Jhimpir Power (Pvt.) Limited
** Parc de près de 50 MW mis en service en 2018, Jhimpir Power incarne l’éolien « occidentalisé » du Pakistan : dette DFC, actionnariat JCM/FMO, promesse de décarbonation — et, en 2024, une claque comptable de 25 % sur le chiffre d’affaires.
À propos de Jhimpir Power (Pvt.) Limited
1. Modèle économique
L’activité repose sur un contrat d’achat d’électricité (EPA) de vingt ans avec l’acheteur public, avec date de mise en service commerciale (COD) au 16 mars 2018 selon la fiche projet de JCM Power. Les revenus sont donc indexés sur la production injectée et sur les tarifs réglementés, avec une forte dépendance au respect des paiements par la chaîne publique (risque de « dette circulaire »). Sur l’exercice calendaire 2024, PACRA cite un chiffre d’affaires de 4 800 millions PKR (contre 6 385 millions PKR en 2023, soit environ -25 %), une production de 121,5 GWh (contre 163 GWh en 2023) et un cash-flow opérationnel (FCFO) à 3 448 millions PKR (contre 5 047 millions PKR). L’agence maintient la notation A+ à perspective stable. Côté structure capitalistique, JCM Power indique un contrôle à 94,93 % par ses fonds (avec partenaires de type FMO/IFU selon la communication du groupe) et 5,07 % pour Burj Energy. Le financement projet a été assuré en partie par la US International Development Finance Corporation (95,7 M$ de dette), avec 55 % du principal remboursé au 31 décembre 2024 selon le même dossier PACRA. L’effectif annoncé fin 2024 : 20 permanents sur site (fiche JCM Power).
2. Impact réel
Le parc annonce 29 éoliennes General Electric 1,7-103 pour une capacité installée de 49,735 MW (JCM Power ; site Jhimpir Power). FMO communique un évitement d’émissions de l’ordre de 92 000 tCO₂e par an, chiffre typique des fiches investisseur (à prendre comme ordre de grandeur lié au facteur de charge et au mix de référence retenu). Sur le plan local, l’opérateur met en avant un score NEPRA de 95 % en hygiène-sécurité-environnement pour l’évaluation 2023, et des actions de proximité (formation de 25 femmes, soutien scolaire à 60 enfants selon le site corporate). Les objectifs français (PPE3, fiches ADEME) ne s’appliquent pas juridiquement au Pakistan ; l’impact « réel » se lit plutôt à l’aune du mix national encore dominé par les fossiles et des contraintes d’absorption réseau — ce que reflète mécaniquement la baisse de production 2024.
3. Innovations / partenariats
Le cœur technologique est classique MW-classe GE sur site venteux du Sindh ; l’« innovation » est surtout financière et institutionnelle : entrée dans le parapluie JCM Power après la phase développement, garantie de completion puis signature de LA/USD avec la DFC, et co-financement development finance avec FMO. PACRA note en 2025 que plus de la moitié de la dette DFC est déjà amortie — signal de banque projet qui tourne, même quand le compte d’exploitation vacille.
4. Greenwashing / zones grises
Contrainte réseau et narratif vert : la baisse de 25,5 % de la génération 2024 n’est pas un secret industriel : PACRA l’attribue explicitement au curtailment imposé par l’acheteur (CPPA-G) et à des vents plus faibles — paradoxe d’une EnR « propre » mais bridée faute de capacité d’évacuation, avec des kWh non produits ou non payés comme on l’attendrait d’un marché libre. Créances : fin 2024, 2 083 millions PKR de recevables — environ 43 % du chiffre d’affaires annuel selon le même rapport PACRA — traduisent la dépendance aux mécanismes de paiement publics. Conflits fonciers : une enquête de Lok Sujag (2024) oppose 33 976 acres de baux étatiques à 52 000 acres revendiqués comme occupés par les projets selon des plaignants — tension documentée, non tranchée ici. Biodiversité : Sindh Courier (décembre 2024) rapporte une chute du comptage d’oiseaux migrateurs au lac Keenjhar à 15 274 individus en 2024 contre « 50 000+ » historiquement, en lien critiqué avec l’essor éolien ; le débat est prolongé dans une synthèse sur les coûts biodiversité des EnR au Pakistan. Ce ne sont pas des « rumeurs » : ce sont des lignes de fracture publiques entre discours RSE et externalités locales.
5. Positionnement stratégique
Jhimpir Power reste un actif de référence pour illustrer l’éolien contractuel pakistanais : notation stable, HSE mis en avant, dette projet qui se désendette. Mais le signal 2024-2025 est rude : revenus et production en forte baisse, escalade médiatique sur le foncier et le corridor aviaire. Pour JCM/FMO/donneurs institutionnels, l’enjeu n’est plus seulement le kilowathe : c’est la crédibilité du financement climatique lorsque le réseau et le consentement social ne suivent pas.
Verdict WattsElse
Une EnR peut être « bankable » à Washington et encore socialement et écologiquement contestée à Keenjhar : Jhimpir Power porte désormais la double casquette du parc exemplaire coté HSE et du symbole des limites infrastructurales du vent pakistanais.
Sources : pacra.com · jcmpower.ca · dfc.gov · jhimpirpower.com · fmo.nl · jcmpower.ca · loksujag.com · sindhcourier.com · thediplomaticinsight.com
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