Saudi Aramco (United States)
Du raffinage à la pétrochimie, la filiale à 100 % Motiva Enterprises** incarne l’Amérique d’Aramco : un maillon aval massif, pas une « filiale locale » anecdotique.
À propos de Saudi Aramco (United States)
1. Modèle économique
L’empreinte officielle aux États-Unis repose sur Motiva (siège Houston) : groupe entièrement détenu par Saudi Aramco, qui affine, distribue et commercialise des produits pétroliers dans les Amériques. Le complexe de Port Arthur, au Texas revendique la plus grande raffinerie d’Amérique du Nord, avec une capacité affirmée de 730 000 barils par jour, complétée par la plus grande unité américaine d’huiles de base et une usine chimique intégrée. Les opérations marketing alimentent plus de 4 500 stations sous licences de marques Shell et 76®. Au niveau groupe Saudi Aramco (livres consolidés distincts du périmètre Motiva mais révélateurs du socle actionnarial qui finance l’ensemble de la valeur chaîne), le communiqué de résultats 2025 indique une capitalisation brute d’investissements de 52,2 milliards de dollars US en 2025, une guidance 2026 de 50 à 55 milliards de dollars et 85,5 milliards de dollars de distributions aux actionnaires sur l’exercice 2025. Le rapport de durabilité 2024 indique 75 118 collaborateurs fin 2024 pour le groupe.
2. Impact réel
L’activité Motiva est structurellement carbonée : raffinage, carburants routiers et produits pétrochimiques émettent massivement en exploitation directe (scopes 1 et 2) et, surtout, par la combustion des produits vendus (scope 3) — logique que les trajectoires nationales de décarbonation en France, telles que les scénarios prospectifs de l’ADEME, mettent au cœur des enjeux de neutralité carbone. Aramco publie des cibles d’intensité carbone amont : le rapport de durabilité 2024 mentionne une intensité en amont de l’ordre de 8,6 kg CO₂e/boe assortie d’une trajectoire intermédiaire vers 2030 — une métrique par baril produit, pas une réduction absolue de la demande en volumes de pétrole brûlés sur les routes américaines. Côté groupe, le communiqué FY 2025 confirme la poursuite d’une hausse de la capacité gazière d’environ 80 % d’ici 2030 par rapport à 2021, signalant un pari sur le gaz au sein du mix énergétique saoudien en parallèle du verrouillage aval US.
3. Innovations / partenariats
En mai 2025, en marge d’une salve d’accords transatlantiques, Aramco a mis en avant un train d’investissements autour de la raffinerie Motiva : les agrégateurs de presse — dont Reuters — rapportent un volet d’environ 3,4 milliard de dollars pour intégrer davantage la pétrochimie sur le site de Port Arthur, dans le cadre d’un éventail d’arrangements annoncé par le groupe (voir aussi le portail d’actualités Aramco sur les accords US de 2025). En mars 2025, Aramco a finalisé la prise de 50 % de la Blue Hydrogen Industrial Gases Company, positionnant l’hydrogène bleu et la CCS dans l’écosystème jubailien. Sur la filière capture‑stockage, Carbon Herald documente un contrat EPC de 1,5 milliard de dollars confié à Larsen & Toubro (février 2025) pour la première phase du hub CCS de Jubail, avec objectif annoncé d’environ 9 Mt de CO₂ capturés par an à maturité de phase.
4. Greenwashing / zones grises
ClientEarth, dans son dossier The Greenwashing Files – Aramco, rappelle que les émissions de scope 3 — celles liées à l’usage des combustibles vendus — sont estimées autour de 90 % du total lorsqu’elles sont modélisées hors périmètre officiel étroit, alors que plusieurs instruments volontaires du secteur ont historiquement ciblé surtout les scopes 1 et 2. La même analyse souligne l’absence de projet de réduction synchronisée de la production pétrogazière avec les échelles de temps des scénarios climat, un écart systémique avec les attentes GIEC/IPCC citées dans le dossier. À l’aune des engagements Paris, Climate Action 100+ publie (informations assimilées au 23 juin 2025) une notation détaillée sur disclosure et alignement Sectoriel où les lacunes demeurent critiques sur le volet désinvestissement / sortie fossile lorsqu’on rapporte ces critères aux attentes IEA/IPCC mobilisées par la grille. Côté contentieux, le Global Trends in Climate Change Litigation — Snapshot 2025 de l’LSE Grantham Institute décrit une accentuation, en 2024‑2025, des questions portant sur les scopes 3 et les accusations de climat‑washing — un risque réglementaire et réputationnel indirect pour tout producteur reliant sites US et volumes mondiaux.
5. Positionnement stratégique
Aramco utilise Motiva comme levier géopolitique et industriel « made in USA » tout en distillant au marché une image de progression bas‑carbone via captage, hydrogène bleu et dividende massif. Le FY 2025 affiche encore un revenu net ajusté de 104,7 milliards de dollars pour l’ensemble du groupe, ce qui permet de souscrire simultanément au rattrapage pétrochimique texan, au méga‑hub CCS arabique et à une pression continue sur la demande mondiale record de pétrole telle que le groupe la rapporte dans son commentaire officiel — position qui entrechoque avec les trajectoires nationales européennes de sortie progressive des usages fossiles (cadrage ADEME pour la métaphore française).
Verdict WattsElse
Aux États-Unis, Aramco ne fait pas dans la diversification symbolique : il cimenter l’hydrocarbure dans la chimie continentale. Le pari américain dit ceci sans ambages : tant que les stations et les moules pétrochimiques tourneront, les scopes 3 resteront le fusible climatique — et la finance à dividendes puissante sera l’argument qui porte le bruit jusqu’aux salles du pouvoir.
Sources : motiva.com · aramco.com · aramco.com · ademe.fr · reuters.com · aramco.com · aramco.com · carbonherald.com · clientearth.org · climateaction100.org · lse.ac.uk
Données clés
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