Crnogorski Elektroprenosni Sistem
CGES n’extrait ni charbon ni soleil: il monétise un point de passage.
À propos de Crnogorski Elektroprenosni Sistem
1. Modèle économique
Crnogorski Elektroprenosni Sistem (CGES) exploite le réseau de transport haute tension du Monténégro depuis Podgorica, avec 1.549 km de lignes, 25 postes et 59 liaisons. Son métier n’est pas de produire l’électricité, mais de faire circuler les flux, de vendre l’accès au réseau et de capter des revenus transfrontaliers, notamment via le câble sous-marin Monténégro-Italie et le corridor transbalkanique. C’est ce qui explique une rentabilité hors norme pour un petit pays: 24,8 M€ de bénéfice net en 2024, après 35,7 M€ en 2023, avec 97,7 M€ de chiffre d’affaires, 365,2 M€ d’actifs et 340 salariés fin 2024. Sur les neuf premiers mois de 2025, le groupe affiche encore 69,3 M€ de revenus et 16,7 M€ de profit net. L’actionnariat reste très politique: État monténégrin 55 %, Terna 22,09 %, EMS 15 %.
2. Impact réel
L’impact climat de CGES est indirect mais décisif: un gestionnaire de réseau n’abaisse pas les émissions par lui-même, il rend possible le branchement des renouvelables et la circulation d’électricité décarbonée. C’est précisément l’enjeu du poste de Brezna, financé par la BERD, censé permettre l’intégration de jusqu’à 400 MW de nouvelles capacités renouvelables. Le même projet promet aussi 13 GWh par an de pertes de transport évitées, ce qui est cohérent avec la communication de CGES sur un réseau déjà très performant. L’entreprise met en avant un taux de pertes autour de 1,6 % à 1,7 %, parmi les plus bas d’Europe. Autrement dit: CGES est utile à la transition non parce qu’il verdit le mix monténégrin à lui seul, mais parce qu’il transforme le Monténégro en infrastructure d’intégration régionale des renouvelables.
3. Innovations / partenariats
Le premier partenariat structurant est capitalistique et technique: la présence de Terna au capital ancre CGES dans l’écosystème électrique italien, tandis que l’adhésion à ENTSO-E lui donne une place dans la mécanique européenne des interconnexions. Côté capex, CGES a annoncé un plan d’investissement de 207 M€ sur cinq ans, centré sur le corridor transbalkanique et le renforcement du transit vers l’Italie, avec un couplage de marché Monténégro-Italie visé pour 2028. L’entreprise avance aussi sur la couche numérique: un nouveau système télécom IP/MPLS de 1,5 M€ a été déployé sur 35 sites, avec des débits de 10 Gbit/s extensibles à 100 Gbit/s. En mars 2025, CGES a enfin signé avec EPCG et CEDIS une lettre d’intention pour un Consolidated Data Center, signe que la bataille de la souveraineté énergétique se joue aussi dans la donnée et la conduite temps réel.
4. Greenwashing / zones grises
La première zone grise est régulatoire: le régulateur REGAGEN a imposé à CGES de restituer 34,7 M€ aux consommateurs au titre de revenus excédentaires, principalement tirés de l’allocation de capacités transfrontalières. Dit autrement, une partie de la rente de transit a été jugée trop confortable pour rester dans les comptes. La deuxième est territoriale: autour du poste de Brezna, l’initiative citoyenne Save Brezna accuse CGES d’avoir falsifié certaines données de proximité des habitations dans le dossier BERD, et a même déposé une plainte pénale relayée par Vijesti. Ces accusations ne valent pas condamnation, mais elles exposent un risque réputationnel classique de la transition: des infrastructures présentées comme vertes peuvent perdre leur légitimité si l’acceptabilité locale est mal traitée. Enfin, aucun rapport CSRD clairement accessible n’a été identifié dans les éléments publics consultés, malgré l’existence d’une rubrique ESG reports.
5. Positionnement stratégique
CGES joue plus grand que son marché domestique. Son pari est limpide: faire du Monténégro un nœud électrique régional, rentable parce qu’interconnecté, utile parce qu’indispensable au transit balkanique vers l’Italie et, à terme, vers le marché européen unifié. Le problème, c’est que cette promesse repose sur un équilibre instable entre profits de congestion, discipline du régulateur, acceptabilité locale et montée en puissance réelle des renouvelables raccordables.
Verdict WattsElse
CGES n’est pas un champion vert au sens classique: c’est un rentier d’infrastructure devenu levier de décarbonation régionale. Sa force est évidente, sa fragilité aussi: quand la transition passe par un goulot d’étranglement, chaque mégawatt raccordé vient avec sa facture politique.
Sources : cges.me · balkangreenenergynews.com · cbam.rs · serbia-energy.eu · cges.me · ebrd.com · montenegrobusiness.eu · balkangreenenergynews.com · balkangreenenergynews.com · volimpodgoricu.me · en.vijesti.me · cges.me
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