Office National de Electricite (ONE) Sepco III
Le fil électrique marocain passe par un paradoxe : un office public criblé de dette qui absorbe une part fossile massive du mix, et un géant chinois de gros œuvre qui a cimenté sur le terrain une partie de cette même trajectoire thermique.
À propos de Office National de Electricite (ONE) Sepco III
1. Modèle économique
L’ONEE tire l’essentiel de sa logique économique des tarifs réglementés, des achats d’électricité (PPA, importations, contrats producteurs) et de la gestion d’un réseau massif : 3 202 666 clients et 251 812 km de lignes en basse tension fin 2024 selon son rapport annuel ONEE. Sepco III n’est pas un producteur-marocain au sens « utility » : c’est un intégrateur EPC qui monétise des marchés clés en main auprès de maîtres d’ouvrage publics ou industriels ; au Maroc, la presse sectorielle et généraliste a décrit un contrat ONEE–Sepco III pour une centrale thermique de 318 MW à Jerada (ordre de grandeur 3 milliards de dirhams évoqués), signé en 2013 (Reuters, Jeune Afrique, MEED). Les revenus consolidés spécifiques de Sepco III ne sont pas isolés dans des comptes publics facilement vérifiables depuis la France : on reste sur un modèle d’ingénierie-procurement-construction piloté par la maison mère PowerChina.
2. Impact réel
Le mix 2025 reste dominé par le charbon à 61,8%, avec des EnR à 24% selon la synthèse relayée par Attaqa — à rapprocher de la baisse signalée pour la part EnR par rapport à 2024. Côté exploitation, la note H24Info sur la DEPF (janvier 2026) indique une production électrique nationale en hausse de 5,8% à fin novembre 2025 et une production propre ONEE +6%, avec en parallèle une hausse des importations d’électricité et une chute des exportations documentées dans la même veine conjoncturelle. Pour Sepco III, l’empreinte « climat » se lit au niveau des actifs qu’elle a livrés : la filière thermique à charbon de Jerada est précisément le type d’infrastructure qui ancre le parc dans des émissions de long cycle, là où les objectifs nationaux EnR peinent à se traduire en parts réelles du mix (Agence Ecofin). La France et l’ADEME cadrent surtout la PPE et le CSRD européens : peu de pertinence directe pour des comptes non cotés à Paris, mais le décalage entre discourse « transition » et réalité du stack charbon marocain nourrit tout débat de comparabilité climat pour investisseurs et bailleurs.
3. Innovations / partenariats
Au-delà du charbon, Sepco III est aussi apparue dans la filère Noor : le document de la Banque africaine de développement sur Noor Ouarzazate (phase II) cite « SEPCO III Electric Power Construction Corporation » dans la chaîne EPC du programme — signal utile pour ne pas réduire le groupe à une seule technologie. Côté ONEE, les partenariats récents mis en avant sur son espace « actualité » incluent le bouclage du financement pour la centrale à gaz Al Wahda (1 000 MW) (page ONEE Al Wahda, février 2025) et une levée de 300 M€ (BEI, KfW, UE) pour le réseau en mai 2025 via le portail ONEE. Enfin, Sepco III continue d’être active au Maroc sur d’autres maîtres d’ouvrage industriels (ex. OCP, contrat centrale rapporté en 2024) selon Africa Intelligence — utile pour situer le même EPC, mais sans l’attribuer à l’ONEE.
4. Greenwashing / zones grises
La zone grise n’est pas un flou moral : elle est chiffrée côté ONEE. La Cour des comptes (synthèse Portail sud Maroc, 2025) évoque une dette abyssale de l’ordre de 57 MMDH et un taux d’endettement de 331% des capitaux propres, avec un diagnostic de déséquilibre structurel — difficile d’y voir une « transition sereine » sur le papier seul. Sur le charbon, le Conseil de la concurrence a recommandé une résiliation immédiate de certains PPA fossiles jugés non compétitifs (EcoActu, 2024) : tension directe entre engagements d’achat longs et pressions de coût. Enfin, le volet Noor illustre le risque technico-économique des grands contrats : un coût de production évoqué à 1,61 DH/kWh et un déficit cumulé pour les tranches Noor I–III sont relayés dans un article de synthèse s’appuyant sur la Cour des comptes (Al3omk, 2025). Sepco III n’est pas mise en cause par ces éléments comme « pollueur-payeur » au sens fiscal marocain dans ces articles : en revanche, elle incarne la construction physique de capacités dont le coût et le mix retombent sur le bilan societal de l’ONEE.
5. Positionnement stratégique
L’ONEE joue simultanément la carte gaz (Al Wahda), la carte réseau (dont un corridor UHT Boujdour–Tensift annoncé en actualité ONEE, novembre 2025) et la carte finance internationale pour réduire la fragilité du réseau. Sepco III reste un levier d’exécution rapide pour la puissance installée : utile en échéances politiques, risqué en lock-in énergétique lorsque le mix reste majoritairement charbon (Attaqa). Le signal 2025–2026 : plus de courant, plus de lignes, mais peu de marge pour diluer la pression financière et contractuelle sur le fossile.
Verdict WattsElse
Sur cette ligne ONEE–Sepco III, le Maroc achète la solidité du béton et hérite de la fragilité du modèle : la transition ne se lit pas dans le discours des grilles tarifaires, mais dans la courbe du mix — encore noircie à la fin 2025 sur les bases disponibles.
Sources : one.org.ma · reuters.com · jeuneafrique.com · meed.com · attaqa.net · h24info.ma · agenceecofin.com · afdb.org · one.org.ma · one.org.ma · africaintelligence.com · portailsudmaroc.com · ecoactu.ma · fr.al3omk.com · one.org.ma
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