Conoco
Sous la marque « Conoco », encore visible sur les stations-service aux États-Unis où elle appartient désormais à Phillips 66, l’épisode industriel qui intéresse le secteur Pétrole & gaz ne se lit plus dans l’enseigne isolée : il se confond avec ConocoPhillips, héritière directe de l’ancienne Continental Oil (1875) et géant américain amont après la fusion…
À propos de Conoco
1. Modèle économique
ConocoPhillips vit quasi exclusivement de l’exploration et de la production d’hydrocarbures conventionnels et « inconventionnels », avec un chantier géographique américain dominant (Lower 48 dont Permian et Bakken) et une présence mondiale (« 14 pays » selon ses communications). En 2024, elle a rapporté 9,2 milliards de dollars de résultat net et un cash-flow opérationnel (CFO) de 20,3 milliards, tout en redistribuant 9,1 milliards aux actionnaires — dividendes ordinaires, VROC et rachats. La production pondérée s’était placée à 1,987 million de barils équivalent pétrole par jour, avec des réserves prouves préliminaires de 7,8 milliards de barils équivalent, avant la consolidation définitive Marathon dans les comptes. Le groupe comptabilisait environ 11 800 collaborateurs au 31 décembre 2024 ; en septembre 2025, Reuters a révélé un plan « Competitive Edge » visant une baisse d’effectifs comprise entre 20 % et 25 % — soit un recentrage financier brutal au contact de prix du brut plus bas que prévu après le rachat de Marathon Oil.
La transaction Marathon Oil, 22,5 milliards de dollars entreprise clos le 22 novembre 2024 a élargi d’autant le socle américain (« plus de deux milliards de barils équivalent » de stocks additionnels communiqués côté offre concurrente), tout en transférant également quelque 5,4 milliards de dollars de dette nette. Le modèle peut se résumer ainsi : achever peu cher l’inventory de schiste, payer large en actions, amortir par synergies (> 1 milliard de dollars/an ambitionnés après clôture) et arbitrer par désinvestissements focalisés (objectifs de 5 milliards sur 2025-2026 communiqués en réseau presse fin 2025 / début 2026, avec 3,2 milliards déjà finalisés en 2025 selon Reuters).
2. Impact réel
Le rapport de durabilité 2024 annonce une réduction de 5 % des émissions opérées scope 1 et 2 sur un total de 16,4 millions de tonnes et une intensité méthane publiée à 2 émissions / BOE — chiffres à mettre en perspective avec un portefeuille dont le cœur reste le pétrole et le gaz conventionnels et de schiste. Le même document fixe un objectif de fin de torchage routin d’ici fin 2025… hors périmètre Marathon Oil, ce qui limite la comparabilité année sur année dès qu’on intègre l’acquisition.
Le projet polaire Willow, validé par la justice américaine après un bras de fer juridico-environnemental (Reuters, 2023), représente jusqu’à 180 000 barils/jour quand il entrera en phase pleine, selon les briefings investisseurs — mais il plombe aussi le bilan carbone sur plusieurs décennies : les évaluations d’impact fédérales évoquent un ordre de grandeur de 260 millions de tonnes de CO₂e sur la durée de vie du gisement, chiffre repris par la presse — et contesté par des ONG comme le Sierra Club. Aucune trajectoire publiée ne rapproche ce profil des exigences de réduction française encadrées par la programmation pluriannuelle de l’énergie : on est face à un producteur US dont l’alignement structurel reste la rentabilité fossile, pas la neutralité carbone à l’horizon européen.
3. Innovations / partenariats
Sur l’étagère « bas carbone », ConocoPhillips met en avant la certification OGMP 2.0 Gold Standard mentionnée dans son rapport de mandat 2025 — un gage de rigueur sur le méthane mesuré, pas un pivot technologique. Plus concrètement, le communiqué février 2025 cite un accord de regazéification long terme au terminal GNL de Zeebrugge et un contrat de vente de GNL en Asie : autant de paris sur la chaîne gaz liquéfié pour diversifier les débouchés, sans transition vers l’électricité renouvelable en propre. Côté finance, l’entreprise vise un milliard de dollars de baisses de coûts supplémentaires en 2026 et continue d’afficher un retour massif de cash aux actionnaires — jusqu’à 45 % du flux de trésorerie opérationnel annoncé pour 2026 dans la couverture Reuters du 5 février 2026.
4. Greenwashing / zones grises
Le risque n’est pas tant le slogan publicitaire que le décalage entre réductions opérationnelles affichées et expansion structurelle des réserves post-Marathon : en consolidant >2 milliards de barils de ressources à faible coût d’approvisionnement, le groupe aligne son bilan sur des scénarios climatiques que l’Agence internationale de l’énergie qualifie de sous tension du côté des trajectoires 1,5 °C. Autre zone grise : en novembre 2025, Reuters rapporte que le coût total du projet Willow s’est alourdi d’environ 1,5 milliard de dollars pour se situer désormais entre 8,5 et 9 milliards — preuve qu’une « excellence durabilité » documentaire ne supprime ni l’inflation des actifs carbones ni la sensibilité politique du baril alaskien. Enfin, le rapport de durabilité 2024 exclut explicitement certains actifs Marathon des objectifs zéro torchage 2025 : le périmètre ESG reste donc module par acquisition, ce qui nourrit la critique d’un reporting à géométrie variable.
5. Positionnement stratégique
ConocoPhillips veut incarner le champion US de l’amont rentable : production record visée autour de 2,33–2,36 MMboe/j en 2026, cash à redistribuer, désendettement tactique — le tout sous surveillance des tribunaux climatiques aux États-Unis (les rapports Form 10-K mentionnent des contentieux liés aux dommages climatiques). Pour un lecteur français, le signal est clair : marque Conoco sur un pompiste ou ConocoPhillips en salle des marchés, la stratégie reste d’ancrer le capital dans le long cycle fossile — du schiste au grand Nord — pendant que l’Europe accélère la sortie des chaudières fuel.
Verdict WattsElse
Conoco n’est plus qu’un panneau sur la route ; ConocoPhillips en est le camion-citerne : il avance vite, paye gros à Wall Street, mais charge le climat par la taille — Willow en feu, cash en dividende, planète en arbitrage.
Sources : phillips66.com · conocophillips.com · conocophillips.com · conocophillips.com · reuters.com · reuters.com · reuters.com · static.conocophillips.com · reuters.com · ecologie.gouv.fr · static.conocophillips.com · iea.org · reuters.com · sec.gov
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