JACIR
Jacir ne « produit » pas l’énergie : elle s’achète une place au cœur de la facture électrique et de la consommation d’eau des industries qui chauffent — et désormais des fermes de calcul.
À propos de JACIR
1. Modèle économique
Jacir conçoit et fabrique des tours de refroidissement, des équipements humides (eau) et des solutions dites adiabatiques ou hybrides pour le refroidissement de procédés industriels et le gros conditionnement d’air. Filiale du groupe Cofinair (siège en Île-de-France) dans l’actionnariat du groupe familial Lambilliotte, elle tire historiquement ses revenus de l’industrie lourde ou agro (papeterie, pharma, sidérurgie, distilleries, grandes surfaces techniques). Le modèle repose sur la vente d’équipements et, côté groupe, sur une part croissante de services et maintenance — en France environ un tiers du chiffre d’affaires selon le PDG cité en mars 2026. Chiffrage public récent : environ 40 millions d’euros de CA pour la marque en 2025, 160 salariés, groupe Cofinair à 75 millions d’euros la même année. La stratégie de croissance vise 100 millions d’euros de CA groupe d’ici 2030, portée par le segment data centers (déjà 4 millions d’euros en 2025 via des canaux historiques de la construction) et par l’écosystème hydrogène. L’investissement industrialo-immobilier à Criquetot-sur-Longueville — site unique opérationnel visé au premier trimestre 2027, de l’ordre de 11 000 m² de production complétés par bureaux, stockage extérieur et plateau R&D — est chiffré à 25 millions d’euros, soit environ un tiers du chiffre d’affaires 2025 du groupe, avec cofinancement public de la recherche évoqué via des subventions Bpifrance sur la R&D.
2. Impact réel
L’impact climat d’un équipementier de refroidissement se juge au cycle de vie : économies d’électricité et d’eau par rapport à des alternatives plus voraces, mais aussi empreinte des matériaux — cuivre, aciers, plastiques — et de la logistique. Le groupe met en avant la mesure de coefficients de performance eau/électricité sur son catalogue et des projections de coûts d’exploitation sur deux ans pour les clients, dans un contexte où la Directive européenne des équipements sous pression (DESP) pousse à des exigences de sobriété. Sur le volet « filière bas carbone », Jacir se positionne comme fournisseur de rejet thermique pour l’électrolyse et la compression de l’hydrogène — un maillon technique, pas un producteur d’hydrogène : l’intensité carbone du bénéfice environnemental dépend donc entièrement du mix électrique en amont et du sourcing des projets clients. Aucun pourcentage public d’énergies renouvelables au sein des sites Jacir, aucun bilan GES consolidé entreprise n’a été identifié dans les sources consultées ; selon les éléments disponibles, l’argumentaire environnemental repose surtout sur l’efficacité opérationnelle des machines et sur des labels tiers, pas sur une comptabilité climat publiée type CSRD. Pour le cadre réglementaire français des installations, Jacir rappelle l’encadrement ICPE rubrique 2921 des tours aéroréfrigérantes humides — un rappel utile pour situer la conformité, distincte d’un indicateur de performance carbone.
3. Innovations / partenariats
Le portefeuille annonce des gammes adiabatiques (ex. lignes type ZYRCO évoquées sur le site), des innovations « safe » pour la maintenance, et une présence salons sur Hyvolution, Data Centre World London 2026 ou encore le CFIA agroalimentaire. Du côté des réseaux sectoriels, Jacir est membre de France Hydrogène depuis janvier 2024 — signal d’ancrage dans la filière, plus que de contrat public en soi. Côté gouvernance du groupe, la direction générale a basculé : Vincent Spohonhauer nommé CEO du holding Cofinair à compter du 1ᵉʳ juillet 2025. La consolidation industrielle sur un pôle unique vise de nouvelles capacités de tôlerie, poinçonnage et pliage pour absorber la montée en charge data center et services.
4. Greenwashing / zones grises
Tension sanitaire et opérationnelle documentée. La réglementation impose, pour les tours humides, des seuils de surveillance bactérienne : au‑delà de 1 000 UFC/L, des actions correctives immédiates ; au‑delà de 100 000 UFC/L, déclaration à l’ARS et mesures d’urgence incluant l’arrêt de la ventilation. Ce n’est pas du « greenwashing », mais une zone grise de risque réel : la promesse d’efficacité passe par des protocoles d’entretien, biocides ou traitements (dont UV, selon la fiche corporate), avec arbitrages environnementaux–sanitaires pour l’exploitant final. Tension financière et de marché chiffrée. Un investissement de 25 millions d’euros représentant le tiers du chiffre d’affaires 2025 du groupe expose le bilan à la courbe d’adoption réelle des data centers européens et à la capacité à capter des budgets d’études souvent pilotés depuis le Royaume‑Uni, l’Irlande ou les pays nordiques — frein commercial explicité par le dirigeant dans le même entretien. Le PDG note par ailleurs une pression sur le cuivre fin 2025, des tensions plastiques liées au contexte géopolitique au Moyen‑Orient et des surcoûts carburant/logistique répercutés sans politique globale haussière mais avec ajustements fins — ce qui teste la crédibilité des promesses « sobriété » dans un environnement inflationniste des intrants. Enfin, la médaille de bronze EcoVadis en mai 2024 est un signal RSE reconnu mais non équivoque d’excellence : elle n’équivaut pas à un bilan carbone certifié ou à un plan de réduction validé par des autorités indépendantes.
5. Positionnement stratégique
Jacir incarne la bascule d’un équipementier « généraliste industrie » vers un acteur européen de refroidissement critiques — datacenters, hydrogène — avec un pari capex massif et un objectif de croissance groupe à +25 % en cinq ans environ (75 → 100 millions d’euros). Le contexte politique français autour des annonces massives d’investissements IA et datacenters nourrit cette opportunité, mais la concurrence technique (liquides, immersion, architectures refroidissement) et la géographie des décisions d’achat en restreignent l’atterrissage. L’ADEME n’apparaît pas dans les sources consultées comme partenaire direct de Jacir ; le cadre public reste cependant structurant via la réglementation ICPE et, plus largement, via les objectifs européens d’efficacité énergétique qui mettent sous pression les systèmes thermiques.
Verdict WattsElse
On parie un tiers du chiffre d’affaires pour fabriquer l’infrastructure thermique d’un numérique et d’un hydrogène encore en tension : Jacir vend du « moins de kWh perdu » et de la conformité, mais c’est le client — et le mix électrique derrière lui — qui porte au final l’étiquette climat.
Sources : lejournaldesentreprises.com · jacir.fr · jacir.fr · jacir.fr
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