Naturgy
Naturgy avance en costume de transition, mais ses semelles restent profondément gazières.
À propos de Naturgy
1. Modèle économique
Naturgy reste d’abord un grand intégrateur de l’énergie : réseaux régulés, fourniture de gaz et d’électricité, trading/LNG, production électrique et montée en puissance des renouvelables. En 2024, le groupe a réalisé 19,267 milliards d’euros de ventes, 5,365 milliards d’euros d’EBITDA, 1,901 milliard d’euros de bénéfice net et 2,28 milliards d’euros d’investissements, avec 6.941 salariés à fin d’exercice, d’après ses résultats 2024 et sa communication investisseurs. Le cœur de rente demeure le réseau : Naturgy revendique 11,1 millions de points de fourniture gaz et 138.247 km de réseau, ainsi que plus de 16 millions de clients. Son nouveau plan 2025-2027 confirme cette hiérarchie : 6,4 milliards d’euros d’investissements prévus, dont 50 % pour les réseaux et 30 % pour les renouvelables, toujours selon le plan stratégique 2025-2027.
2. Impact réel
Le verdissement est réel, mais il ne renverse pas encore la table. Naturgy indique avoir porté sa capacité renouvelable installée à 7,254 GW en 2024, pour une capacité totale de 17,929 GW, et réduit son empreinte carbone scopes 1, 2 et 3 de 27 % par rapport à 2017, un an avant son objectif 2025, selon son rapport de durabilité 2024. Ses capex 2024 sont à 70 % orientés renouvelables et réseaux électriques, avec 69 % d’alignement à la taxonomie européenne, ce qui donne un signal de crédibilité réglementaire sur le papier dans le flash sustainability report 2024. Mais l’entreprise reste structurellement adossée au gaz : elle investit aussi pour “renforcer les infrastructures électriques et gazières” dans sa propre présentation 2024. C’est là toute l’ambiguïté : le biométhane peut éviter environ 200 gCO2e par kWh injecté d’après l’ADEME, mais la grande masse du business Naturgy reste branchée à une économie du gaz à grande échelle.
3. Innovations / partenariats
Le vrai front offensif de Naturgy, en 2025, c’est le biométhane. Le groupe a signé avec Aena un contrat de 83 GWh sur deux ans, dont au moins 20 GWh de biométhane, pour décarboner les aéroports espagnols. Il a aussi conclu une alliance avec Hispania Silva pour 20 à 30 unités d’ici 2030, soit 2,5 TWh par an, puis un partenariat avec Bioeco Energías ajoutant plus de 500 GWh annuels, et enfin un accord avec ID Energy Group pour 20 projets, 1,6 TWh/an et plus de 500 millions d’euros d’investissement. Le groupe dit désormais prévoir plus d’1 milliard d’euros dans le biométhane sur 2025-2027 via ce même accord ID Energy.
4. Greenwashing / zones grises
Le risque de greenwashing ne tient pas tant à de faux projets qu’à un problème d’échelle. Naturgy vend une histoire de “gaz renouvelable” très cohérente avec ses actifs historiques, mais cette promesse prolonge aussi la valeur de ses réseaux gaziers au moment où l’électrification s’accélère. Or la PPE3 décryptée par Connaissance des Énergies pousse fortement le biométhane, avec une cible de 47 à 82 TWh en 2035, tout en organisant plus largement la baisse des fossiles : Naturgy joue donc une fenêtre réglementaire favorable, pas un basculement post-gaz. Même son activité réseau gaz en Espagne a été pénalisée en 2024 par l’ajustement de rémunération régulée et une demande résidentielle plus faible, d’après les résultats 2024. En clair : Naturgy verdit, oui, mais de manière compatible avec la survie économique du système gazier existant.
5. Positionnement stratégique
Le positionnement est limpide : Naturgy veut être l’opérateur qui transforme le gaz sans l’abandonner. C’est une stratégie habile dans une Europe qui cherche à la fois sécurité d’approvisionnement, décarbonation graduelle et valorisation des déchets. Si la dynamique PPE3 et les référentiels publics type ADEME confirment l’espace de marché du biométhane, Naturgy peut monétiser son avance industrielle ; si l’électrification progresse plus vite que prévu, sa rente réseau gazière sera davantage sous pression.
Verdict WattsElse
Naturgy n’est pas un dinosaure immobile : c’est un gazière qui apprend vite à parler décarbonation. Sa force, c’est de transformer ses tuyaux en actifs de transition ; sa faiblesse, c’est que cette transition reste, pour l’instant, une transition du gaz par le gaz.
Sources : naturgy.com · naturgy.com · naturgy.com · naturgy.com · stproportalcorporativo.blob.core.windows.net · infos.ademe.fr · naturgy.com · naturgy.com · naturgy.com · naturgy.com · connaissancedesenergies.org · agirpourlatransition.ademe.fr
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