Kongsberg Gruppen
Le géant norvégien de la tech « océan–espace–défense » vient d’enfanter une cotation séparée pour son pôle maritime, alors que le carnet de commandes explose et que les affaires russes, comme la prise dans Nammo, collent encore à la réputation.
À propos de Kongsberg Gruppen
1. Modèle économique
Kongsberg Gruppen vend des systèmes haute valeur pour la défense (missiles, air défense, équipements aéronautiques et électroniques), le maritime civil (automatisme, propulsion, positionnement dynamique, services après-vente massifs) et les activités « Discovery » (cartographie des fonds, robots sous-marins, instrumentation océanographique). Les revenus sont cycliques mais dopés par la commande publique et le renouvellement de flotte. En 2025, le groupe annonce un prise de commandes d’environ 90 milliards de couronnes et un carnet de commandes record d’environ 157 milliards NOK au 31 décembre, dont environ 130 milliards NOK devraient rester au groupe mère après la distribution de Kongsberg Maritime aux actionnaires (résultats T4 2025). Kongsberg Maritime affiche 27,1 milliards NOK de chiffre d’affaires opérationnels sur 2025 (+10 %) et une part offshore de l’ordre de 30 % des prises de commandes « newbuild » cumulées jusqu’au quatrième trimestre (résultats T4 2025). Kongsberg Defence & Aerospace finit l’année avec un carnet d’environ 125 milliards NOK et une croissance trimestrielle éclatante (+44 % en revenus au T4 par rapport à 2024) (résultats T4 2025). Kongsberg Discovery atteint 5,1 milliards NOK de revenus annuels (+16 %) (résultats T4 2025). Le groupe revendique aussi une montée en puissance industrielle pour missiles, avec par exemple le rachat annoncé en décembre 2025 de Zone 5 Technologies aux États-Unis (résultats T4 2025).
2. Impact réel
Sur le segment maritime, l’argument climatique repose sur l’efficacité énergétique des navires, les carburants alternatifs et l’outillage pour l’éolien offshore et la surveillance d’actifs en mer, thèmes mis en avant dans la communication de direction (vision du PDG sur le rapport 2025). Pour un lecteur situé dans le cadre français et européen, ce positionnement se lit à travers la montée en puissance des énergies marines renouvelables et de l’éolien posé ou flottant (bilan thématique EMR de l’ADEME, éd. 2022) et la PPE 3 qui cadrera capacités et appels d’offres côté France (page ministérielle PPE 3). **Nous n’avons pas trouvé, dans cette veille, de fiche ADEME ou de publication française (type *Énergies & Stratégie* / *GreenUnivers*) centrée sur Kongsberg** : l’impact « carbone agrégé » du groupe pour un observateur français passe donc surtout par la filière offshore et par la comparaison sectorielle (navires, services pétroliers, défense), pas par des données carbone consolidées mises en avant ici.
3. Innovations / partenariats
La direction met en avant la décarbonation, la digitalisation et l’automatisation du maritime (vision du PDG sur le rapport 2025). Côté outils sous-marins et surveillance, le groupe a renforcé son catalogue avec des opérations comme le rachat de Naxys Technologies, présenté comme un renforcement de la surveillance des infrastructures sous-marines dans les publications liées au rapport annuel 2024. Le plan de scission de Kongsberg Maritime, annoncé publiquement dès l’automne 2025 puis matérialisé par une introduction en Bourse, a été largement commenté par la presse spécialisée (dépêche Reuters, article TradeWinds sur la cotation du 23 avril 2026). Les détails de calendrier pour actionnaires figurent dans la note officielle sur la scission (informations clés sur la demerger).
4. Greenwashing / zones grises
L’exposition off shore « énergie » reste structurellement hybride : la même science des capteurs et du positionnement sert les champs pétroliers et gaziers, les navires de service et, demain, davantage d’éolien en mer — ce qui rend toute communication « purement verte » fragile. La double usage des technologies sous-marines et de cartographie nourrit aussi les marchés militaires et de sécurité des infrastructures, comme le souligne la stratégie « Discovery » et les acquisitions ciblées (page « Protecting what matters » / rapport 2024).
Sur le plan conformité et réputation, l’enquête de NRK documente le revente d’équipements acoustiques HiPAP vers la Russie via une filière d’intermédiaires, avec crainte de contribution à la protection de sous-marins nucléaires russes (enquête NRK). Par ailleurs, la participation de 25 % dans Nammo place le groupe dans des polémiques de sociétés civiles sur l’usage des munitions au Proche-Orient (fiche AFSC). Enfin, la montée en charge ESRS/CSRD annoncée dans les rapports récents (rapport annuel 2024, PDF) augmente l’exposition à la comparabilité des données extra-financières : au moment où défense et hydrocarbures pèsent lourd dans les carnets, la lecture « ESG » devient un terrain de contradiction.
5. Positionnement stratégique
La scission opérationnelle et boursière du 23 avril 2026 pour Kongsberg Maritime (informations clés sur la demerger, TradeWinds) vise à décorréler les cycles : d’un côté un pure player maritime exposé aux normes IMO, aux tenders d’éolien et au shipping ; de l’autre un consolidé défense nourri par la réarme européen et atlantique. Sur le volet fossile, la société reste un fournisseur de premier plan pour l’offshore pétrolier et gazier, segment encore massif dans les carnets « offshore » du maritime (résultats T4 2025). Pour la France, l’intérêt est indirect mais réel : les objectifs de la PPE 3 sur le offshore renouvelable (page ministérielle PPE 3) dessinent un marché d’équipements et de services où Norvège et Nord-Europe comptent déjà parmi les têtes de filière (fiche pédagogique offshore).
Verdict WattsElse
Kongsberg incarne la Norvège technologique au carrefour du gaz, de l’éolien en mer et des missiles : la scission clarifie le récit boursier, pas les choix moraux des chaînes d’approvisionnement. Dans un monde où l’on veut à la fois la bascule offshore et la désescalade militaire, être critique sur deux fronts est le prix de la taille.
Sources : connaissancedesenergies.org · economie.gouv.fr · kongsberg.com · kongsberg.com · librairie.ademe.fr · kongsberg.com · reuters.com · tradewindsnews.com · kongsberg.com · nrk.no · investigate.afsc.org · kongsberg.com
Données clés
- Forme
- allmennaksjeselskap
- Effectifs
- 14 994 (2019)
- CA
- 58.6 Md€ (2016)
- Siège
- Kongsberg, Norway ↗
Identifiants publics
- Wikidata
- Q1770909
- ISIN
- NO0003043309
- LEI
- 5967007LIEEXZXJ9HK73
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