Fortis Inc.
Le holding canadien affiche des comptes 2025 en fanfare et un plan d’investissement massif dans les réseaux régulés.
À propos de Fortis Inc.
1. Modèle économique
Fortis Inc. structure son activité autour de services d’électricité et de gaz régulés au Canada, aux États-Unis et dans les Caraïbes, avec un siège à Saint-Jean (Terre-Neuve-et-Labrador) et un portefeuille de filiales de distribution et de transport (vue d’ensemble investisseurs). En 2025, le groupe publie un chiffre d’affaires d’environ 12 milliards de dollars canadiens, des actifs d’environ 75 milliards et 9 900 employés ; le résultat net attribuable aux actionnaires atteint 1,7 G$ CA contre 1,6 G$ en 2024 (communiqué sur les résultats 2025). La croissance passe surtout par l’élargissement de la base tarifaire : elle est portée à 42,4 G$ à mi-2025 (+7 % sur un an) avec une trajectoire visant 57,9 G$ d’ici 2030, soutenue par un plan de dépenses d’investissement de 28,8 G$ CA sur 2026-2020 (même source). Côté actionnaires, la gouvernance mise sur la continuité : 52 années consécutives d’augmentation du dividende et une perspective de croissance du dividende de 4 à 6 % par an jusqu’en 2030 (détail financier PDF). Les revenus dépendent donc étroitement des décisions des régulateurs étatiques et provinciaux, et des grands chantiers réseau (transmission MISO, renforcements en Arizona, etc.).
2. Impact réel
Sur le volet climat, Fortis met en avant une baisse d’environ 38 % des émissions de GES de scope 1 en 2025 par rapport à 2019, un objectif de parc de production sans charbon en 2032 et une trajectoire vers la neutralité nette en 2050 (communiqué 2025 ; voir aussi le volet durabilité dans le rapport de mise à jour RSE 2025). Le groupe indique par ailleurs poursuivre en 2026 une révision de sa stratégie de décarbonation, avec de possibles nouveaux objectifs intermédiaires, en s’appuyant notamment sur un nouveau plan intégré de ressources attendu pour TEP (communiqué 2025). Dans le détail du mix, les documents de planification et d’infrastructure publiés par la société font état d’une capacité de génération de l’ordre de 4 264 MW, avec une part encore substantielle de charbon et une majorité au gaz naturel sur la production contrôlée (rapport MIC 2025). Pour un lecteur européen, le contraste avec les priorités françaises d’électrification et de réduction des usages fossiles apparaît dans la troisième programmation pluriannuelle de l’énergie et dans les scénarios de long terme comme Transition(s) 2050 : là où la France arbitrage la place décroissante du gaz fossile, Fortis capitalise encore sur des actifs et des investissements gaziers pour la fiabilité et la croissance de charge.
3. Innovations / partenariats
Le carnet de commandes récent est dominé par l’infrastructure lourde plutôt que par la « tech » au sens startup : avancée des projets de transmission liés au MISO LRTP, extensions de réseau aux États-Unis et conversions d’actifs — par exemple la conversion gaz de Springerville et le projet Black Mountain Gas Generation chez UNS Energy, avec des turbines à gaz et une mise en service visée vers 2028 (communiqué 2025). Sur le segment à forte croissance de la demande, la Commission de régulation de l’Arizona a approuvé en décembre 2025 un accord d’approvisionnement d’environ 300 MW pour un data center prévu dans le périmètre de Tucson Electric Power, avec une première phase opérationnelle dès 2027 selon les annonces de la société, qui évoque un service depuis le parc existant et des projets solaire-stockage en développement (communiqué 2025). Côté gaz en Colombie-Britannique, la stratégie affichée inclut des investissements dans le gaz « renouvelable » et des capacités de GNL (communiqué 2025), thème directement lié aux controverses juridiques locales.
4. Greenwashing / zones grises
Le contentieux visant FortisBC sur des allégations de publicité trompeuse autour du gaz naturel dit renouvelable illustre le risque réputationnel quand un combustible fossile est « verdi » par un modeste apport de biométhane (reportage CBC) ; ce débat rejoint les questions posées en France sur le rôle résiduel du gaz et les conditions d’un mix compatible avec la neutralité carbone (note France Stratégie). Aux États-Unis, la demande de hausse tarifaire résidentielle d’environ 14 % portée par TEP a été qualifiée d’excès par la procureure générale de l’Arizona, qui argue qu’une hausse bien moindre suffirait et conteste un mécanisme perçu comme un transfert vers les actionnaires (communiqué du procureur général) ; le calendrier réglementaire de l’affaire suit son cours (mise à jour Arizona Corporation Commission). Parallèlement, l’opposition politique et médiatique autour du contrat 300 MW pour le data center dénonce une opacité de type « deal secret » sur des conditions tarifaires (article AZPM). Aucune analyse récente spécifique à Fortis Inc. n’a été repérée sur les fils français type *GreenUnivers* ou *Énergie & Stratégie* au moment de cette veille : l’entreprise reste surtout suivie par la presse locale nord-américaine et les flux réglementaires.
5. Positionnement stratégique
Fortis joue la carte « utilité régulée à faible risque opérationnel » : croissance mécanique de la base tarifaire, capex record (5,6 G$ en 2025) et narration résilience climatique via un rapport 2026 dédié (continuité des publications groupe). La tension stratégique tient au double mouvement : sortir le charbon tout en verrouillant des actifs gaziers et des interconnexions pour absorber la montée en charge (data centers, climatisation, mobilité électrique côté réseau). Dans un paysage où l’État-providence énergétique européen durcit le cap électrique (PPE 3), Fortis incarne plutôt la logique nord-américaine du rendement régulé et de la croissance patrimoniale sur le réseau.
Verdict WattsElse
Fortis transforme la transition en actifs amortissables et en base tarifaire, mais paye déjà le prix politique de cette équation là où la régulation et l’opinion publique se rejoignent : l’Arizona. En résumé : dividendes qui montent, charbon qui descend, gaz qui résiste — et procès qui rappellent que le vernis « renouvelable » sur un pipeline reste un terrain miné.
Sources : fortisinc.com · fortisinc.com · ml.globenewswire.com · fortisinc.com · fortisinc.com · economie.gouv.fr · connaissancedesenergies.org · cbc.ca · strategie-plan.gouv.fr · azag.gov · azcc.gov · news.azpm.org · fortisinc.com
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