Énergies renouvelables

Kamogawa Mirai Solar

Au pied du relief boisé de la péninsule de Bōsō, une méga-centrale de 31 MWc tourne depuis une décennie sous un nom presque poétique — mirai, l’avenir — alors que sa maison mère engrange encore les trois quarts de son activité dans l’amont pétrolier et gazier.

« Trente et un mégawatts verts sur un portefeuille encore noir »

À propos de Kamogawa Mirai Solar

1. Modèle économique

Kamogawa Mirai Solar désigne à la fois l’installation et la logique « propriété-exploitation » développée par JGC après une phase EPC menée par le groupe : la centrale a démarré son exploitation commerciale le 6 janvier 2015, avec une puissance annoncée d’environ 31 MW et quelque 125 000 modules fournis notamment par Toshiba et Kyocera, selon le communiqué de lancement opérationnel. Les revenus du site découlent classiquement de la vente d’électricité au régime d’appui japonais : la production est écoulée vers TEPCO dans le cadre d’un contrat de 20 ans, comme le résume le profil d’actif publié par GlobalData/Power Technology.

Du point de vue consolidé JGC Holdings, le tableau est celui d’un géant de l’ingénierie et de la construction : le groupe affiche 858 milliards ¥ de ventes nettes sur l’exercice FY2024 présenté dans le résumé des résultats. Ces flux ne sont pas publiés séparément pour la seule filiale kamogawaïte ; aucun détail de chiffre d’affaires ou de marge spécifique à Kamogawa Mirai Solar n’a été trouvé dans les publications IR générales.

2. Impact réel

À 31,211 MWc en exploitation continue selon le recensement du Global Energy Monitor, l’actif injecte du courant bas-carbone dans le réseau métropolitain desservi par TEPCO — une contribution modeste à l’échelle nationale mais tangible pour la ville de Kamogawa et la préfecture de Chiba. Dans un pays qui compte désormais une capacité photovoltaïque cumulée supérieure à 70 GW mais qui peine encore à décarboner complètement le mix, ce type de méga-parc reste un levier « massif mais fragmenté » ; une analyse de marché évoque par exemple une cible japonaise de 14 à 16 % de solaire dans le bouquet électrique à 2030, développée dans cet article de synthèse sur le PV nippon.

Pour un lecteur français, les cadres PPE3 ou les publications générales de l’ADEME ne quadrillent évidemment pas ces tonnes de CO₂ évitées : il faudrait modéliser le facteur d’émission marginal du réseau Kanto — donnée non retrouvée dans les sources ouvertes citées ici — pour traduire la production MWh/an en « tonnes évité » sans extrapolation fragile.

3. Innovations / partenariats

Le projet est avant tout un chantier d’intégration fin années 2010 : grandes parcelles, modules tierces, contrat long avec un acheteur régulé. Les « innovations » revêtent donc surtout une dimension industrielle (échelle, montage en milieu contraint) plus que startup deeptech. Sur la partie communication, JGC a mis en avant son passage du statut de constructeur à celui d’opérateur propriétaire, comme en témoigne encore la note Renewables Now sur le parc de 31 MW. Au-delà de Kamogawa, JGC continue de signer des méga-solaires en Asie du Sud-Est ; ces développements récents confirment la stratégie groupe mais ne constituent pas des extensions documentées de Kamogawa Mirai Solar elle-même.

4. Greenwashing / zones grises

La tension n’est pas dans les panneaux : elle est dans le bilan carbone et sectoriel du groupe. Le rapport climat 2024 indique que 74 % du chiffre d’affaires — soit environ 617,6 milliards ¥ — provenait encore du segment « Oil & Gas » sur les données 2023 consolidées : une exposition fossilère massive qui relativise toute lecture « pure player » des communiqués EnR du groupe, selon le rapport climat JGC.

À l’échelle financière FY2024, la maison mère affiche 133 625 tonnes CO₂ en scopes 1+2 et une perte nette attribuable aux actionnaires de 300 millions ¥** après une année marquée par une perte d’exploitation 11,4 milliards ¥ — éléments présentés dans le JGC Report 2025. Autrement dit, valoriser Kamogawa comme emblème de transition tout en poursuivant une intensité GNL / upstream élevée crée un écart crédible entre image verte et structure économique ; ce n’est pas un jugement moral, c’est un signal comptable** vérifiable.

5. Positionnement stratégique

Pour JGC Holdings, Kamogawa demeure un actif patrimonial qui incarne la montée en compétences « investissement & exploitation » sur les renouvelables domestiques, alors que le groupe fixe des objectifs de redressement du profit net pour FY2025 — 15 milliards ¥ visibles dans la présentation de perspectives FY2025 — après une année 2024 difficile. Dans un marché japonais PV mature mais concurrentiel, la valeur résiduelle du site tiendra autant au tarif régulé résiduel qu’à la capacité du groupe à recycler ses marges vers l’hydrogène, l’ammoniac ou d’autres branches décarbonantes annoncées dans ses rapports RSE.

Verdict WattsElse

Kamogawa Mirai Solar produit bien de l’électricité renouvelable ; JGC, elle, produit encore majoritairement ses profits intellectuels dans la chaîne fossile. L’avenir promis par le nom du parc ne peut pas masquer la géographie du CA — et c’est là que le récit énergétique devient politique.

Sources : jgc.com · power-technology.com · jgc.com · gem.wiki · straitsresearch.com · renewablesnow.com · jgc.com · jgc.com · jgc.com

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