National Grid plc
Le géant britannico-américain du transport et de la distribution aligne un plan d’investissement historique sur l’électrification — et engrange des profits régulés en hausse.
À propos de National Grid plc
1. Modèle économique
National Grid plc est un groupe coté FTSE 100 dont le cœur de métier est le réseau : transport et distribution d’électricité au Royaume-Uni et activités régulées aux États-Unis (notamment New York), complétées par des filiales d’infrastructure et de développement. La structure est celle d’un opérateur fortement régulé : revenus et marges dépendent des cadres tarifaires, des périodes de contrôle (type RIIO au Royaume-Uni) et des décisions des autorités américaines d’utilité publique. Sur l’exercice clos en mars 2025, le groupe met en avant un bénéfice d’exploitation sous-jacent d’environ 5,4 Md£, en hausse de 12 %, et un bénéfice d’exploitation statutaire d’environ 4,9 Md£ pour les activités poursuivies, avec un capex record proche de 9,85 Md£ (+20 % sur un an) — chiffres détaillés dans le dépôt SEC 2025 et le rapport annuel 2024/25. L’effectif global est de l’ordre de plus de 10 000 personnes (ordre de grandeur consolidé couramment repris dans la documentation investisseurs). Le modèle repose donc sur la croissance d’actifs régulés — le groupe vise par exemple un CAGR d’environ 10 % sur ces actifs jusqu’en 2029 et une valorisation cible d’environ 100 Md£ d’actifs en mars 2029, selon les annonces de politique d’investissement publiées dans le même rapport annuel 2024/25.
2. Impact réel
Sur le plan climat, le discours officiel est un pivot massif vers l’électricité : environ 60 Md£ d’investissements sur cinq ans (2024-2029), dont environ 51 Md£ présentés comme alignés sur la taxonomie européenne, et environ 23 Md£ prévus pour le transport d’électricité au Royaume-Uni d’ici 2029, toujours selon le rapport annuel 2024/25. Le groupe indique aussi qu’environ 81 % du capex 2024/25 relève de dépenses qualifiées de « vertes » au sens de cette taxonomie (dépôt SEC 2025). Les émissions scope 1 et 2 seraient en retrait d’environ 4,4 % par rapport à la base 2018/19 malgré une bosse récente, d’après le même rapport annuel. Pour le lecteur français, l’enjeu n’est pas abstrait : les interconnexions et le renforcement des réseaux voisins conditionnent aussi la flexibilité et les échanges de l’Europe ; la synthèse européenne sur l’interconnexion des systèmes électriques et les travaux français sur le mix électrique — par exemple les trajectoires ADEME 2020-2060 — situent ce type d’opérateur comme colonne vertébrale des scénarios de décarbonation, au même titre que les objectifs de la PPE 3 côté France.
3. Innovations / partenariats
Le carnet de projets est dominé par des grands travaux plutôt que par la start-up de rupture : interconnexion sous-marine Eastern Green Link (EGL1), modernisation de réseaux américains, plans de résilience climatique déposés auprès des régulateurs d’État. Aux États-Unis, la Public Service Commission de l’État de New York a approuvé à l’été 2024 un volet de plan d’investissement de 2 Md$ pour la modernisation électrique, présenté par le groupe comme une feuille de route pour renforcer le réseau (communiqué National Grid USA). Côté gouvernance climat, le Climate Transition Plan actualisé en 2024 a été soutenu à 99 % par les actionnaires — signal politique fort, même s’il n’efface pas les tensions opérationnelles. Dans l’écosystème franco-britannique, les projets d’interconnexion (IFA, ElecLink, dossiers type Aquind) structurent le débat public sur les capacités d’échange : le cadrage français en donne une lecture accessible via Connaissances des énergies et le rapport CRE 2024 sur les interconnexions.
4. Greenwashing / zones grises
Le principal risque réputationnel n’est pas un slogan marketing mais un écart entre promesse d’infrastructure « verte » et exécution sur le terrain : en juillet 2025, une enquête relayée par la presse attribue l’incendie de sous-station ayant touché Heathrow à des défaillances qualifiées d’évitables, avec un défaut connu depuis des années (Reuters). Ce type d’incident nourrit des recours boursiers du côté américain, où des cabinets annoncent des investigations sur d’éventuelles informations trompeuses (page d’information Rosen Law). Sur le volet réglementaire, l’Ofgem a déjà frappé fort avec une amende de 41,6 M£ pour des pratiques anticoncurrentielles sur le marché des compteurs gaz (communiqué Ofgem) et refuse, dans un autre dossier, une exemption de pénalités de retard sur EGL1 — avec une menace pouvant aller jusqu’à une fraction très significative du coût du projet (Reuters). Enfin, l’exposition américaine aux EnR offshore se heurte à la politique fédérale : le groupe a dû provisionner des dépréciations liées à la mise en pause de projets éoliens à New York (Reuters), ce qui tend à découpler le récit « net zero » des cycles politiques US. Une recherche ciblée n’a pas isolé, sur GreenUnivers ou Énergie & Stratégie, de portrait récent et vérifiable centré sur National Grid ; l’actualité française porte surtout les liaisons trans-Manche et la régulation, plutôt que sur le holding londonien.
5. Positionnement stratégique
National Grid joue la carte du super-cycle des réseaux : hausse du capex, actifs régulés en expansion, et narration d’alignement taxonomique pour financer et justifier des budgets records (rapport annuel 2024/25). La contrepartie, c’est une visibilité politique et judiciaire accrue : chaque incident majeur devient un test de confiance pour les régulateurs, les passagers et les investisseurs. Dans un paysage européen où la France verrouille sa trajectoire via la PPE 3 et où l’ADEME insiste sur la dynamique du mix électrique (rapport de données ADEME), les opérateurs anglo-saxons de réseau incarnent à la fois l’opportunité (gigantisme des investissements) et le risque systémique (retards, pénalités, dépendance gazière résiduelle dans certains périmètres).
Verdict WattsElse
National Grid capitalise sur l’argent du régulé et la faim d’électrons ; il paie en direct les coûts de la négligence quand un réseau critique devient un symbole d’impuissance — Heathrow en a fait la démonition brutale.
Sources : sec.gov · nationalgrid.com · eur-lex.europa.eu · ademe.fr · economie.gouv.fr · nationalgridus.com · nationalgrid.com · connaissancedesenergies.org · cre.fr · reuters.com · rosenlegal.com · ofgem.gov.uk · reuters.com · reuters.com
Données clés
Identifiants publics
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- Q1465461
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