Noor Power
Quatorze mois à l’arrêt, indemnités et contentieux en cascade, déficits pour les comptes du projet : la tranche tour à sels fondus du complexe de Ouarzazate incarne à la fois l’ambition industrielle du Maroc sur les EnR et la fragilité des premières générations de CSP à très grande échelle.
À propos de Noor Power
1. Modèle économique
Noor III est une unité de 150 MW en concentration solaire à tour avec stockage thermique, emboîtée dans un ensemble annoncé à 580 MW au niveau du complexe (Agence Ecofin). Le schéma repose sur un montage type IPP : la société marocaine de l’énergie durable pilote la plate-forme stratégique, quand l’opérateur détenait déjà une partie majoritaire du capital projet selon la chronologie décrite par la presse économique lors des incidents récents (Hespress). Les revenus découlent du contrat d’achat d’électricité et des mécanismes d’assurance et de recours contractuels ; la documentation journalistique évoque explicitement un écart structurel entre prix d’achat et prix de revente pour certaines lignes du mécanisme (LesEco.ma). Sur l’exercice 2024, la même source rapporte une perte nette de 509,5 millions de dirhams pour le périmètre Noor III et une charge annuelle moyenne déficitaire pour le complexe de l’ordre de 728 millions de dirhams au titre des données citées dans le débat public (LesEco.ma). Chiffre d’affaires consolidé ou effectifs isolés pour cette SPV ne sont pas trouvables de façon fiable dans les sources utilisées ; donnée non isolée publiquement pour ces agrégats.
2. Impact réel
Au-delà des tensions financières, la vocation climatique reste au centre du récit : il s’agit de décarboner une partie du mix marocain et de stabiliser la production grâce au stockage thermique — une fonction difficile à reproduire au même coût marginal avec du PV pur (solaire thermodynamique à concentration). Les récits récents placent Noor III dans la trajectoire nationale vers environ 52 % d’énergies renouvelables dans le mix à l’horizon 2030 (Atalayar). La production attendue est évoquée autour de 570 GWh/an dans la presse marocaine spécialisée (LesEco.ma), mais les tonnes de CO₂ évitées année par année ne sont pas rappelées de façon auditée dans les URLs consultées pour cette rédaction. Sur la consommation d’eau — point sensible au désert — une mesure d’ordre public indique que les besoins industriels du complexe restent une fraction très minoritaire du barrage Mansour Eddahbi (Le360.ma).
3. Innovations / partenariats
La technologie mise en avant est la tour CSP avec chauffage de sels fondus et capacité de report nocturne ; les récits techniques publiés lors de la panne détaillent une défaillance majeure du système de stockage thermique (Greentimes). La remise en service s’est accompagnée du remplacement du réservoir de sels et de chantiers visant à renforcer la résilience du système (Masen), avec des échos sur une stratégie de redondance ou d’évolution du stockage dans les synthèses internationales (partenariat énergétique Maroc-Allemagne). Côté finance et chaîne industrielle, la presse des marchés documente des règlements transactionnels au titre du consortium EPC et des indemnités d’assurance perçues par ACWA Power (Zawya), sans que ces informations équivaudraient à une levée de fonds startup.
4. Greenwashing / zones grises
Le principal risque discursif n’est pas une « étiquette verte » de façade mais l’écart entre vitrine stratégique et résultats comptables : pertes projet publiquement chiffrées pour 2024, déficit moyen du complexe au titre des 728 millions de dirhams/an évoqués dans le débat attaché au CESE (LesEco.ma), et du côté de l’actionnaire opérateur une dépréciation massive exprimée en riyals saoudiens sur les créances de location financière liées au projet (Zawya). La presse marocaine qualifie explicitement la filière tour à sels de « fragile » ou « embryonnaire » après une série d’incidents prolongeant les arrêts (LesEco.ma). Selon le même corpus, l’arrêt technique aurait paradoxiquement allégéré une partie du flux de pertes annuelles pour l’acheteur public, révélant une tension durable entre tarif d’achat à 1,42 DH/kWh et revente à 0,85 DH/kWh (LesEco.ma) — un paradoxe rarement assumé dans les communiqués institutionnels.
5. Positionnement stratégique
Pour Rabat, Noor III demeure un outil de pilotage du réseau et de credibilité internationale « leader EnR », comme le soulignent les angles diplomatiques et sectoriels au moment de la réactivation (Atalayar). Pour les observateurs financiers, la séquence 2024–2025 est surtout un cas d’école sur la maturité industrielle du CSP tour et sur la gestion des pertes d’exploitation prolongées (MEES). Dans un marché où le PV et le stockage électrique chassent les courbes de coûts, la valeur résiduelle du projet tiendra à la capacité technique à tenir la cadence sans nouvelle interruption majeure (Greentimes).
Verdict WattsElse
Noor III n’est pas une « success story » photogénique : c’est une pièce du puzzle souverain marocain qui paie en transparence partielle et en incidents récurrents le prix d’une technologie encore peu domestiquée à cette échelle — une cathédrale du désert dont les vitraux sont les chiffres rouges.
Sources : wikidata.org · agenceecofin.com · en.hespress.com · leseco.ma · connaissancedesenergies.org · atalayar.com · le360.ma · en.greentimes.ma · masen.ma · energypartnership.ma · zawya.com · mees.com · en.greentimes.ma
Données clés
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