CLIMATE FARMERS
Start-up berlinoise fondée en 2020 par Ivo Degn et Philippe Birker, Climate Farmers incarne une lecture terrain du climat agricole : outils, formation et projets européens pour l’agriculture régénératrice — avec un rupture assumée face aux crédits carbone de sol.
À propos de CLIMATE FARMERS
1. Modèle économique
L’organisation revendique une « infrastructure » pour scaler la régénératrice en Europe : academy, accompagnement des exploitations, mesure d’impacts (MRV) et montage de projets financés par Horizon Europe (Our Story). Le chiffre d’affaires consolidé et les comptes sociaux récents ne sont pas retrouvés dans les sources ouvertes consultées pour cette entité allemande ; en revanche, une base de données de startups indiquait 23 salariés au 1ᵉʳ juillet 2024 (fiche entreprise Tracxn). Le financement equity classique a été partiellement contourné par un prêt subordonné de 2,5 M$ à 3,5 % sur dix ans, raconté comme un choix de gouvernance face aux investisseurs VC (podcast Investing in Regenerative Agriculture, octobre 2023). La décision documentée en 2024–2025 d’arrêter la vente de crédits carbone de sol recentre le modèle vers conseil, mesure et subventions projet plutôt que monétisation directe du stockage (ARC2020, Forbes). Aucune mention spécifique dans les rapports publics ADEME / PPE3 ou les médias français listés n’a été identifiée pour cette société au moment de la recherche.
2. Impact réel
L’impact n’est pas exprimé en GWh ou % d’EnR : il passe par la santé des sols, la résilience hydrique, la biodiversité fonctionnelle et, indirectement, le carbone organique — des leviers explicitement mis au centre de la mission européenne « A Soil Deal for Europe » (mission Sols – Commission européenne). Climate Farmers relie son travail à ce chantier politique via des projets comme LILAS4SOILS, conçu comme une alliance de 24 partenaires et des centaines de fermes concernées dans une logique de démonstration territoriale (page projet LILAS4SOILS, fiche CORDIS). Des tonnes de CO₂ « vendues » ou « évitées » consolidées et auditées au niveau entreprise ne sont pas publiées dans les extraits consultés ; l’effet climat réel dépend donc de la qualité des mesures, de la durabilité des pratiques après financement, et du cadre comptable (UTCATF / entreprises / chaîne d’approvisionnement) plus que d’un headline carbone unique.
3. Innovations / partenariats
Le projet BENCHMARKS, présenté comme un volet Horizon Europe de 12 M€ pour des indicateurs et benchmarks de santé des sols, illustre la montée en ampleur R&D (Our Story). LILAS4SOILS incarne la dimension « living labs » méditerranéenne et sud-européenne, avec budget et partenaires référencés au niveau européen (fiche CORDIS). Côté marché, Climate Farmers a développé un cadre de mesure des résultats régénératifs avec la plateforme CrowdFarming (multi-capital : sol, eau, biodiversité, conditions de vie à la ferme…) (mesure des résultats — Climate Farmers). Les jalons récents décrits par l’entreprise incluent aussi des structures satellites (dont une orientation « crédits agroforestiers » sur la péninsule ibérique) dans la continuité de leur récit institutionnel (Our Story).
4. Greenwashing / zones grises
Le règlement européen sur les émissions retirées et le carbon farming (CRCF) introduit des unités certifiées à caractère temporaire pour le stockage dans les sols ; une analyse publiée le 7 novembre 2025 par Carbon Market Watch décrit les risques d’intégrité lorsque ces unités temporaires sont mobilisées dans des politiques agro‑alimentaires et climatiques, avec des questions ouvertes sur non-permanence, additionnalité et usage compensatoire (note sur le carbon farming temporaire et la politique climatique UE). Ce décor réglementaire était précisément celui dans lequel Climate Farmers a historiquement navigué avant son retrait annoncé du marché des crédits de sol (ARC2020). Double tension : d’un côté, le pivot réduit l’exposition directe aux critiques sur la « commodification » fragile du carbone de sol ; de l’autre, la dépendance aux projets européens — dont des enveloppes annoncées à 12 M€ pour BENCHMARKS (Our Story) — conditionne la pérennité si les dotations Horizon Europe se raréfient ou si les indicateurs imposés divergent des systèmes fermiers complexes défendus par les fondateurs (Forbes).
5. Positionnement stratégique
Climate Farmers vise à devenir une couche d’infrastructure entre fermes européennes, science des sols et acheteurs de Scope 3, au moment où les industriels cherchent des preuves traçables hors slogans « net zero ». Le signal le plus net demeure le refus public du schéma offset sol pour petites exploitations polyculture‑élevage, au profit d’outils de mesure et de projets institutionnels — une ligne narrée à la fois dans la presse spécialisée et par les réseaux ruralistes européens (Forbes, ARC2020). Dans un paysage allemand où des acteurs comme Klim capitalisent les programmes « régénération » avec de grands transformateurs, Climate Farmers joue la carte science‑first et critique du marché volontaire — à prix d’une trajectoire moins prévisible commercialement.
Verdict WattsElse
Climate Farmers transforme une lucidité réglementaire — le sol ne se prête pas au même contrat qu’une éolienne — en produit : méthodes, données et projets UE. La suite se jouera sur la capacité à monétiser la mesure sans retomber dans la promesse carbone qu’ils ont eux‑mêmes enterrée.
Sources : climatefarmers.org · tracxn.com · investinginregenerativeagriculture.com · arc2020.eu · forbes.com · research-and-innovation.ec.europa.eu · climatefarmers.org · cordis.europa.eu · climatefarmers.org · carbonmarketwatch.org
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