Fennovoima
Fennovoima devait alimenter un coin de l’histoire nucléaire finlandaise ; elle a surtout alimenté des cabinets d’avocats.
À propos de Fennovoima
1. Modèle économique
Fennovoima Oy est une société de projet (SPV) créée pour bâtir et exploiter l’usine Hanhikivi-1 (réacteur d’environ 1 200 MWe de type VVER, soit de l’ordre de 9 TWh annuels — une tranche d’environ 10 % de la conso finlandaise à l’époque des études) sur le site d’Hanhikivenniemi. L’économie attendue : vente d’électricité bas-carbone de longue durée à un bouquet d’industriels actionnaires, dans la foulée d’un Finlande déjà tourné vers l’atome (Finland, World Nuclear Association). Depuis le 2 mai 2022, le contrat EPC signé avec la filiale de Rosatom, RAOS Project, a été résilié par le client : la société a viré d’un modèle d’infrastructure de production à un modèle de gestion d’actifs, de site et de contentieux (compte-rendu de résiliation 2022). Aucun chiffre de chiffre d’affaires « normal » d’exploitant n’est publié de façon comparable aujourd’hui : l’opération a été clôturée côtier construction et les organigrammes ont fondu après vagues de licenciements. Les seuls chiffres massifs publics relèvent du droit : Fennovoima a engagé un arbitrage international pour le retour d’avances payées d’environ 1,7 Md€ ; Rosatom, via ses entités, a porté des demandes reconventionnelles de l’ordre de 3 Md€ au total, selon la presse de référence et les synthèses d’arbitrage (Reuters, Nuclear Engineering International). S’y ajoutent, sur un autre front, des poursuites russe ciblant le volet actionnarial finlandais pour 2,8 Mds de dollars d’arrière-salle au tribunal de Moscou (Reuters), alors que le camp finlandais conteste l’idée que cette juridiction impose quoi que ce soit aux acteurs de l’Ouest (NucNet).
2. Impact réel
L’impact « réel » aujourd’hui est d’abord négatif en net : le pays n’a pas reçu les TWh promis, ni le report effectif d’émissions lié à une grosse tranche d’électricité bas-CO₂ — le pays reste tiraillé entre renouvelables, chaleur, et atome existant, sans ce nouveau bloc. Sur le seul scénario « centrale construite » : un VVER-1200, selon les éléments disponibles de la communication projet, aurait chassé d’importants volumes de MWh issus d’énergies fossiles d’import à la marge, dans la logique d’électrification finlandaise — mais ce scénario n’a jamais convergé en production. Côté PPE/trajectoires : le PPE français n’a pas d’emprise directe sur un opérateur finlandais ; l’enjeu européen, lui, c’est l’inscription du nucléaire (et certains actifs « transition ») dans les cadres d’investissements durables et la concurrence d’enveloppes budgétaires d’infrastructure — thème général, pas de reporting ADEME spécifique sur Fennovoima. En somme, le bilan climat, c’est surtout l’opportunité perdue d’un mégawatt plus qu’un mégawatt généré.
3. Innovations / partenariats
Le seul partenariat industriel de dimension intéressant les lecteurs en 2025-2026 se déporte vers d’autres acteurs finlandais : Westinghouse a signé avec Fortum un *Early Works Agreement* autour d’un AP1000 — signal que l’AP1000 reste en lice dans l’écosystème national, y compris dans la continuité de ce qui aurait dû devenir l’héritage technologique de Hanhikivi (communiqué Westinghouse). La presse d’économie finlandaise a aussi réactivé l’idée d’un bâtiment génIII+ sur l’ancien site, mais dans un brouillard d’ouvertures, de caution juridique et de cession d’acres (Kauppalehti) ; côté cession, des voix font le point sur un désengagement du foncier (retours de presse M&A) (M&A Insights). Sur la procédure, un épisode a clarifié le tableau : le 14 février 2025, le tribunal d’arbitrage a rejeté la compétence sur Outokumpu, un des actionnaires visés, épure qui recadre la suite (Outokumpu) ; par ailleurs, le Tribunal fédéral suisse a eu à se prononcer sur l’enlisement procédural dès octobre 2024 (décision 4A_313/2024 sur Jus Mundi). « Innovation », ici, c’est l’innovation procedural — pas celle d’un réseau, d’une SMR, ou d’un réacteur bétonné.
4. Greenwashing / zones grises
Le risque ici n’est pas tant le récit marketing qu’un pari stratégique mal assumé, longtemps tenu avec un fournisseur étatique russe alors que l’invasion de la Crimée (2014) avait figé l’histoire d’Eurasie : critiquer rétroactivement la persistance de ce partenariat, c’est pointer une dépendance d’infrastructure plus qu’un slogan « vert ». Côté « board » et droit, le Dispute Review Board côté Rusatom a qualifié la résiliation d’illégale à la lumière de son mandat, ouvrant un corridor de discours pénalisant côté dommages (communiqué Rusatom Energy / reprise de la position du DRB) — d’où l’enjeu : qui paie, qui raconte, devant quel siège. Enfin, proposer aujourd’hui un Westinghouse sur un emplacement Hanhikivenniemi tant que l’ondule la cour d’arbitrage, c’est mélanger signal climat et garantie bancable : les banques et assureurs d’EPCI regardent moins l’arrière-plan vert que l’arrière-cour judiciaire.
5. Positionnement stratégique
Fennovoima n’est plus un opérateur, c’est un dossier transfrontières : d’un côté, Moscou exige, de l’autre, le DIFC de l’arbitrage ICC s’étire, avec parfois le juge de Suisse pour les incidents (Jus Mundi, TF suisse 2024) ; au milieu, le gouvernement et les actionnaires rêvent d’un nuclear revival en marque Ouest, mais l’héritage de Hanhikivi pèse. La Finlande a besoin d’MWh, pas de procédures, pour tenir l’objectif 2035 côtier climat, mais ce sont Olkiluoto et, demain, des trajectoires type Fortum / Westinghouse — pas la SPV mère du VVER, du moins en l’état. La lecture sectorielle, celle des couts d’infrastructure que pointait déjà l’histoire d’un EPC de 6,5–7 Mds d’euros (ordres de grandeur des chiffrages 2010s repris par la presse) (Reuters), c’est l’amertume : l’atome promet, mais la feuille de route peut capoter sur une seule ligne d’alimentation politique.
Verdict WattsElse
Fennovoima, c’est le récit d’une puissance nulle en kilowatts mais infinie en litigiosité, là où l’on attendait de l’énergie. La mer à Pyhäjoki est calme, les tribunaux ne le sont pas — c’est toute l’ironie d’un projet nucléaire qui a « fusionné » avec l’Histoire plutôt qu’avec le réseau.
Sources : world-nuclear.org · fennovoima.fi · reuters.com · neimagazine.com · nucnet.org · info.westinghousenuclear.com · kauppalehti.fi · mainsights.io · outokumpu.com · jusmundi.com · rosatom-energy.ru
Explorez l'annuaire complet des acteurs de la transition
Autres acteurs de l'écosystème
Gujarat Refinery
À Koyali, près de Vadodara, la Gujarat Refinery incarne la tension brutale entre l’appétit industriel pour la capacité (vers 360 000 barils/jour annoncée à mi‑2026 par Reuters) et la vigilance civique après une explosion mortelle sur des réservoirs de benzène en novembre 2024.
Voir la ficheElement Power
Selon les éléments disponibles, l’entreprise visée est très probablement Element Power RE / Element Power Group, développeur de projets renouvelables basé entre Sofia et Vienne, actif surtout dans le solaire utility-scale en Europe centrale et orientale.
Voir la ficheuni.lu
L’Université de Luxembourg incarne tout le paradoxe d’un géant invisible : budget de l’ordre du quart de milliard d’euros, milliers de personnes mobilisées, et une parole « climat » portée jusqu’aux conventions ministérielles — tout en traversant une tempête médiatique sur l’allocation d’argent public à la recherche.
Voir la ficheB+T Group
Ingénierie high-tech pour les tours mobiles, ou comment connecter tout le monde sans vraiment bouger… sauf leurs équipes sur le terrain.
Voir la ficheGmt Pvt ltd
Le libellé « Gmt Pvt ltd », sans pays, se heurte à un piège d’homonymie : *on ne parle pas ici de GMT Mining and Power Private Limited (Inde, filière minière/énergie fossile, société distincte et sans lien opérationnel avéré avec le biométhane).
Voir la ficheSCHROEDER & ASSOCIES
Le groupe d’ingénierie-sous-traitance basé au Grand-Duché capitalise sur la transition énergétique et la RSE tandis qu’il reste dans la boucle des routes, réseaux et extensions de tram financés par l’argent public.
Voir la ficheTractebel Energía De Monterrey S. De R. L. De C. V.
C’est une coquille juridique au nom historique, sous laquelle dort un monstre d’acier de 284 MW alimenté au gaz : à García, près de Monterrey, Tractebel Energía De Monterrey ne « fait » ni du pétrole ni de l’exploration, mais enferme vingt ans d’industrie lourde mexicaine dans une alliance au méthane — cogénération incluse — que le groupe français vend…
Voir la ficheOPRA Turbines
Petite par la taille, stratégique par sa niche, OPRA Turbines vend une promesse très actuelle: faire du courant avec des gaz que l’industrie préfère d’ordinaire brûler à la torche ou ventiler.
Voir la ficheSindh Nooriabad Power Company
Double société de concession, une seule cheminée politique : à 90 km de Karachi, Sindh Nooriabad Power Company (SNPC I) et SNPC Phase II livrent 100 MW au distributeur K Electric via une ligne dédiée de la STDC, pendant que le régulateur fédéral NEPRA recale chaque trimestre un tarif de plus en plus dépendant du prix du gaz.
Voir la ficheÉcologène
Spécialiste français des générateurs solaires autonomes, pour ceux qui veulent du solaire transportable, écolo et prêt à l'emploi — sans l'odeur du pétrole, mais avec toute la puissance.
Voir la ficheGlimminge Vindsamfällighetsförening
Quand la coopérative Glimminge Vindsamfällighetsförening naît dans le registre du sud de la Suède, l’Europe apprivoise encore lentement ses premiers MW d’éolien terrestre.
Voir la ficheCông ty CP Thủy điện Nho Quế 1
Sous le nom juridique Công ty CP Thủy điện Nho Quế 1, cette hydraulique viêtnamienne de 32 MW relie production d’électricité, tourisme de canyon et dette privée de son actionnaire historique.
Voir la ficheSolar E SpA
Le nom « Solar E SpA » ne renvoie pas, dans les bases ouvertes consultées, à une société clairement identifiable sous cette graphie exacte : entre homonymes (Solar Energy Group, ESPE SpA, etc.), la lecture la plus cohérente avec un acteur italien des EnR « utility scale » reste EF Solare Italia SpA.
Voir la ficheBac Kan Hydropower Petro & Gasoline JSC
Petit producteur hydro en monnaie locale, grande illustration des tensions d’un maillon pétrolier public qui “verse” dans l’électricité : au Bắc Kạn, l’économie tourne aussi vite que l’eau…
Voir la ficheÉpoque Recrutement
Né en 2023 dans l’écosystème industriel et greentech du sillon alpin, Époque Recrutement vend du sens autant que des profils : deux anciennes cadres d’ESN promettent la même exigence qu’avec le CEA ou STMicroelectronics, mais au service d’employeurs « à impact ».
Voir la ficheEpower Technologies Corp.
Le nom affiché dans votre fichier — « Epower Technologies Corp.
Voir la ficheHummel Energiesysteme Neuss I
Le nom évoque un ingénieur en quête de visibilité, à l’inverse de la discrétion des producteurs industriels germaniques.
Voir la ficheNysäter Wind AB
Après des années de chantier et de procédures, Nysäter incarne à la fois la puissance de l’éolien nordique et les failles d’un modèle très endetté : le compte de résultat 2024 crie « cash d’exploitation » pendant que la structure de capital murmure « dépendance aux actionnaires ».
Voir la ficheFalu Energi & Vatten AB
Une régie industrielle hors du territoire français, sous drapeau suédois : Falu Energi & Vatten AB (« FEV »), filiale urbaine dont la ville de Falun est l’actionnaire dans la tradition des services communaux nordiques électricité‑chaleur‑eau‑fibres‑déchets.
Voir la ficheTam Long Hydro Power JSC.
Vous cherchez une « Tam Long » française dans les bases open data européennes ?
Voir la ficheTotal Italia
La « Total Italia » du groupe TotalEnergies n’est pas une vignette décorative du Sud : elle incarne le paradoxe d’un géant qui capitalise sur l’électricité et le biométhane pendant qu’à Corleto Perticara la flamme de Tempa Rossa illumine encore le ciel.
Voir la ficheKazakhmys plc
Le nom Kazakhmys plc renvoie encore à la grande holding cotée à Londres ; dans les faits, la suite industrielle est kazakhe, fragmentée, et l’électricité thermique y joue un rôle de colonne vertébrale — pas de gadget ESG.
Voir la ficheCEZ Polska
Si vous cherchiez une « entreprise de production électrique » à Varsovie dans le giron du géant tchèque ČEZ, il fallait remonter au premier trimestre 2025 : depuis la clôture de la vente à ResInvest Group, actifs charbon et véhicules juridiques associés — dont CEZ Polska dans le périmètre cédé — ne figurent plus dans les comptes consolidés du groupe.
Voir la fiche