Imerys (Switzerland)
Dans les bases « géothermie », Imerys (Switzerland) prête à confusion : l’entité documentée en Suisse est surtout Imerys Graphite & Carbon (Bodio / Bironico), pivot des additifs conducteurs pour batteries — pas un exploitant de chaleur sous terre.
À propos de Imerys (Switzerland)
1. Modèle économique
La filiale helvétique s’inscrit dans la division Graphite & Carbon du groupe, avec des sites industriels et de R&D au Tessin (graphitisation, formulations pour Li-ion, polymères conducteurs). Ce n’est pas un métier de réseau de chaleur ou de centrale géothermique : le revenu repose sur des spécialités minérales à forte valeur ajoutée vendues à l’industrie des batteries et de l’électronique. Au niveau consolidé 2025, le groupe déclare un chiffre d’affaires de 3,384 Md€, un EBITDA ajusté de 546 M€ (marge 16,1 %) et 12 300 collaborateurs dans 40 pays (communiqué résultats annuels 2025). Le périmètre Graphite & Carbon lui-même a porté 238 M€ de ventes et 60 M€ d’EBITDA ajusté en 2025, en forte progression liée aux véhicules électriques et aux nouveautés produits (même source). En parallèle, le projet EMILI en France vise 34 000 t/an d’hydroxyde de lithium — l’équivalent annoncé de batteries pour 700 000 véhicules électriques — avec un ancrage territorial et d’emplois mis en avant sur le site dédié (projet EMILI). Chiffres spécifiques CA / effectifs de la seule entité suisse : non retrouvés dans les publications groupe analysées ici ; toute valorisation isolée de la filiale resterait spéculative.
2. Impact réel
Pour l’impact climat, les indicateurs utiles sont ceux du groupe, pas ceux d’un opérateur géothermique suisse : l’entreprise indique une baisse de 28 % des émissions scope 1 & 2 par rapport à 2021 et une trajectoire SBTi vers -42 % en 2030, avec progrès sur le scope 3 ciblé (communiqué résultats 2025). La production de matériaux pour batteries soutient la filière décarbonée du transport, mais elle importe aussi l’empreinte amont (électricité, réactifs, logistique) : l’effet net dépend des garanties d’origine, du mix électrique des sites et du recyclage — dimensions annoncées dans les feuilles de route extra-financières du groupe, sans équivalent public détaillé pour le seul site tessinois dans les extraits consultés. Côté géothermie nationale, la Suisse a produit 4,7 TWh de chaleur géothermique en 2024 (> 5 % de la chaleur utilisée) selon la filière (Géothermie-Suisse, 2024) : Imerys n’y figure pas comme contributeur principal dans les sources disponibles ; le rapprochement utile est sectoriel, pour situer l’écart entre tag « géothermie » et activités réelles.
3. Innovations / partenariats
La présence tessinoise est décrite comme un pôle R&D sur le graphite synthétique et les applications batteries (écosystème CircuBAT). Le groupe met en avant des lancements produits « bas carbone » fabriqués à Bodio (graphite SU-NERGY™, électricité renouvelable et valorisation de résidus forestiers selon le récit corporate, communiqué produit Imerys). Sur le lithium, l’État français entre au capital d’EMILI via la Banque des Territoires (50 M€) pour financer la phase jusqu’à l’étude de faisabilité définitive (cible début 2027) avant décision d’investissement finale (annonce EMILI février 2026). Le groupe cite par ailleurs une notation CDP « A » et des scores ESG en hausse dans son rapport de résultats 2025.
4. Greenwashing / zones grises
Conflit d’étiquette : classer cette entité sous « géothermie » risque de greenwashing par catégorisation — on prête à une filiale batterie une proximité avec une filière chaleur que les documents publics ne vérifient pas. Tension comptable et sociale : en 2025, le résultat net, part du groupe s’établit à -409 M€, avec une charge non cash de -467 M€ sur le goodwill des activités réfractaires / abrasifs / construction, justifiée par un marché européen tendu et des mesures antidumping jugées insuffisantes (communiqué résultats 2025). Le Project Horizon vise 50–60 M€ d’économies annuelles mais « rationalise les capacités industrielles » à l’échelle mondiale avec coûts de mise en œuvre et procédures sociales à venir (même source) : traduction probable de restructurations et tension politique locale. Dépendance publique : EMILI est porté par 50 M€ d’argent public avant même la décision finale d’investissement (filière lithium EMILI) — utile stratégiquement, mais signal de risque de rente de situation si les prix du lithium ou la demande VE déçoivent. Litiges : le groupe rappelle l’avancement procédural Chapter 11 de ses entités talc nord-américaines et une provision de 99,7 M€ (communiqué résultats 2025) — ancrage réputationnel et juridique distinct du business batteries, mais pertinent pour juger la responsabilité globale du groupe.
5. Positionnement stratégique
Imerys parie sur les minéraux critiques (graphite conducteur, lithium) comme levier de la stratégie « transition énergétique » : la branche Graphite & Carbon est aujourd’hui un des rares segments en forte croissance de marge dans un groupe sous pression. En Suisse, le rôle est technologique et d’export (position dans la chaîne d’approvisionnement batteries), pas celui d’un producteur d’énergie renouvelable thermique. Le signal récent combine soutien étatique sur EMILI et discipline de coûts aggressive (Horizon) tandis que IBL (lithium britannique) passe en care and maintenance (communiqué résultats 2025) : la priorisation des projets et la liquidité passent avant l’effet d’annonce.
Verdict WattsElse
Imerys Suisse incarne la batterie plus que la nappe phréatique : stratégiquement indispensable à l’Europe, filiale mal étiquetée quand on la range à la géothermie. Le paradoxe 2025 : la transition minérale accélère une division graphite, pendant que le groupe absorbe une claque comptable à 467 M€ et dessine des restructurations mondiales — utile d’enlever le vert du catalogue et de garder le gris des comptes.
Sources : lesechos-comfi.lesechos.fr · emili.imerys.com · geothermie-schweiz.ch · circubat.ch · imerys.com · emili.imerys.com
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