Hrvatska elektroprivreda
Le géant public HEP a survécu à la tempête 2022-2024 en déployant l’hydro, le nucléaire slovène et les marchés d’achat — mais la facture est là : dette refinancée, thermique encore massive et gouvernance marquée par une succession brutale au sommet.
À propos de Hrvatska elektroprivreda
1. Modèle économique
Hrvatska elektroprivreda est le groupe intégré historique croate : production, transport, distribution, chaleur et réseau gazier, structuré en holding avec multiples filiales. La manne vient surtout de la vente d’électricité et de services réseau, dans un cadre de service public modulé par des interventions tarifaires en période de choc. Pour 2025, le groupe table sur 19,56 TWh « disponibles » (production propre, achats et import), dont une part importante provient de l’hydro (5 047 GWh), du nucléaire de Krško (2 773 GWh au titre de HEP), du thermique (3 040 GWh) et d’importations (6 957 GWh) ; HEP Opskrba commercialise en Croatie environ 7,8 TWh. Côté comptes, les états financiers consolidés 2024 font état d’un chiffre d’affaires d’environ 3,17 Md€ et d’un résultat net d’environ 255 M€ (montants en milliers d’euros dans le document). Le groupe a aussi dû sécuriser le cash : un prêt syndiqué de 400 M€ à taux fixe 2,50 % est accordé fin 2025 pour refinancer une ligne de crédit tournante de 600 M€ née en pleine crise, sans garantie d’État sur le nouvel instrument, selon le récit des décisions gouvernementales relayé par la presse spécialisée. L’exposition aux prix de l’énergie et au gaz a été un facteur majeur : la littérature française de vulgarisation rappelle que la Croatie figure parmi les pays où le coût des mesures anticrise a pesé sur le budget, au sein du tableau comparatif européen (Connaissance des Énergies).
2. Impact réel
Le bilan carbone du thermique reste massif : 2 786 418 tonnes de CO₂ émises en 2024 par les centrales thermiques et cogénération du groupe, avec une intensité moyenne de 164 g CO₂/kWh sur la production issue des actifs « propriété HEP » et 131 g CO₂/kWh si l’on inclut les sources co-détenues (dont Krško). La composante « EnR autres que hydro » en production directe reste modeste en 2025 : 498 GWh, complétée par 1,25 TWh d’achats d’électricité « verte » certifiée — un levier pour le bilan commercial, pas une transformation instantanée du parc. Le nucléaire « croate » est, en réalité, slovène au plan géographique : Krško a produit 5,55 TWh en 2024 au compteur de la centrale, dont HEP capte 50 % aux côtés de Gen Energija ; les données de gestion des déchets radioactifs de faible et moyenne activité sont publiées dans la même note. Nous n’avons pas identifié, dans cette veille, de fiche ADEME ou d’entrée « Croatia » dans les outils type PPE qui s’appliquent à la France ; l’angle comparatif utile est plutôt européen (objectifs EnR croates dans le sillage des directives UE) et régional (interconnexions gaz et résilience balkane), thèmes traités côté francophone par Connaissance des Énergies.
3. Innovations / partenariats
HEP accélère sur le solaire-éolien et le stockage en s’appuyant sur les banques multilatérales : la documentation de la BERD décrit un programme « Go Green » avec financement d’une centrale solaire d’environ 99 MW (Korlat), dans la logique d’augmentation de capacités renouvelables. Le groupe multiplie les projets hybrides et les appels de candidatures récents sur des combinés éolien-photovoltaïque-stockage, suivis par la presse trade (Renewables Now ; filière des annonces de marchés en adriatique). Côté reporting, les publications de durabilité du groupe restent la référence pour la traçabilité environnementale et sociale (rapports de durabilité).
4. Greenwashing / zones grises
Trois zones de réputation et de matérialité risquent de parasiter le récit « vert ». Première, la dépendance structurelle au thermique et aux importations : avec 3,04 TWh de thermique et presque 6,96 TWh d’import sur le même tableau 2025, le produit « EnR+certificats » peut sur-représenter la réalité physique du système croate. Deuxième, le rôle politico-industriel au sommet : après la sortie de Frane Barbarić, la presse régionale a fait le lien avec des soupçons sur des opérations gaz tout en soulignant des poursuites pour construction illégale d’un bien privé ; le passage de relais à Vice Oršulić en décembre 2023 est documenté par la presse spécialisée (Balkan Green Energy News). Troisième, l’effet « renouvelable sur le papier » : rapprocher achats verts et baisse mécanique de l’empreinte échapperait à la lecture du parc — l’intensité carbone reste celle d’un pays encore calé sur l’hydrohistorique, le nucléaire voisin et le gaz-charbonnier résiduel.
5. Positionnement stratégique
HEP capte à la fois la promesse d’investissements accélérés (solaire, hybrides, réseaux insulaires) et les contraintes d’un opérateur souverain obligé d’aligner prix et continuité d’approvisionnement. Le refinancement bancaire de 2025 est un signal de normalisation financière après la tempête, mais il grève aussi la marge de manœuvre comptable future. Dans un environnement où l’UE pousse la résilience et où la Croatie est un nœud gazier régional, le compte d’exploitation d’HEP restera sensible aux arbitrages géopolitiques — thème récurrent côté observatoires francophones sur les Balkans (pannes estivales et régulation des prix).
Verdict WattsElse
HEP n’est pas une start-up climat : c’est une forteresse publique qui achete l’espace carbone, brasse des volumes verts sur le marché et déplace la complexité vers les interconnexions — le vrai test sera de faire baisser la ligne « thermique + import » plus vite que ne monte la courbe des garanties financières.
Sources : en.wikipedia.org · hep.hr · hep.hr · balkangreenenergynews.com · connaissancedesenergies.org · connaissancedesenergies.org · ebrd.com · renewablesnow.com · hep.hr · balkangreenenergynews.com · connaissancedesenergies.org
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