Geco-Prakla
Le nom sonne comme une start-up verte ; l’histoire, elle, est née dans le brut des années 1970.
À propos de Geco-Prakla
1. Modèle économique
Sur le papier, Geco-Prakla est une entité historique : regroupement, au début des années 1990, des activités sismiques de Schlumberger après la fusion de Geco (Geophysical Company of Norway) et de Prakla-Seismos, dans une logique de service géophysique pour l’exploration pétrolière et gazière (Geco Geophysical Company of Norway)). Opérationnellement, ce périmètre a été fusionné avec Western Geophysical pour former WesternGeco en 2000, puis intégré à 100 % au groupe (WesternGeco). En 2018, SLB a arrêté l’acquisition marine directe des données — cession de flotte incluse — pour se concentrer sur le multiclients, le traitement et l’interprétation (Le Marin, Les Echos).
Le chiffre d’affaires ne se lit donc plus sous l’étiquette « Geco-Prakla », mais dans les comptes de SLB : 35,71 milliards de dollars en 2025, en recul de 2 % sur un an, dans un marché upstream tendu (résultats annuels 2025). La ligne « Digital Exploration », qui porte notamment les bibliothèques et produits d’imagerie, a atteint 184 millions de dollars au quatrième trimestre 2025, en hausse de 35 % sur un an au même trimestre (même source). Autour de ce cœur, SLB engrange encore massivement sur le pétrole et le gaz via les divisions « terrain » (forage, réservoirs, production), ce qui fait de l’héritage Geco-Prakla un levier de vente amont, pas une activité autonome.
2. Impact réel
L’impact climat direct de la sismique reste indirect mais massif : elle réduit l’incertitude géologique et, ce faisant, facilite l’ouverture de nouveaux projets fossiles — en décalage marqué avec la trajectoire française de réduction des énergies fossiles portée par la troisième programmation pluriannuelle de l’énergie. La chaîne technique est décrite sans fard dans la fiche pédagogique sur la prospection pétrolière et gazière publiée par Connaissance des Énergies : onde de choc, capteurs, passage du 2D au 3D puis 4D pour suivre l’évolution d’un réservoir en exploitation.
Côté groupe, SLB met en avant une baisse de 11 % de l’intensité carbone (scopes 1 et 2) entre 2023 et 2024 et 38 % d’électricité renouvelable sur ses sites en 2024 (rapport durabilité 2024). Ces progrès ne neutralisent pas le fait que l’essentiel de l’empreinte provient en aval : combustion des hydrocarbures trouvés grâce, en partie, à des données sismiques de plus en plus denses. Pour le contexte « transition », l’ADEME finance aussi des approches géophysiques — par exemple l’imagerie multi-physique pour la géothermie — qui montrent où la même science peut servir autre chose que le forage pétrolier ; ce n’est toutefois pas le cœur de marché de l’ex-Geco-Prakla.
3. Innovations / partenariats
Le narratif industriel actuel est à l’OBN (nodes océaniques), aux levés multiclients et à l’IA sur les flux 2D/3D/4D. SLB commercialise ainsi le projet Engagement 9 dans le golfe du Mexique : acquisition OBN lancée en décembre 2025 sur 161 blocs fédéraux, avec livraison des données finales visée au troisième trimestre 2027 (fiche projet Engagement). Sur le marché, un rapport sectoriel estime le marché mondial de la sismique à 10,92 milliards de dollars en 2026, avec SLB citée parmi les acteurs dominants (analyse de marché 2026). Côté clients nationaux, un contrat de cinq ans avec Kuwait Oil Company pour le traitement et le retraitement sismique, avec montée en charge d’outils d’apprentissage automatique, a été annoncé fin 2025 (revue des contrats GCC). Plus largement, SLB continue de nouer des partenariats « grands comptes » pétroliers — par exemple un contrat majeur de complétions avec Petrobras annoncé à l’automne 2025 pour des puits ultra-profonds au large du Brésil (dépêche AFP).
4. Greenwashing / zones grises
Le décalage entre discours « transition » et revenus amont est le nerf de la critique : dans ses dépôts réglementés, SLB souligne explicitement le risque accru de contentieux climatiques et de contestations sur le caractère « durable » de certaines offres (dépôt financier 10-K). Sur le volet océan, le rapport de conformité de la NOAA sur le levé Engagement 7 (achevé en mai 2025) relève des écarts mineurs à la réglementation — déclenchement accidentel d’une source et retard de coupure — et de nombreuses observations de faune protégée (rapport de monitoring NOAA). À plus grande échelle, les ventes d’leases et l’exploration en Arctique alimentent une judicialisation permanente ; des recours récents portés notamment par Earthjustice sur les terres et eaux de l’Ouest arctique américain cristallisent le risque politique pour toute la chaîne des services pétroliers, y compris la sismique.
Autre zone grise : valoriser des économies de CO₂ « évitées » chez le client via des technologies de SLB — chiffre de 950 000 tonnes CO₂e avancé pour 2024 dans les matériaux de durabilité du groupe — sans comparateur indépendant ni ventilation par pays peut nourrir des allégations contestables dès qu’on les lit comme une compensation des émissions fossiles produites (rapport durabilité 2024).
5. Positionnement stratégique
Geco-Prakla n’est plus un acteur que l’on « note en Bourse » : c’est un souvenir industriel dans un groupe qui, en 2026, tire la croissance du digital exploration quand les budgets exploration/réservoir rebondissent — ce que traduisent les ventes de fin d’année 2025 au large des États-Unis, du Brésil et de l’Angola (communiqué de résultats). Les prévisions d’investissements offshore massifs pour 2026 — ordre de grandeur supérieur à 100 milliards de dollars de décisions finales d’investissement selon certaines sources sectorielles — dessinent un vent porteur à court terme pour les bibliothèques et services associés (analyse OilNOW), en tension avec les objectifs de sortie des fossiles affichés dans les stratégies publiques européennes et françaises (PPE).
Verdict WattsElse
Geco-Prakla, c’est le fantôme qui murmore à l’oreille des géologues : une ingénierie d’élite devenue ligne de produit dans un géant qui sait parler IA et climat tout en continuant de monétiser chaque nouveau bassin offshore. La question n’est pas si la sismique « sert la transition », mais à quel rythme les États tolèrent encore qu’elle ouvre des barils — et à quel prix judiciaire pour ceux qui la vendent.
Sources : en.wikipedia.org · en.wikipedia.org · lemarin.ouest-france.fr · lesechos.fr · investorcenter.slb.com · ecologie.gouv.fr · connaissancedesenergies.org · slb.com · recherche.ademe.fr · slb.com · globenewswire.com · saudigulfprojects.com · afp.com · capedge.com · fisheries.noaa.gov · earthjustice.org · oilnow.gy
Données clés
- Fondée
- 1972
Identifiants publics
- Wikidata
- Q5529617
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