Industrikraft Midt-Norge
** Pendant des années, Industrikraft Midt-Norge a incarné la promesse d’une grosse électricité « industrielle » au gaz sur la côte norvégienne — sans qu’une ligne ne sorte de terre.
À propos de Industrikraft Midt-Norge
1. Modèle économique
Le projet historique visait une centrale thermique au gaz naturel (Haltenbanken), avec une part de biocarburant, sur la zone industrielle de Fiborgtangen à Levanger — une structure actionnariale type « utilities + industrie + pétrogaz » (ex-Statoil, désormais Equinor dans la continuité sectorielle norvégienne), dans la lignée décrite dans la synthèse publique sur la société. La rémunération attendue reposait sur la vente d’électricité et de flexibilité pour l’industrie locale, en particulier la papeterie ; en pratique, aucune réalisation industrielle n’a accompagné les prolongations d’autorisation évoquées dans la littérature de projet. En février 2023, la presse spécialisée norvégienne acte la faillite de Industrikraft Midt-Norge AS, avec un passif supérieur à cinq millions de couronnes (Europower). Aujourd’hui, la valeur économique sur le site relève surtout de Norske Skog Skogn (ordre de grandeur 3 milliards NOK de chiffre d’affaires, 360 salariés, 510 000 tonnes/an de papier journal annoncées dans le communiqué Statkraft–Skogn) — autrement dit : un acteur papetier qui sécurise son approvisionnement, pas un producteur électrique indépendant « Industrikraft ».
2. Impact réel
À l’échelle climat, le scénario « grosse centrale au gaz » aurait ancré des émissions fossiles dans un pays déjà massivement exportateur d’hydrocarbures — le contexte 2024 de production gazière record en Norvège donne le contrepoint macro (Connaissance des Énergies). L’abandon du projet évite ces flux, mais ne « décarbone » rien en soi : il retire surtout un risque d’addition fossile locale. Le geste visible côté climat, aujourd’hui, est plutôt le captage de CO₂ biogénique porté avec Carbon Centric sur la chaufferie biomasse de Skogn : environ 100 000 tonnes de CO₂ par an évoquées dans l’annonce de consultation environnementale (Norske Skog). Pour un lecteur français, l’enjeu est comparable aux débats sur le CCUS dans l’industrie : utile si le stockage et la gouvernance tiennent la route, discutable si le dispositif devient un alibi à la poursuite d’activités intensives (Ministère de la Transition écologique, filière captage-valorisation-stockage).
3. Innovations / partenariats
Le fil électrique actuel est contractuel : Statkraft et Norske Skog Skogn ont annoncé une livraison cumulée de 2,9 TWh sur la durée du contrat, avec effet au 1ᵉʳ janvier 2024, dans une logique de couverture du besoin industriel jusqu’à la fin de la décennie (communiqué Norske Skog). Parallèlement, Carbon Centric a obtenu 9,51 millions NOK d’Enova pour la phase pré-projet, avec une décision d’investissement finale (FID) visée en 2027 (Carbon Centric). Sur l’aménagement du site, le gouvernement norvégien a tranché des contentieux de planification autour de Fiborgtangen, ouvrant la voie à des investissements industriels complémentaires (dont une usine d’aliments pour poissons et des aménagements portuaires) (Regjeringen.no).
4. Greenwashing / zones grises
Premier piège sémantique : mélanger Industrikraft Midt-Norge (liquidation 2023) et une société homonyme encore présente dans les annuaires d’entreprises norvégiens peut fausser l’analyse ; vérifiez le numéro d’organisation et le statut « konkursbo » avant tout classement « actif/inactif » (fiche annuaire Proff.no sur une entité « Industrikraft AS », à ne pas confondre mécaniquement avec l’ancien projet). Deuxième zone grise : vendre le CCS biogénique comme « neutralité » sans trajectoire de stockage, de MRV et de prix du carbone transparents — la dépendance aux financements publics est assumée dans le discours d’Enova repris par l’opérateur (Carbon Centric). Troisième tension : la double présence de la Norvège comme champion de l’électricité renouvelable et pivot gazier européen rend toute fiche locale sensible au rebound géopolitique et au carbone importé — le décor n’est pas « vert » par défaut (Connaissance des Énergies).
5. Positionnement stratégique
Pour WattsMonde, la leçon est nette : la « production électrique » promise par Industrikraft Midt-Norge s’est dissoute en procédure collective, alors que la valeur industrielle du site bascule vers l’achat d’électricité et la gestion du carbone de la filière papetière. C’est un cas d’échec de projet PP classique dans les démocraties riches : permis, partenaires, narration « sécurité d’approvisionnement », mais pas de CAPEX converti. Le signal récent pertinent pour le lecteur français n’est pas tant l’ancien permis gazier que le couplage industrie + PPA hydraulique + CCS, dans un pays qui exporte encore massivement des molécules fossiles tout en industrialisant des options bas-carbone.
Verdict WattsElse
Industrikraft Midt-Norge, ce n’est plus une entreprise qui produit : c’est un fantôme juridique qui rappelle le coût d’une promesse électrique jamais câblée — et un site qui, lui, apprend à acheter le courant et à capturer le carbone. La transition, ici, passe par le contrat et le chimique, pas par la turbine promise.
Sources : en.wikipedia.org · europower.no · norskeskog.com · connaissancedesenergies.org · norskeskog.com · ecologie.gouv.fr · carboncentric.no · regjeringen.no · proff.no
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