Mursal Enerji
** Pendant qu’Ankara desserre puis resserre les rouages du soutien aux renouvelables, un petit portefeuille éolien change deux fois de mains économiques.Mursal Enerji incarne cette fusion entre infrastructure physique — Karaçayır à Sivas, Bereketli à Tokat — et packaging financier : désormais une ligne dans un fonds d’infra piloté par la galaxie İş Bankası…
À propos de Mursal Enerji
1. Modèle économique
Mursal Enerji est un producteur indépendant d’électricité (IPP) exclusivement dédié à l’éolien : deux centrales déployées dans les provinces de Sivas (Karaçayır RES) et Tokat (Bereketli RES), avec une capacité agrégée affichée à 53,6 MW, environ 142 GWh/an livrés au réseau et 104 500 tonnes de CO₂ « évitées » selon les métriques publiées par la société (site corporate). Les revenus reposent mécaniquement sur la vente de MWh et sur les mécanismes de soutien turcs (YEKDEM) dont dépend la rentabilité des réévaluations de tarifs en lire — le gouvernement détaille par exemple un tarif de rachat vent à 0,32 TRY/kWh pour les installations mises en service entre juillet 2021 et décembre 2025, avec ajustements trimestriels (investissement Turquie). En 2024, Kangal Elektrik (réseau Güriş) et le véhicule İş Portföy ont bouclé une prise de contrôle globale incluant Mursal Enerji aux côtés d’autres SPV renouvelables — ce qui replace la société dans une structure holding + fonds d’infrastructure plutôt que dans une logique purement industrielle familiale (transaction Enerji Günlüğü). Le chiffre d’affaires consolidé, le nombre de salariés et les contrats clients nominatifs ne sont pas retrouvés dans les extractions publiques disponibles depuis ce poste ; selon les éléments disponibles, il faut traiter ces données comme non communiquées ou dispersées dans des sociétés mères.
2. Impact réel
Sur le papier du producteur, le parcours est 100 % renouvelable : aucune capacité fossile n’est revendiquée dans la présentation grand public (site corporate). La contribution climat au niveau pays se lit mieux à l’aune du stock cumulé turc : 13,8 GW éoliens installés au titre des statistiques nationales récentes (statistiques TÜREB – janvier 2025), où Mursal n’est qu’un fragment mais illustre la densification du maillage Anatolie centrale. Les « émissions évitées » dépendent toutefois du facteur de mix marginal ; sans rapport CSRD/RSE audité au niveau SPV, ces ordres de grandeur restent une communication opérationnelle, pas une métrique réglementaire européenne — ce qui rend tout rapprochement direct avec les trajectoires PPE III ou les fiches méthodologiques ADEME peu pertinent hors cadre UE, sinon pour souligner que chaque MWh turc décarbone aussi indirectement les chaînes d’approvisionnement export reliées aux industriels européens fournis par la Turquie.
3. Innovations / partenariats
La photographie technique accessible — géométrie de turbines Siemens Gamesa, ligne 31,5 kV jusqu’au poste OSB de Sivas — évoque une plate-forme éprouvée de réplication, pas une rupture technologique (fiche Karaçayır RES). Le groupe mentionne explicitement une enveloppe de 43 millions TRY pour ajouter cinq machines 2 MWm / 1,5 MWe et faire passer Karaçayır d’une base historique 10 MW vers ≈20,1 MW électriques dans un dossier daté du 6 janvier 2017 (extension Karaçayır RES) ; des phases ultérieures ont été annoncées dans la presse spécialisée, mais sans tableau capex consolidé vérifié au moment de la rédaction. Le « partenariat structurel » décisif reste celui noué avec Kangal Elektrik / İş Portföy, qui mutualise financement et risques réglementaires (transaction Enerji Günlüğü).
4. Greenwashing / zones grises
Le premier paradoxe est historique et documenté : avant la vente 2024, les participations dans Mursal Enerji et Ado Enerji étaient détenues par CS Global, groupe fondé par Cem Sak, lui-même figure du complexe cimentier Adoçim — secteur ultra‑carboné — avant diversification dans les mines et le zinc (enquête Dünya Gazetesi). Ce n’est pas du « greenwashing » au sens juridique du terme sur les projets éoliens eux‑mêmes, mais une fragilité narrative ESG : une filière vent peut être impeccables au bilan Scope 1 tout en servant historiquement de diversification patrimoniale hors hydrocarbures mais pas hors industries lourdes. Deuxième tension chiffrée et réglementaire : la profitabilité future reste rivée aux arbitrages tarifaires YEKDEM — avec des jalons officiels comme le palier 0,32 TRY/kWh pour le vent nouvellement éligible jusqu’à fin 2025 (investissement Turquie) — alors que la volatilité macroéconomique turque peut dissocier rapidement cash‑flows réels et projections promotionnelles. Enfin, l’absorption dans Kangal / İş Portföy accentue la distance informationnelle entre citoyens‑investisseurs et opérateur terrain : la « vert » électricité devient une unité de portefeuille rapportée dans les disclosures de fonds plutôt que dans une narration environnementale locale granulaire.
5. Positionnement stratégique
Mursal Enerji est désormais un actif scalaire dans la vague de consolidation qui traverse les EnR turques derrière les grandes maisons Güriş et les véhicules bancaires (transaction Enerji Günlüğü), alors que le pays poursuit une montée en puissance éolienne massive (13,8 GW, statistiques TÜREB – janvier 2025). Les extensions segmentaires à Karaçayır (extension Karaçayır RES) montrent une stratégie cap-and-roll : peu de nouveaux sites verts, beaucoup de MW ajoutés sur emprises déjà licenciées, réponse classique lorsque les corridors réseau et environnementaux se rarefient.L’issue stratégique pour les observateurs européens : suivre si İş Portföy durcit ses critères TNFD dans les rapports sous standards TFRS (PwC audit mentionné dans les filings du groupe financier (rapport İş Portföy 2024)) jusqu’à faire descendre ces exigences au niveau SPV comme Mursal — ou si la société reste un stub technique sous‑rapporté.
Verdict WattsElse
Mursal Enerji produit bien du vent « pur », mais son histoire récente raconte surtout comment la finance turque rabote les angles industriels du siècle précédent : du brevet familial du béton aux lignes Excel d’un fonds d’infra, il n’y a parfois qu’un bilan énergétique… et une décision EPDK sur la valeur du kilowattheure.Badge possible : « Éolien anatolien avalé par la consolidation bancaire turque »
Sources : mursalenerji.com · invest.gov.tr · enerjigunlugu.net · tureb.com.tr · ademe.fr · enerjiatlasi.com · enerjigunlugu.net · dunya.com · isportfoy.com.tr
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