Milence
Coentreprise née en 2022 entre Daimler Truck, TRATON et Volvo, Milence bâtit un réseau européen de hubs haute puissance pour poids lourds électriques — pas une start-up anonyme : un pari industriel et géopolitique sur les corridors TEN-T et la recharge MCS au moment où Bruxelles densifie l’infrastructure des carburants alternatifs.
À propos de Milence
1. Modèle économique
Milence vend du MWh facturé aux transporteurs, via offres carte et accès partenaires, sur des sites souvent situés près d’axes fret, ports et zones logistiques. La structure a été capitalisée à hauteur de 500 millions d’euros par les trois constructeurs au lancement (présentation corporate). En février 2025, l’opérateur annonce avoir été retenu pour plus de 111 millions d’euros de financement européen (AFIF) pour déployer 548 points de charge sur 71 sites dans dix États membres à l’horizon 2027 (communiqué sur le financement UE). À l’automne 2025, la société passe à une tarification « au marché » pour 2026, avec des niveaux annoncés entre 0,339 € et 0,399 €/kWh selon les marchés (annonces tarifaires et déploiement). Chiffre d’affaires consolidé, résultat net et effectif précis : nous n’avons pas trouvé de publication officielle décrivant ces agrégats de façon vérifiable sur le site corporate dans la documentation consultée au printemps 2026 — la lecture reste donc celle d’un réseau en forte phase d’investissement plutôt que d’une société mûre au sens comptable classique.
2. Impact réel
Sur le climat, l’effet net dépend du mix électrique et du report modal diesel → électrique : une borne n’« évite » des GES qu’à travers la décarbonation du parc roulant et du réseau. Milence fixe un cap quantitatif : environ 1 700 bornes haute performance en Europe d’ici 2027 (factsheet de mai 2025). Le dossier infrastructures poids lourds s’inscrit dans la logique des corridors européens et des objectifs de mobilité propre portés par l’UE, au carrefour de l’AFIR et de la planification nationale (France : enjeux de PPE et de cibles de véhicules neufs, à mettre en perspective avec le Mix électrique national). Côté « dernier kilomètre » du réseau basse et moyenne tension, le contexte français a évolué vers des délais de raccordement raccourcis en 2025 — paramètre structurant pour que les hubs tiennent leurs promesses opérationnelles (analyse sur les raccordements).
3. Innovations / partenariats
Le fer de lance est le Megawatt Charging System (MCS) — recharge beaucoup plus rapide que du CCS « camion » classique ; la documentation met en avant des puissances de l’ordre de 1,44 MW sur les premiers sites équipés (Electrive sur le corridor MCS). En mars 2026, un hub supplémentaire s’ouvre en Belgique sur un site Volvo à Gand, illustrant l’étroitesse du game constructeurs–infrastructure (Electrive). En avril 2026, la campagne Power to Go Further enchaîne 1 000 km entre Paris et Berlin en s’appuyant exclusivement sur des hubs Milence, dont six cofinancés par AFIF (communiqué « corridors propres »). Par la taille installée annoncée sur le segment, la presse spécialisée situe Milence comme premier opérateur européen de recharge publique PL avec 16 % des points suivis au printemps 2026 (Electrive, avril 2026).
4. Greenwashing / zones grises
La dépendance aux aides publiques n’est pas un sous-entendu : le montant AFIF de >111 M€ en 2025 est public et massif (annonce Milence). Dans le livre blanc d’avril 2025, Milence elle-même chiffre un déficit d’investissement européen de l’ordre de 10 milliards d’euros à combler pour tenir les trajectoires 2030 côté poids lourds — une façon de dire que le risque marché reste élevé tant que la demande de MWh ne suivra pas les capacités installées (livre blanc sur l’infrastructure). Sur la cohérence climatique des actionnaires, une coalition d’ONG nord-américaines a accusé en janvier 2024 Daimler et Volvo de freiner des normes sur les camions propres outre-Atlantique — thème sensible lorsque la même industrie brandit en Europe la révolution électrique via Milence (Sierra Club). Du côté actionnaires, un brief investisseurs sur Volvo Trucks évoque aussi le risque de réputation lié au double pari thermique alternatif / électrique (note NCSF).
5. Positionnement stratégique
Milence incarne la tension entre urgence climatique et réalité financière d’un réseau qui doit grandir vite sans être certain de monter en charge jour après jour. La carte 2025–2027 (objectif ~1 700 bornes, corridors MCS, cofinancements UE) dessine un opérateur paneuropéen dans le segment « Réseaux & Distribution » pour le fret ; en France, la maille se resserre avec des sites comme le premier hub près de Rouen (communiqué d’ouverture), tandis que les tarifs 2026 fixés pour la France et l’Espagne matérialisent une phase de consolidation commerciale (annonces Solutrans 2025).
Verdict WattsElse
Milence pousse la prise électrique là où le diesel a longtemps fait loi — mais son équation tient autant aux MWh vendus qu’aux M€ publics et aux délai/réseau locaux ; entre ambition de corridor et battage médiatique constructeur, la question n’est pas « si » l’Europe veut du PL électrique, mais à quel prix pour le contribuable, le transporteur et la ligne haute tension.
Sources : milence.com · milence.com · milence.com · milence.com · greenunivers.com · electrive.com · electrive.com · milence.com · electrive.com · milence.com · sierraclub.org · nordicsustainablefinance.org · milence.com
Données clés
- Fondée
- 2022
Identifiants publics
- Wikidata
- Q131904416
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