com · librairie.ademe.fr · carnegiece.com · carnegiece.com · company-announcements.afr.com · carnegiece.com · company-announcements.afr.com · abc.net.au · wa.gov.au · reneweconomy.com.au
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