Inter RAO
Inter RAO affiche un volume d’affaires à onze chiffres en roubles et un bénéfice net en hausse en 2024, mais c’est un modèle écrasé par le gaz et le charbon, noté parmi les plus en retard sur la transition par un benchmark indépendant.
À propos de Inter RAO
1. Modèle économique
Inter RAO est un acteur central de la filière électrique russe : production thermique, services autour du parc, segments ingénierie et « machines énergétiques » en croissance rapide, complétés par des activités de négoce et d’approvisionnement qui ont longtemps structuré sa visibilité régionale. Sur l’exercice 2024, le groupe publie un chiffre d’affaires consolidé de 1 548,4 milliards de roubles (+13,9 % en glissement annuel) et un bénéfice net IFRS de 147,5 milliards de roubles (+8,5 %), avec un EBITDA à 173,3 milliards en recul de 5 %. Les investissements (capex) atteindraient 115 milliards de roubles (+72 %), orientés vers la modernisation du parc, tandis que la puissance installée est donnée à 31,2 GW au 31/12/2024. Le périmètre « effectif » fait problème aux lecteurs hors sphère groupe : une fiche ouverte peut citer ~7 800 personnes pour un périmètre incomplet ; la page « Personnel » du portail développement durable du groupe et les agrégats de marché évoquent, eux, un ordre de grandeur consolidé d’au moins plusieurs dizaines de milliers de salariés (les méthodes de consolidation diffèrent — à lire comme fourchette indicative, pas comme doublon de deux « entreprises » différentes).
2. Impact réel
Le bilan carbone publié par les observateurs externes tranche brutalement avec la trajectoire de l’Union européenne ou avec les ambitions affichées en France dans la programmation pluriannuelle de l’énergie : la fiche « Inter RAO » du Climate and Energy Benchmark (World Benchmarking Alliance, référence 2023 publiée sur la vague utilités) rapporte environ 99 % d’électricité issue du gaz et du charbon pour ~1 % de renouvelables (données de production anciennes encore mobilisées par le benchmark), et l’absence de trajectoire de réduction des émissions présentée comme crédible au sens de l’exercice. Pour donner une échelle de contraste avec l’Europe voisine, l’analyse publique du mix électrique de l’UE en 2024 décrit au contraire une dynamique où le fossile recule vite et où le bas-carbone structure l’approvisionnement — ce n’est manifestement pas le cas du modèle Inter RAO telle que la littérature d’évaluation climatique le lit. Impact « réel » au sens physique : forte intensité carbone résiduelle, lock-in thermique aggravé par le renouvellement massif du parc autour du gaz et du charbon, peu de diversification bas-carbone documentée dans les sources indépendantes citées.
3. Innovations / partenariats
La stratégie documentée passe moins par des percées « nettement vertes » que par une intégration verticale et industrielle : le segment ingénierie affiche environ 98,3 milliards de roubles de chiffre d’affaires en 2024 (+29,7 %), selon les extraits communiqués par le groupe dans son rapport annuel 2024, et le volet machines énergétiques voit ses revenus bondir à 42,5 milliards de roubles sur la base des chiffres IFRS — logique de remplacement de chaînes d’approvisionnement interrompues par les sanctions. Côté turbines, l’article de presse sur l’arrêt du programme de localisation avec General Electric documente la fin de la production domestique de certaines GT et un virage vers le service, tandis que des sources de défense/industrie affirment le lancement de séries de turbines gaz « maison » de type GTD-110M — promesse industrielle à valider sur la durée (disponibilité, pièces, maintenance). Le site de la filiale irao-generation.ru matérialise le volet production du groupe, distinct des agrégateurs d’homonymes hors Russie.
4. Greenwashing / zones grises
Le principal risque n’est pas le « vert discret » mais l’écart massif entre discours de modernisation et structure carbone : la fiche benchmark WBA attribue 4,8/20 au classement climat des utilités et place l’entreprise 42ᵉ sur 50, avec 0 point sur les objectifs dans la grille publiée — un signal chiffré, daté de la vague d’évaluation, difficile à réinterpréter en « transition responsable ». La dépendance technologique constitue une zone grise opérationnelle : selon la presse spécialisée, l’arrêt du support General Electric en 2023 touche l’ordre de 5 GW de capacité en turbines côté Russie ; la dépêche Interfax sur la JV Inter RAO–GE précise aussi des pertes comptables sur le projet GT13E2 — la transition vers équipements locaux doit être suivie hors communication corporate. Sur la gouvernance, le groupe admet dans ses publications récentes des changements de pratiques (informations/transparence) liés aux sanctions, ce que reflète synthétiquement le dossier de reporting 2024 — un sujet de comparabilité pour tout investisseur ESG ou toute contrepartie européenne.
5. Positionnement stratégique
À court horizon, Inter RAO capitalise sur des marges encore solides, une politique d’investissement accéléré dans le thermique moderne (capex record 2024), et une diversification industrielle (ingénierie, machines) qui compense partiellement la fermeture des débouchés occidentaux : la rencontre présidentielle de 2024 sur la filière évoque explicitement une perte de revenus d’export de l’ordre de 28,8 milliards de roubles du fait de l’arrêt des livraisons vers l’UE — chiffrage public, politiquement chargé, mais traçable. Sur le commerce transfrontalier, l’agence TASS rapporte en 2025 une baisse de 6,9 % des échanges import-export d’électricité (9,7 TWh), attribuée aux contraintes réseau vers la Chine depuis l’été 2024 — le « pivot Est » n’est donc pas un couloir infini. Les résultats provisoires S1 2025 font état d’une progression modeste du bénéfice net IFRS (+4,3 %), portée notamment par l’ingénierie et les machines, ce qui confirme la lecture d’un groupe qui se refond en conglomérat d’infrastructure plutôt qu’en champion de la bascule bas-carbone.
Verdict WattsElse
Inter RAO est devenu l’illustration d’un triptyque impossible à cacher : cash et volumes immenses, mix quasi entièrement fossile selon les évaluations indépendantes, et autarcie technologique encore en beta-test sur les turbines. Tant que le benchmark climat reste à 4,8/20 et que 5 GW restent exposés au souvenir des contrats occidentaux, parler de « transition énergétique » au sens européen serait du journalisme de convenance — ici, le récit, c’est la résilience politique et industrielle au prix du carbone.
Sources : interfax.com · interrao.ru · wikidata.org · interrao.ru · ecologie.gouv.fr · worldbenchmarkingalliance.org · connaissancedesenergies.org · interrao.ru · interfax.com · vpk.name · irao-generation.ru · rferl.org · en.kremlin.ru · tass.com · akm.ru
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