Comp Therm Belle Vue (Ctvb)
À Maurice, la bagasse et la paille de canne portent une centrale qui compte dans le pays — mais qui a déjà basculé dans la crise lorsque le charbon importé est devenu structurellement incompatible avec les prix du contrat.
À propos de Comp Therm Belle Vue (Ctvb)
1. Modèle économique
Sur le papier industriel, il s’agit d’un producteur indépendant (IPP) dont la rémunération dépend d’un contrat d’achat d’électricité avec le Central Electricity Board : la production est vendue au réseau, avec une logique de cogénération liée au voisinage industriel cannier du groupe Terra (page Power du groupe Terra). L’exploitant décrit une installation de 70 MW et un effectif d’environ 49 personnes sur le site Terragen (fiche exploitant Albioma). Les agrégats financiers spécifiques à CTBV/Terragen (chiffre d’affaires ou résultat isolés de cette filiale) ne sont pas aisément isolables dans les extraits publics les plus cités ; en revanche le groupe coté Terra Mauricia publie des agrégats consolidés : 9 859,2 millions MUR de chiffre d’affaires et 1 237,8 millions MUR de bénéfice net en 2024 selon la synthèse de publication des résultats annuels (communiqué résultats annuels 2024), et une détérioration nette du profit sur neuf mois en 2025 (215,2 millions MUR versus 474,2 millions MUR sur la même période 2024) selon la synthèse trimestrielle (résultats neuf mois 2025). Le modèle reste donc capital-intensif, exposé aux combustibles importés hors campagne sucrière et adhérent aux clauses d’un PPA dont les turbulences récentes ont montré qu’elles peuvent basculer du marché spot au litige contractuel.
2. Impact réel
Le référentiel national mesure un mix encore dominé par les combustibles fossiles côté bilan énergétique, avec une part des énergies renouvelables à 18,2 % en 2024 dans les agrégats publiés par l’office national de statistiques (Energy Statistics Yearbook 2024), et une production totale des IPP à 1 761,7 GWh la même année (même source). Terragen est régulièrement présenté comme un gros contributeur au bilan électrique national — la presse mauricienne a relayé un ordre de grandeur de 15 % à 17 % de la consommation nationale avant la crise de fourniture (accord Terragen–CEB). Fonctionnellement, la centrale alterne bagasse/paille de canne et charbon selon la saison — une géographie du combustible qui structure l’empreinte carbone réelle plus qu’un étiquetage « renouvelable » homogène (fiche centrale GEM). Du côté des engagements étatiques, la trajectoire climatique mauricienne affiche une sortie complète du charbon à l’horizon 2030 dans le bilan transparent récent déposé dans le cadre climat (rapport BTR Maurice), ce qui place les actifs « bagasse + charbon » sous une contrainte de transformation profonde, sans équivalent direct avec les instruments européens type PPE ou fiches ADEME : la comparaison utile est celle du calepin national (mix, IPP, cadre biomasse), pas d’un pays tiers.
3. Innovations / partenariats
Le dossier public met en avant une montée en biomasse résiduelle : collecte et balles de paille de canne (500 kg/balle) pour réduire mécaniquement la place du charbon depuis 2015, selon la présentation exploitant (Albioma Terragen). Côté gouvernance industrielle, Terragen s’inscrit dans l’écosystème Terra Mauricia et un montage de gestion avec Albioma sur le site (Albioma Terragen). Sur la traçabilité « durabilité », le groupe Terra publie un rapport RSE qui met l’accent sur la trajectoire biomasse et la réduction d’intensité carbone au niveau groupe (rapport Sustainability 2023). Les « innovations » sont donc procédés et intrants (biomasse agricole structurée), plus que ruptures technologiques de décarbonation fondamentale type captage ou renouvelables « purs ».
4. Greenwashing / zones grises
La zone grise n’est pas rhétorique : elle est contractuelle et chiffrée. Après l’arrêt de production de 2022 au motif de coûts de charbon incompatibles avec les termes du contrat, le règlement a inclus 88 millions de roupies de pénalités versées au CEB selon la presse spécialisée locale (Ion News). Dans le même mouvement, un accord a prolongé la reprise de fourniture jusqu’au 30 juin 2025 sous conditions publiquement évoquées (Le Mauricien), ce qui pose une question simple pour tout lecteur attentif : au-delà de cette date, quel cadre tarifaire pérenne pour un actif encore structurément charbonnable hors saison ? Sur le volet « vert », la lecture nationale insiste sur une IPP majeure tout en rappelant que les IPP représentent environ 53 % de l’électricité selon la présentation du CEB (aperçu production CEB), ce qui amplifie le risque de discours transitionnel si la combustion fossile résiduelle reste indispensable à la stabilité du réseau ; la presse mauricienne a aussi documenté le chantier politique et technique de l’élimination du charbon avec Terragen explicitement dans le décor (Le Mauricien).
5. Positionnement stratégique
Terragen est au croisement de trois temporalités : campagne sucrière (biomasse « locale »), intersaison (charbon importé), 2030 (fin du charbon dans les engagements étatiques relayés dans le bilan climat (rapport BTR Maurice)). Le signal financier récent du groupe mère — profitabilité en baisse sur neuf mois 2025 (Zonebourse) — ne permet pas d’attribuer mécaniquement la variation à la filiale électricité, mais rappelle que la résilience du cluster cane–énergie est surveillance de marché. Dans ce paysage, la stratégie « affichée » oscille entre fiabilité pour le réseau et nécessité d’un nouveau pacte (technologie, prix, durée) compatible avec la sortie du charbon.
Verdict WattsElse
CTBV/Terragen est un colosse électrique mauricien dont la légitimité industrielle tient à la canne — mais dont la survie économique et réglementaire se jouera sur la capacité à rendre crédible une trajectoire sans charbon sans répéter la séquence 2022–2023 où le fossile a fait sauter le verrou tarifaire.
Sources : terra.co.mu · albioma.com · zonebourse.com · zonebourse.com · statsmauritius.govmu.org · lemauricien.com · gem.wiki · unfccc.int · terra.co.mu · ionnews.mu · ceb.mu · lemauricien.com
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